FINALE FURIOSO
Pour Romain, grand ami et supporter
« Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est beaucoup plus important que ça. » W.Shankly (fooballeur et entraîneur écossais)
1.Dans les vestiaires
« Trente minutes » hurla un quelconque officiel, l'écho rebondissant sur les murs de béton du vestiaire. Encore trente minutes à ronger son frein dans les vestiaires. Trente minutes à patienter dans l'ambiance de testostérone et de vieille sueur rance qui était son prologue à la vraie vie depuis toujours. John Travers était assis sur son siège, se pénétrant de tout ce cirque, s'y baignant. Le coach, Sir Arthur Crowley, finissait de se préparer en ingurgitant du courage et de la motivation pharmaceutique à dose industrielle. Da Silva priait dans son coin, devant des cierges pontificaux crachotant, aussi allumés que le bonhomme. Le gardien, Harald Schurmann, regardait dans le vague en murmurant pour lui-même, comme un boxeur au coin du ring, ressassant sa haine, la transformant en volonté inébranlable. John observait ces rituels, il les intégrait à son esprit de combattant opportuniste.
John Travers était le meilleur buteur du championnat anglais depuis trois saisons, une bête de course associée à un technicien hors pair, étonnamment intelligent pour un footballeur professionnel. Il avait fièrement arboré les couleurs de Chelsea, pendant presque huit ans. Ce match était le plus important de sa carrière car c'était le dernier pour lui : « Ô rage, ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie... ». Comme la plupart des Humains, son intérêt pour le football s'émoussait, érodé par la supériorité écrasante des Draazis sur le terrain. Comme si les extraterrestres, au demeurant pacifiques, les avaient violés dans leur intégrité de sportifs et, par-là même, dans leur fierté d'être humain.
Quand les Draazis avait débarqué sur Terre dans leurs gigantesques nefs spatiales, ils avaient sauvé l'Humanité. En effet, le fait qu'ils soient très proches de l'Humain -bipèdes, bisexués, symétriques et de même taille- avait resserré les liens entre les Humains, translatant racismes et nationalismes pour les recentrer sur les seuls extraterrestres à peau bleue. D'autre part, les Draazis avaient revitalisé l'économie terrestre en lui offrant à la fois de nouveaux débouchés et de nouvelles technologies plus favorables à notre environnement, évitant ainsi l'effondrement inévitable, et par ailleurs bien entamé, de notre économie basée sur l'impossible rétroaction positive.
Les Draazis s'étaient énormément intéressés au mode de vie des Terriens et, au grand dam des « intellectuels » terriens, s'étaient énormément concentrés sur les sports de compétitions terriens. Ils s'étaient pris de passion pour le football, se désintéressant rapidement des autres sports sans que l'on puisse comprendre pourquoi. Rapidement, ils s'étaient lancés et avaient mis sur pied une ligue dans leur lointaine confédération planétaire. Le sport en tant que loisir n'existait pas dans leur confédération bien plus investie dans les disciplines de l'esprit, qu'elles soient scientifiques ou artistiques. On y voyait les activités physique comme une médecine fastidieuse destinée à maintenir son corps au maximum de ses fonctionnalités.
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