Bonjour à toutes et à tous !
Allez hop ! Puisqu'il est enfin sorti en poche, je vous présente « Aux tréfonds du ciel » de Vernor Vinge. Dans la mesure où il est un de mes auteurs préférés, j'ai déjà présenté brièvement deux de ces livres : "Rainbows End et "Un feu sur l'abîme". « Aux tréfonds du ciel » se situe dans le même monde que le second, mais il se déroule avant bien que sorti plus tard. Le style est toujours Hard SF, c'est-à-dire que les environnements technologiques et politiques sont très rigoureusement décrits.
Sans datation précise, l'intrigue de ce roman est simplement situé dans un avenir lointain, plusieurs milliers d'années après notre ère. L'humanité est spatiopérégrine, déclinée en autant de civilisations différentes que de colonies. Malgré ces incessants voyages intersidéraux, les hommes restent désespérément la seule forme de vie sentiente de l'univers connu.
L'intrigue à proprement parler met en scène les Queng Ho (prononcez Tcheng Ho), civilisation de commerçants intersidéraux, que l'on suit dans son exploration d'une bizarrerie astronomique : l'étoile Marche-Arrêt. Cette étoile reste allumée pendant trente-cinq ans, puis elle s'éteint pour deux cent quinze années. Une planète orbite autours de cette étoiles. Le potentiel de cette planète pour une civilisation commerçante est bien évidemment incalculable. Mais ils ne sont pas les seuls à convoiter cette curiosité. Arrivés au même moment qu'eux, les Emergents, civilisation se sortant tout juste de leur extinction, dont les buts semblent plutôt flous, proposent aux Queng Ho une collaboration pour explorer cette planète qui semble habitée.
Les habitants de la planète sont des arachnoïdes intelligents, à un stade de développement industriel. Leur technologie commence à exploiter les ondes radios et l'énergie atomique de fission. On suit principalement un dénommé Sherkaner Underhill, savant génial et excentrique qui alimente le développement technologique de sa civilisation. Au niveau de la politique, elle est fortement nationaliste et pénétrée de vieilles croyances et d'obscurantisme. La guerre mondiale reste un risque important. Pour donner un point de comparaison, ce peuple est à l'orée de notre Première Guerre mondiale.
Les araignées ne sont pas conscientes de la présence des visiteurs en orbite. Et tout bouge très vite, dans l'espace... En effet, les Emergents prennent le pouvoir de manière très violente, détruisant ainsi les deux flottes et contraignant les deux peuples à une collaboration difficile. La majorité du roman se déroule dans cette période troublée.
Une fois de plus, Vernor Vinge maîtrise son sujet et rend son univers parfaitement crédible. A nouveau, sa race extraterrestre est étonnante et très recherchée. Les lecteurs qui trouveront ces ET trop humains comprendront vers les deux tiers du roman qu'il ne pouvait en être autrement. Plus intéressant pour nous est les destins de l'humanité traitée par l'auteur.
Vinge développe une théorie pertinente : plus l'espace d'une race s'étend, plus elle nécessite un liant pour garder une cohésion minimale, ce qui lui évitera des périodes obscurantistes qui la ferait fortement régresser. En effet, une civilisation qui s'effondre (que ce soit pour des raisons militaires ou climatiques) retourne rapidement au féodalisme et à l'obscurantisme. Il faut des nomades pour véhiculer nouvelles et technologies. L'avenir est donc, plus que commercial, tourné vers l'échange et la collaboration ou l'isoleement et la mort.
L'environnement technologique est hallucinant, extrêmement détaillé et terriblement réaliste. La finesse des personnages nous fait rapidement prendre position et nous impliquer dans cette passionnante aventure. On se surprend à se prendre d'affection pour une araignée poilue de deux mètres de haut... L'histoire est donc très prenante et construite très intelligemment, maniant avec élégance les retournements de situation inattendus.
Vous l'aurez compris aisément : j'ai adoré. Cet auteur reste donc pour moi un phare du space opera, qu'il faudra malheureusement réserver à ceux qui ont non seulement de bonnes connaissances en astronomie et en électrotechnique, mais aussi de bonnes bases en économie. Il est à mon avis difficilement envisageable de le lire avant quatorze ans, par égards pour la complexité de l'intrigue et de l'environnement. Autre problème pour les plus jeunes, la violence des Emergents et l'aspect immoral des Queng Ho sont véritablement choquants. L'humanité est traitée comme un parasite dangereux et je ne pense pas que le cynisme de l'auteur, particulièrement quand on le compare à la civilisation arachnoïde qui se trouve à l'orée de grandes guerres mondiales (impossible de ne pas associer certaines figures de nos deux guerres mondiales à certains personnages araignées), soit perceptible par des lecteurs trop jeunes ou manquant de bases.
Pour ceux qui pensent être largement prêts à l'aventure, ce récit vaut vraiment la peine et je pense personnellement qu'il vaut mieux le lire avant « Un feu sur l'abîme », histoire de se plonger progressivement dans le monde de l'auteur et de tout bêtement respecter l'ordre chronologique. La position des hommes dans la société de « Un feu sur l'abîme » est plus compréhensible si on a lu « Aux tréfonds du ciel ».
Bonnes lectures à toutes et à tous !
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