Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

jeudi 29 avril 2010

La nouvelle que certains ont trouvée mièvre, moi je l'aime bien...

DAKHLA :

Innocent et Mélodie

Après l’apaisante verdure de l’oued, la pente les ramène, gentiment, au soleil. Au soleil et à son allié du moment. Le sable. Le ciel aussi. Bleu hurlant.
Sorence plisse les yeux. Il est bien. L’air chaud volète tranquillement dans la voiture. La route se perd dans l’horizon. Son regard aussi. Depuis qu’il est dans le désert, il regarde. Le désert dit ce que l’on veut. En échange, on fait ce qu’il veut. Sorence y lit ses errances. Il en retire leur essence. Le désert est son alambic. Il distille.
Le sable et l’océan. Six cents kilomètres de désert et d’océan. Six cents kilomètres d’étreintes passionnées. Sorence se sent comme un voyeur. Un voyeur qui se sent bien. Dans l’océan, il lit l’avenir. Dans le désert, il lit le passé. Et dans l’air, il vit le présent.

Sorence entre dans le camping. Tout de suite, il pense : « Il est rouge . » Le propriétaire, quant à lui, oscille entre le blanc et le noir. Le noir de l’argent, le blanc de sa voix.
Sorence s’installe entre un couple silencieux et un mur, lui aussi silencieux.

« Salaam aleicoum.
Bonjour ! Simultanés. Français.
Je m’appelle Sorence, je viens tenir compagnie au mur. »
Il les regarde gravement. Ils sourient. Il répond :
« Moi, c’est Innocent. Et voici Mélodie.
J’espère qu’un jour, vous me présenterez votre amour. »

Il se retourne et se met à monter sa tente. Il est comme ça, Sorence.
Il aime les couples. Il aime le fait que quatre êtres puissent n’en former qu’un, par instants. Il aime voir ces instants, quand deux personnes et deux amours se scindent. Pour Sorence, seul le monde s’est scindé à lui, parfois. Il aime les murs. Il aime leur puissance suggestive. Derrière un mur, il y a forcément quelque chose. Cacher, protéger sont des raisons d’être du mur. Sorence n’a jamais vu les murs comme des obstacles. Seulement comme des tentations. Escalader ou contourner des murs est même devenu sa vie.
Il aime les couples. Il aime les murs. Il se sent bien. Il goûte le poids de l’air chaud et immobile. Chaud. Immobile.
Il joue avec l’air. Il lui demande de chatouiller ses poumons, de refroidir sa bouche, de l’écraser, de le rendre immense. Il écoute ensuite le vent lui raconter des histoires. Ses histoires. Vieilles et splendides. Secrètes, parfois.

« Excuse, Sorence, tu veux manger avec nous ?
Est-ce vous qui avez cuisiné ?
Oui, pourquoi ? Interloqué.
Je viens. »

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2 commentaires:

  1. Si j'aime cette nouvelle, c'est surtout parce qu'elle est tirée de l'expérience de traversée du désert que nous avons faite avec Julien V. Le trajet que fait Sorence est scrupuleusement le même que nous avons effectué.

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  2. Pour info, j'avais 22 ans quand j'ai écrit ce texte et c'était à Ouagadougou. Julien v: serait le premier à confirmer que j'avais le sourire jusqu'aux oreilles tous les jours, là-bas, ce qui à mon sens explique voire magnifie le côté naïf et optimiste de cette nouvelle !

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