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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

mardi 29 novembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé précédemment, voici une présentation sans prétention de « Forteresse » de Georges Panchard. C'est un livre qu'un ami (merci Pierre) m'avait prêté vers 2005-2006 je pense et j'avais perdu tout espoir de le retrouver facilement un jour. Ma bouquinerie habituelle m'a donc, une fois de plus, surpris en bien.

Auteur suisse (fribourgeois de surcroît, pour mes lecteurs résidant dans cette région), Georges Panchard signe un roman passionnant dans le domaine SF cyberpunk. A ma connaissance, c'est le seul roman dont il nous a gratifié, le reste de sa production étant publiée sous forme de nouvelles dans la presse spécialisée. Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur, je vous donne ce lien.

Ecrit dans le style roman-fleuve, on suit plusieurs destins croisés vers 2030. Dans ce futur proche où les grands groupes industriels dominent le monde (le seul gouvernement cité est les USA, enfin pas tout à fait puisqu'ils se sont renommés les UABS, et une utopie politique nordique), les USA sont devenus des états bibliques dont la majorité des citoyens sont obèses, ce que leur gouvernement encourage. Cette extrêmisation est en fait une réaction à l'invasion de l'occident par l'Islam, invasion passive due à la tolérance trop importante des populations résidantes. Ce problème a dégénéré en guerre civile avant de disparaître, à la fin du conflit. Ce point de vue est d'ailleurs étonnant de la part de l'auteur qui extrapole à part ça plus subtilement.

On suit principalement Clayborne, chef de la sécurité, ou protecteur, de Haviland Corp, et plus particulièrement du président Mannering, ayant imposé un embargo technologique sur les USA et entraîné de nombreuses compagnie dans son sillage. Par une source d'information fiable, il apprend qu'un assassinat a été commandité contre son patron par les USA, nom de code « Ghost ». L'équipe de sécurité se lance donc à la poursuite des personnes impliquées et de la nouvelle technologie furtive inédite développée pour cette mission. On suit aussi Mitchell, obèse américain, peintre de scène religieuse, et ses difficultés amoureuses. Il faut y ajouter l'inspectrice Caprara de la police italienne, impliquée bien malgré elle dans les événements, plus quelques personnages plus secondaires.

L'anticipation dont fait preuve l'auteur est impressionnante et bien construite. Les personnages sont crédibles, vivants. Dans un style concis, le texte se lit très agréablement. La mise en place du cadre de l'intrigue et sa gestion à proprement parlé est millimétrique et l'auteur dirige ainsi fort bien son lecteur. Malgré l'environnement hautement technologique, Georges Panchard reste accessible en évitant les lourdes explications souvent liées à ce type de roman. La dimension du texte est réellement littéraire, donc doté d'un vocabulaire à la fois adéquat et bien choisi. Les niveaux de langage sont utilisés intelligemment et contribuent à l'ambiance. Comme chez Gibbson, c'est les détails qui rendent le monde crédible et surtout prenant (marques de bière catholiques aux USA...). L'air de rien, chaque choix syntaxique ou scénaristique est réfléchi et prend tout son sens à la fin de l'œuvre. C'est aussi le deuxième roman que je connaisse, tout style confondu, où les répétitions de longs passages sont intelligemment employées (l'autre étant « Océan mer » d'Allessandro Barrico qui utilise de plus un procédé incrémentiel).

A mon sens, « Forteresse » est le meilleur roman cyberpunk en français, dans la mesure où Maurice Dantec n'en fait plus vraiment d'une part, et d'autre part car tout le monde peut le lire (ce qui n'est pas le cas de Dantec après « Babylon Babies », et encore). Un peu comme pour Barjavel, être fan de SF et familier des technologies n'est pas un prérequis nécessaire pour apprécier le roman. Je pense par contre qu'être un peu au courant de la situation géopolitique actuelle est un plus, dans le sens où l'on savoure plus intensément les extrapolations de l'auteur. Les écrans de fumée déployés par l'auteur sont presque impénétrables et la fin est agréablement surprenante, à l'image des twist movies du genre « Usual suspects ». Vous verrez qu'il traite une idée ancienne d'une manière totalement inédite et complètement inattendue. Un livre à mettre d'urgence entre toutes les mains.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

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