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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

lundi 21 novembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !
Comme promis, je vous présente aujourd'hui "Les Navigateurs de l'Infini" de Rosny Aîné. De son vrai nom Joseph-Henri Boex, il y rajoute Aîné dans la mesure où il a parfois écrit avec son frère. Auteur de SF reconnu en son temps, il excelle plûtot dans le roman préhistorique et il est célèbre pour "La Guerre du Feu". Comme souvent pour les auteurs anciens, sa production littéraire est purement et simplement hallucinante et il est difficile de croire que le gars dormait de temps à autre. Il est à noter que JHRosny était membre de l'académie Goncourt et un écrivain très respecté par la communauté scientifique. Ce qui prouve que la perception du travail d'auteur de SF a bien changé depuis, puisque nous sommes considérés comme des sous-écrivains ayant choisi la voie de la facilité.

Quant à la trame du roman, c'est un roman de SF des plus classiques : voyage sur Mars, rencontre d'extraterrestres que les héros sauveront puis retour à la maison parmi nos frères humains tolérants et rationnels. Là où l'auteur m'a plus surpris, c'est dans la qualité de ces xénomorphes et dans l'aspect sentimental d'une partie du récit.

Pour les extraterrestres, l'auteur imagine Mars peuplée de trois formes de vie. Une première non sentiente : les Zoomorphes. Les Zoomorphes sont des êtres individuels aux pulsions individuelles. Leur mode de fonctionnement biologique rend stérile les sols qu'ils foulent, repoussant ainsi la première forme de vie intelligente que les astronautes rencontrent et avec laquelle ils vont se lier. Ce sont des formes de vie symétriques basées sur le nombre cinq.

La civilisation qu'ils forment est en déclin et ils vivent une douce décadence résignée qui ne va pas sans rappeler l'ambiance de fin des temps de Moorcock. Les Humains leur paraissent un idéal qu'ils n'atteindront plus jamais voire pire, qu'ils n'aspirent même plus à atteindre. La troisième forme de vie est purement ondulatoire et d'un avancement supérieur à celui de l'humanité. Ils donneront un coup de main technique pour aider la forme de vie dominante de Mars à perdurer, dans une chaude ambiance de respect mutuel et de confiance.

Etonnamment, le livre étant sorti en 1960 mais a dû être écrit avant 1938 (on écrit mal une fois mort...), l'auteur développe une relation entre une extraterrestre et un astronaute. Il la compare même à sa relation avec une humaine ! Tout est décrit très chastement, une sorte d'amour intellectualisé qui colle parfaitement à l'ambiance du roman (ceux qui espéraient un bunga bunga sauce alien pourront donc repasser, c'était mon hommage à Silvio qui nous fait le plaisir de dégager enfin).

La façon de considérer sciences et scientifiques est, de nos jours, complètement dépassée, sauf pour les gens persuadés de lire la vérité dans "Science et Vie". L'auteur est intimement persuadé que le progrès est bénéfique à l'humanité et que le rationalisme triomphera de la bêtise. Pour un auteur cyberpunk comme moi, cette vision est enfantine et manifestement fausse. L'espoir existait encore avant la seconde guerre mondiale mais je trouve rafraichissant de lire le témoignage de cet élan d'espoir rationnel que les sciences ont amené à leur avénement dans l'imagination populaire. On est bien loin des ingénieurs qui optimisent vers le bas des résistances à l'usure...

Au niveau scientifique, JHRosny essaie de faire le plus réaliste possible. On sent des heures de discussions passionnées avec des spécialistes de l'époque et les extrapolations qui devaient en découler. De nos jours, certaines conceptions ont terriblement évolué et il tombe parfois bien loin de la réalité. Néanmoins, l'auteur a bien fait son boulot de recherche et je pense qu'il sera moins loin de la réalité que mes écrits dans un siècle...

Le style littéraire est d'une lourdeur ampoulée revigorante (encore plus archaïsant que Verne). J'accroche personnellement énormément à ces vieux styles surannés mais il faut savoir que j'apprécie beaucoup Chateaubriand, donc je dirais que mon seuil de déplaisir est extrêmement élevé.

Le livre, ainsi que toute l'oeuvre de l'auteur et de la fratrie, sont donc à réserver aux les gens intéressés à l'origine de notre style littéraire et accoutumés au style de l'époque. Je conseillerais "La Guerre du Feu" au minimum pour les plus réfractaires.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

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