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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

mardi 22 mars 2011

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Ce samedi vingt mars deux mille vingt-sept, le colonel Clément, exceptionnellement en permission, s'octroya son habituelle promenade du soir en gravissant la Berra, plaisir rare pour un homme qui ne rentrait chez que quelques jours par an. Le temps était superbe, le coucher de soleil teintant de pastels les glaciers miroitant au lointain. La nuit promettait d'être claire et son encombrant paquetage s'avérerait utile.
Commandant du centre de formation des pilotes de chasse suisses, le colonel était un homme pondéré d'une cinquantaine d'années. Son expérience et sa compétence étaient reconnues par toute la hiérarchie, son jugement était écouté attentivement, autant par les politiques que par les militaires. Son physique avenant et sa douce élocution faisait de lui l'un des interlocuteurs les plus appréciés par la presse.
Les lourdes responsabilités qui pesaient sur ses épaules n'avaient pour seule conséquence que cette propension à cheminer seul dans ses chères montagnes natales, comme s'il devait parcourir physiquement les circonvolutions multicritériées de ses prises de position. Dans le calme feutré de la nuit montagnarde, le colonel semblait retrouver les raisons qui l'avaient poussé à choisir un poste à responsabilité dans la défense nationale, et ce particulièrement depuis que les relations entre l'Europe et la Suisse se fussent détériorées jusqu'à un manifeste point de non retour. Seul le paysage semblait devoir rester lui-même, garant immortel de ses choix.
La montée vertigineuse des mouvances d'extrême droite dans tous les pays du bloc européen avait dans un premier temps sérieusement compromis les accords bilatéraux helvético-européens. Dans un second temps, les prises de position se firent si agressives de part et d'autre que personne ne semblait en mesure d'endiguer l'inéluctable divorce. Finalement, l'effondrement de l'Europe associée au morcellement d'ordre linguistique de la Suisse avaient généré un climat délétère : le spectre de la guerre planait à nouveau sur la vieille et acariâtre Europe.
C'est dans ce contexte explosif que le jeune David Clément décida d'embrasser une carrière militaire. Comme il était un passionné de tôles volantes dissipatives, il choisit une des armes les plus sélectives de l'armée. Bien lui en avait pris puisqu'il fit montre de nombreux talents, tant dans la maîtrise de son appareil que dans ses capacités de commandement.
Maintenant qu'il était au sommet, le calme de la nuit ramenait les conflits des hommes à leur juste perspective : des peccadilles d'enfants gâtés, inconséquents et inutilement auto-destructeurs. Astronome amateur, il allait passer une bonne partie de la nuit l'œil vissé à son télescope. Il était en train d'horizonter sa monture quand il aperçut des mouvements inhabituels dans le ciel. Il allait empoigner son téléphone d'alarme quand il constata que les lumières dans le ciel étaient les plus étranges qui lui eût été donné de voir. Prudent comme à son habitude, il scruta le ciel plus attentivement.
Le colonel compta une vingtaine de points lumineux qui se déplaçaient à haute vitesse, entre Mach 3 et Mach 7. Les changements de trajectoire que les points effectuaient n'étaient pas à la portée de chasseurs conventionnels, ni même des derniers prototype existants. Il décida de contacter l'état-major.
Il n'en eut pas le temps. Bien que le colonel ne fut pas le premier à observer ce qui s'avéra être les navettes des agresseurs extraterrestres, il fut le premier à se faire abattre quand les puissantes armes embarquées désintégrèrent purement et simplement la montagne ainsi qu'une bonne partie de la région. Cette scène de destruction se répéta sur toute la planète.


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