1.Autour du monde
Le commodore Var'Lush observait les dernières opérations préliminaires à la bonne tenue de son premier test grandeur nature. Le commodore était une intelligence brillante né dans un temps de guerre interstellaire. Il aurait probablement pu inventer une nouvelle sorte de poésie ou devenir un scientifique brillant et respecté. Les vicissitudes de la guerre l'avaient fait scientifique, en fin de compte, mais il exerçait ses multiples talents à l'élaboration de nouvelles armes. Ses capacités servaient la mort, il est juste de se demander ce qu'il aurait réalisé pour la vie.
Les mondes qu'habitaient sa race avaient régné sans partage sur leur secteur galactique. Ils avaient bâti un empire dans une bulle de vingt années-lumière de rayon. L'empire des Zzaad était invincible et nul ne pourrait jamais égaler ses réalisations technologiques et artistiques. Puis vinrent les Essaims. A dire vrai, nul n'avait jamais su comment ils se nommaient. Ou tout bonnement s'ils se donnaient un nom. On les avait nommé Essaim de par le simple fait que cette race insectoïde se déclinait en de nombreuses espèces différant du tout au tout. Chaque espèce semblait hautement spécialisée et ne paraissait pas avoir de rapport avec les autres espèces. Pour tout dire, ils n'émettaient aucun son. Ils arrivaient toujours en masse et s'abattaient sur une planète comme une nuée de parasites spécialisés effroyablement silencieux. Ils ne laissaient que de la roche stérile. Ils emportaient même l'atmosphère. La seule chose que l'on savait avec assurance était qu'ils étaient voraces, incroyablement voraces.
C'est ce trait de caractère spécifique qui avait frappé l'esprit fertile de Var'Lush. Il allait enfin pouvoir tester son projet en environnement réel. Les résultats obtenus en laboratoire était encourageant mais rien ne valait la confrontation avec la réalité. Le système stellaire du test avait été soigneusement choisi. L'espèce dominante avait un niveau de développement et un comportement très proche des insectes qui les assiégeaient. En cas de succès, il détruirait cette race mais c'était pour son peuple une question de vie ou de mort.
Le commodore émit un grognement satisfait quand le système stellaire fut complètement isolé du reste de l'Univers par une barrière gravitationnelle. Il contrôla que son vaisseau était lui aussi convenablement isolé. Comme les insectes, la race dominant cette planète n'était apparemment pas capable de repérer l'imposante frégate qu'il commandait. Il était temps de commencer l'expérience.
L'arme fut expulsée du vaisseau et mise en dehors de la zone d'influence de son champ de protection. Elle était minuscule par rapport au puissant vaisseau militaire. Elle avait la forme d'un cube de cinq mètres d'arête et son revêtement noir mat rendait son repérage visuel quasiment impossible. Les visages de l'équipage se crispèrent quand l'arme se mit en fonction. Sans être désagréables, les vibrations émises par l'appareil leur donnait l'impression que leur colonne vertébrale vibrait, plus particulièrement au niveau de leur queue. Grâce à la barrière protectrice érigée autour de leur astronef, c'était les seuls effets qui les atteindraient. L'attente commençait.
2.Espoirs et désirs
« Dépêche-toi un peu ! glapit une voix lasse et aigrelette. « Tu es pire que ta fille dans la salle de bain. » Alain Scherrer soupira en entendant sa femme. Vingt ans que ce rituel se répétait tous les matins. Les premiers temps, Emilie le comparaît à sa petite sœur. Alain arrêta la douche en pensant aux mille et une possibilités que lui fourniraient une bonne hache, deux paires de menottes et sa femme. Il sortit de la cabine de douche en se séchant plus vigoureusement que nécessaire, un petit sourire ravi à l'idée des multiples angles d'attaque. C'est alors qu'un détail hors de propos attira son regard. Une hache était posée sur la table supportant cet horrible lavabo qu'Emilie avait trouvé si mignon. Une magnifique cognée en bois de frêne doté d'une tête en métal noir mat. A côté, bien en évidence, deux paires de menottes chromées.
Alain posa un regard ahuri sur les objets incongrus. Puis la lumière se fit dans son esprit : Emilie, ça ne pouvait être qu'elle ! Il devait parler dans son sommeil et elle avait voulu lui faire une mauvaise blague. Dieu que cette femme lui pourrissait la vie, elle ne méritait qu'un bon coup de fusil de chasse entre les deux yeux. Furieux et sa journée gâchée à peine entamée, il s'habilla. C'est en nouant sa cravate qu'il aperçut un éclat inhabituel dans le miroir. Il se retourna et sa respiration s'arrêta. Le fusil de chasse était appuyé contre la chasse d'eau. Un fusil magnifique, bois précieux, damasquinerie de bon goût et mécanique de précision. Il devait valoir une fortune : l'arme d'un milliardaire fanatique de chasse qui devait même posséder ses propres réserves.
Complétement hypnotisé, Alain s'avança comme un robot vers le fusil. Mécaniquement, il l'ouvrit pour constater que l'arme était chargée : de la munition pour très gros gibier. La première surprise passée, il fut bien obligé de constater que sa femme n'avait pas pu lui jouer ce tour. Il ne croyait pas au surnaturel et il lui fallut un long moment pour envisager que c'était peut-être lui qui avait développé un pouvoir. Si Alain ne croyait pas au surnaturel, le monde des super-héros lui était familier.
A titre d'essai, il imagina un billet de mille francs. Qui se trouva inexplicablement sur la tablette du miroir quand il se retourna. Sa première impulsion fut de ne rien dire à sa femme, sa seconde de ne rien dire à personne. Ses lectures super-héroïques lui montraient clairement son avenir, répandu dans une centaine de bocal de formol. Comme Batman ou Spiderman, il se devait de garder l'anonymat. Il se colla une expression neutre sur le visage, ce qui lui parut être un effort pour la première fois depuis bien longtemps. Il sortit de la maison, monta dans sa voiture et s'en fut à son travail, des idées de grandeur grondant dans sa tête. Il ne nota par conséquent pas que la voiture de sa femme était toujours dans le garage.
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