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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

vendredi 30 septembre 2011

SF chronicles


Bonjour à toutes et à tous !

Voilà bien longtemps que je n'ai plus réalimenté ce blog. J'étais en plein déménagement dans un premier temps. Mon nouveau cadre de vie me plaît beaucoup et sera donc un gage de productivité littéraire accrue. Et je dois aussi avouer que je me suis permis de passer une semaine tranquille après cet éprouvant déménagement.

Cela étant, j'ai tout de même eu le temps de lire durant mes trajets ferroviaires. Je viens de terminer "Un feu sur l'abîme" de Vernor Vinge, dont j'avais déjà présenté un des romans, "Rainbows End". Si "Rainbows End" évoquait l'univers technologique très travaillé de Greg Egan, le second, qui s'avère être le début d'une série, amène une dimension spatiale impressionnante et agréablement inattendue.

C'est donc un space-opera en apparence traditionnel que nous offre cette fois-ci Vernor Vinge, pour mon plus grand plaisir. Il convient d'ailleurs d'expliquer un peu le cadre de cette aventure, ce qui démontrera, s'il est nécessaire, du souci du détail de l'auteur. L'histoire se déroule dans notre galaxie, dans un futur lointain. La galaxie est peuplée de nombreuses formes de vie sentientes dont l'humanité. L'auteur nous dit que plus l'on s'approche du centre galactique, plus la gravité augmente, ce qui influe sur les technologies et, dans une large mesure, sur le développement des races. Plus l'on s'éloigne du noyau galactique, plus les choses deviennent simples et efficientes.

L'univers planté, Vernor Vinge le peuple, et de quelle magistrale manière ! Comme de coutume, il a développé les races qu'il évoque avec un souci de réalisme impressionnant. Ainsi les Cavaliers, race végétale qu'une énigmatique Puissance a équipés d'un "skrode", un engin mécanisé qui leur a donné la liberté de mouvement. Mais elles restent des plantes et leur déficit d'attention a poussé leur bienfaiteur à doter les "skrodes" de fonctionnalité permettant de minimiser les problèmes de mémoire à court terme de cette race, avec plus ou moins de réussite. Ou encore les Dards, sorte de chiens multipathes vivant en meutes dans un monde médiéval. Chaque individualité dard est composée de plusieurs unités qui agissent comme une seule entité, comme les doigts d'une main. Et les Puissances, bien sûr. Les Puissances sont des races ou des individus ayant atteint la transcendance, ce qui fait immanquablement penser à la théorie du point Oméga de Teilhardt de Chardin. L'auteur évite de les nommer dieux, même si l'analogie reste correcte à notre échelle. Bref, une fois de plus, Vernor Vinge génère un monde cohérent, parfaitement réfléchi et intrinsèquement passionnant.

Pour en venir au récit, l'humanité a réveillé une ancienne Puissance qui se met à contrôler et à détruire l'Univers. Heureusement, un vaisseau humain est parvenu à s'enfuir de l'épicentre de la catastrophe, emportant à son insu la seule chose capable de vaincre cette menace. Une expédition est organisée, motivée par une Puissance, pour récupérer cette chose et, accessoirement, sauver les deux récents orphelins et cent cinquante enfants cryogénisés. Evidemment, tout ne se passe pas sans accroc...

L'auteur choisit le style du roman fleuve. On suit donc séparément Jefri et Johanna, seuls survivants du crash du fameux vaisseau humain, Ravna, Pham, "Tige Verte" et "Coquille Bleue", deux Humains et deux Cavaliers partis récupérer le moyen de battre cette menace, plus quelques Dards sur le monde médiéval où le vaisseau s'est écrasé. L'altérité des races est incroyablement bien conçue et, même en temps que lecteur, on ne peut cerner parfaitement les comportements des non-Humains.

Le livre aborde les thèmes chers au space-opera : le multispécisme, les différences de développement, l'aspect divin et le sauvetage de l'univers connu. Si l'ensemble semble manquer d'originalité, il n'en est rien. Le monde est tellement réaliste que les thématiques en font partie intégrante. L'écriture est prenante et maîtrisée, parfaitement fluide.

Ce livre est d'une très grande qualité et, depuis "Hypérion" et "Endymion" de Dan Simmons, je n'avais jamais lu un récit d'une telle richesse et d'un tel intérêt dans ce domaine de la SF. Je rajouterais que le réalisme du cadre scientifique est moins handicapant que dans "Rainbows End" pour les personnes qui n'auraient pas une grande connaissance de ces domaines. L'accent est plutôt mis dans la potentiel de réalité des races présentées. Je le conseillerais donc à tous dans la mesure où c'est tout simplement une belle aventure à lire.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

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