Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

dimanche 15 janvier 2017

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous,

J'ai laissé ce blog de côté pour quelques temps et je reviens avec quelques nouvelles et quelques belles découvertes littéraires. Je vais éviter de vous inonder de blabla inintéressant et je vais passer tout de suite à l'essentiel.

J'ai terminé mon petit cycle de nouvelles "Le projet" et je vais vous distiller les deux derniers volets. Le premier tout de suite, sans plus attendre, immédiatement puisqu'il est la raison d'être de ce post. Le deuxième dans 2 semaines. Entre temps je publierais quelques présentations de romans, comme à la grande époque.

"Le projet" est un petit cycle de trois nouvelles. Il se déroule dans un monde post-apocalyptique dévasté où la violence est devenu le principal moyen d'expression. C'est un environnement noir et terrible où l'humanité se présente sous son jour le plus abject. Cela fait longtemps que j'ai publié la première partie donc je ne peux que vous conseiller de relire la première ici.Quant à la suite :

1. Pause café 

Le gamin était là, juché sur son muret, comme d'habitude. Jackson ne savait pas son nom, jamais il ne le lui avait demandé. Pas même le jour où il avait arraché les tripes des pervers qui lui faisaient faire le trottoir, les meilleurs jours. Ses petits yeux noirs le scrutaient de sous sa capuche rabaissée. Le gosse souriait. Jackson voyait ses dents briller dans l'ombre dense de son vêtement. Depuis de nombreuses années maintenant, l'enfant l'attendait à la périphérie d'Abidjan à chaque fois qu'il s'y rendait au hasard de ses déambulations destructrices, toujours scrupuleusement au même endroit. Jackson jouait le jeu de bon cœur. Malgré le fait que les habitudes étaient mortelles.

Jackson marqua un arrêt et jeta un regard apeuré derrière lui. Une bête cauchemardesque s'inscrivait doucement dans son dos, comme si un dispositif de camouflage s'estompait en un improbable fondu-enchaîné. La forme se précisait, massive et haute de plusieurs mètres. Elle était dotée d'ailes membraneuses et son corps écailleux se tordait de colère. Sa tête chevaline hérissée de dents et de protubérances menaçantes se balançait méchamment au bout d'un long cou sinueux horriblement mobile. Sa peau semblait de feu vivant et l'air se tordait en sifflant autour de ses mouvements rapides. Puis la bête repéra Jackson et toute la malignité de ce prédateur fantastique se focalisa sur cette proie esseulée. Jackson portait désormais une armure de plaque médiévale et une longue épée scintillante prolongeait son bras. Le combat dura quelques épiques instants avant que le dragon ne s'effondre, touché à mort et crachant sa dernière flamme d'agonie, blanche et pure. Puis tout disparut soudain et il ne resta plus que Jackson, et l'émerveillement de l'enfant. Le tueur sans pitié sentit son cœur se ramollir à la vue des yeux écarquillés du gamin. Le monstre était un petit travail de modélisation sur la base d'un vieux film bidim, il l'avait spécifiquement préparé à l'intention de ce môme, pour perpétuer le rituel qui les liait depuis la première fois où il était revenu à Abidjan après l'avoir libéré. Ce petit jeu lui avait par ailleurs fait découvrir de nombreuses fonctionnalités avancées sur son armure nanotech. Le gosse sauta souplement à bas de son perchoir, fit un petit signe de la main auquel le terroriste répondit, traditionnellement, de la même manière. Puis le jeune homme s'en fut en courant dans les sinuosités tarabiscotées des ruelles de la métropole plus si altière. Jackson se dirigea sans détours inutiles vers sa destination initiale.

Le siège de sa faction, dans cette partie du monde, était tout bêtement un bar. On y accédait très facilement, il n'avait strictement rien de clandestin et était même flanqué de deux commerces légaux : un marchand de filtres à air et un chimiste public, qui ne s'étaient pas vraiment installés là sans raison. Jackson scanna machinalement le périmètre de l'entrée : crépitement de données dans ses optiques de guerre, analyse des potentiels, graphiques mouvants. Pas de danger, ce qui était somme toute logique quand on faisait partie d'une faction de psychopathes technologiquement suréquipés. Les minables tubes de néon qui faisaient la fierté du patron, un géant blond, fanatique immodéré d'un tyran du Moyen-Âge appelé Hilder, clignotaient faiblement dans la violente lumière du jour : Zyklon-B.

 Lire la suite

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire