Bonjour à toutes et à tous !
Comme annoncé précédemment, voici une présentation sans prétention de « Forteresse » de Georges Panchard. C'est un livre qu'un ami (merci Pierre) m'avait prêté vers 2005-2006 je pense et j'avais perdu tout espoir de le retrouver facilement un jour. Ma bouquinerie habituelle m'a donc, une fois de plus, surpris en bien.
Auteur suisse (fribourgeois de surcroît, pour mes lecteurs résidant dans cette région), Georges Panchard signe un roman passionnant dans le domaine SF cyberpunk. A ma connaissance, c'est le seul roman dont il nous a gratifié, le reste de sa production étant publiée sous forme de nouvelles dans la presse spécialisée. Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur, je vous donne ce lien.
Ecrit dans le style roman-fleuve, on suit plusieurs destins croisés vers 2030. Dans ce futur proche où les grands groupes industriels dominent le monde (le seul gouvernement cité est les USA, enfin pas tout à fait puisqu'ils se sont renommés les UABS, et une utopie politique nordique), les USA sont devenus des états bibliques dont la majorité des citoyens sont obèses, ce que leur gouvernement encourage. Cette extrêmisation est en fait une réaction à l'invasion de l'occident par l'Islam, invasion passive due à la tolérance trop importante des populations résidantes. Ce problème a dégénéré en guerre civile avant de disparaître, à la fin du conflit. Ce point de vue est d'ailleurs étonnant de la part de l'auteur qui extrapole à part ça plus subtilement.
On suit principalement Clayborne, chef de la sécurité, ou protecteur, de Haviland Corp, et plus particulièrement du président Mannering, ayant imposé un embargo technologique sur les USA et entraîné de nombreuses compagnie dans son sillage. Par une source d'information fiable, il apprend qu'un assassinat a été commandité contre son patron par les USA, nom de code « Ghost ». L'équipe de sécurité se lance donc à la poursuite des personnes impliquées et de la nouvelle technologie furtive inédite développée pour cette mission. On suit aussi Mitchell, obèse américain, peintre de scène religieuse, et ses difficultés amoureuses. Il faut y ajouter l'inspectrice Caprara de la police italienne, impliquée bien malgré elle dans les événements, plus quelques personnages plus secondaires.
L'anticipation dont fait preuve l'auteur est impressionnante et bien construite. Les personnages sont crédibles, vivants. Dans un style concis, le texte se lit très agréablement. La mise en place du cadre de l'intrigue et sa gestion à proprement parlé est millimétrique et l'auteur dirige ainsi fort bien son lecteur. Malgré l'environnement hautement technologique, Georges Panchard reste accessible en évitant les lourdes explications souvent liées à ce type de roman. La dimension du texte est réellement littéraire, donc doté d'un vocabulaire à la fois adéquat et bien choisi. Les niveaux de langage sont utilisés intelligemment et contribuent à l'ambiance. Comme chez Gibbson, c'est les détails qui rendent le monde crédible et surtout prenant (marques de bière catholiques aux USA...). L'air de rien, chaque choix syntaxique ou scénaristique est réfléchi et prend tout son sens à la fin de l'œuvre. C'est aussi le deuxième roman que je connaisse, tout style confondu, où les répétitions de longs passages sont intelligemment employées (l'autre étant « Océan mer » d'Allessandro Barrico qui utilise de plus un procédé incrémentiel).
A mon sens, « Forteresse » est le meilleur roman cyberpunk en français, dans la mesure où Maurice Dantec n'en fait plus vraiment d'une part, et d'autre part car tout le monde peut le lire (ce qui n'est pas le cas de Dantec après « Babylon Babies », et encore). Un peu comme pour Barjavel, être fan de SF et familier des technologies n'est pas un prérequis nécessaire pour apprécier le roman. Je pense par contre qu'être un peu au courant de la situation géopolitique actuelle est un plus, dans le sens où l'on savoure plus intensément les extrapolations de l'auteur. Les écrans de fumée déployés par l'auteur sont presque impénétrables et la fin est agréablement surprenante, à l'image des twist movies du genre « Usual suspects ». Vous verrez qu'il traite une idée ancienne d'une manière totalement inédite et complètement inattendue. Un livre à mettre d'urgence entre toutes les mains.
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
mardi 29 novembre 2011
dimanche 27 novembre 2011
Les nouvelles du front
Bonjour à toutes et à tous !
En cette belle journée d'hiver où nul ne s'inquiète du manque préoccupant de précipitations, je m'extirpe de ma lessive (merci, il me fallait une excuse valable) pour vous donner quelques nouvelles de mes activités.
Pour ce qui est de ma production écrite, je suis en plein travail de rédaction pour participer à un concours de nouvelles ayant pour thème "3333 sur la Terre". Je pense avoir trouvé une façon originale de traiter ce thème, dans un genre plus proche de Ray Bradbury que d'habitude. Comme c'est un concours, je ne peux évidemment pas trop en dire. Il ne vous sera pas possible de voter pour ce texte, étant donné que c'est un jury qui décidera de l'issue de la compétition. Eventuellement, vous pouvez si vous le désirez organiser une manifestation géante le jour des débats, sans certitude sur l'impact. Je sélectionne actuellement d'autres concours pour lesquels je pourrais potentiellement être motivé par le sujet proposé.
Pour ceux qui ne l'aurait pas encore lue, il y a ma dernière nouvelle "Ad perpetuam". C'est l'histoire, à proprement parler, d'un homme immortel, blasé et dégoûté. C'est un texte sombre et déprimant, j'ai d'ailleurs énormément travaillé le rythme des phrases et leur enchaînement pour instiller une ambiance désespérée. J'attends vos commentaires avec joie.
Au niveau du blog, le prochain livre que je présenterais sera "Forteresse" de Monsieur Panchard, excellent roman de SF en français, à mon avis un des (le ?) meilleurs. Le prochain film sera le mythique "Avalon" de Mamoru Ooshi qui a aussi réalisé le long métrage d'animation cultissime "Ghost in the shell". "Avalon" est par contre un "vrai" film et je tenterais de vous donner envie de le voir si ce n'est déjà fait.
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
En cette belle journée d'hiver où nul ne s'inquiète du manque préoccupant de précipitations, je m'extirpe de ma lessive (merci, il me fallait une excuse valable) pour vous donner quelques nouvelles de mes activités.
Pour ce qui est de ma production écrite, je suis en plein travail de rédaction pour participer à un concours de nouvelles ayant pour thème "3333 sur la Terre". Je pense avoir trouvé une façon originale de traiter ce thème, dans un genre plus proche de Ray Bradbury que d'habitude. Comme c'est un concours, je ne peux évidemment pas trop en dire. Il ne vous sera pas possible de voter pour ce texte, étant donné que c'est un jury qui décidera de l'issue de la compétition. Eventuellement, vous pouvez si vous le désirez organiser une manifestation géante le jour des débats, sans certitude sur l'impact. Je sélectionne actuellement d'autres concours pour lesquels je pourrais potentiellement être motivé par le sujet proposé.
Pour ceux qui ne l'aurait pas encore lue, il y a ma dernière nouvelle "Ad perpetuam". C'est l'histoire, à proprement parler, d'un homme immortel, blasé et dégoûté. C'est un texte sombre et déprimant, j'ai d'ailleurs énormément travaillé le rythme des phrases et leur enchaînement pour instiller une ambiance désespérée. J'attends vos commentaires avec joie.
Au niveau du blog, le prochain livre que je présenterais sera "Forteresse" de Monsieur Panchard, excellent roman de SF en français, à mon avis un des (le ?) meilleurs. Le prochain film sera le mythique "Avalon" de Mamoru Ooshi qui a aussi réalisé le long métrage d'animation cultissime "Ghost in the shell". "Avalon" est par contre un "vrai" film et je tenterais de vous donner envie de le voir si ce n'est déjà fait.
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
jeudi 24 novembre 2011
AV
Bonjour à toutes et à tous !
Voici donc une brève présentation du film « Eden Log » de Franck Vestiel. Précisons tout de suite que c'est un film d'évasion, pour ceux qui seraient définitivement dégoûtés par des séries à rallonge dans le genre de Prison Break.
Un homme se réveille dans ce qui semble être un complexe souterrain étrange, univers à la fois technologique et profondément organique. L'eau suinte des racines pendantes, ruisselle le long des parois et sur les machines en ruine. Sans identité et sans but, il décide logiquement de sortir de là : on monte donc !
Rapidement, il est menacé par des monstres qui semblent le pourchasser. Pire, des hommes semblent les contrôler. C'est donc une longue poursuite qui s'entame, enrayée par les visions psychotiques du héros.
Evidemment, Tolbiac, puisque c'est le nom du personnage principal, n'est pas un homme ordinaire. Il rencontrera, durant sa fuite éperdue vers le haut, une biologiste restée cloîtrée dans ce complexe industriel qui lui donnera quelques explications sur la situation en cours. Classiquement, c'est une expérience scientifique qui a mal tourné.
Au niveau du jeu des acteurs, rien à redire, Tolbiac (Clovis Cornillac) est convaincant. Les décors sont oppressants et très bien utilisés, les images maîtrisées et les plans plutôt bien choisis. Le scénario n'est pas très original mais néanmoins fonctionnel.
Là où le film pêche, c'est dans le rythme scénaristique. Les éléments du scénarios sont mal pondérés, les transitions sont discutables et surtout, le scénario ne tient pas en haleine. Je concède que le film, se voulant oppressant, a été tourné pour instiller une certaine lenteur, mais cela ne justifie pas la concentration indigeste d'éléments scénaristiques du dernier tiers du film. Tout ça pour amener une fin d'un classicisme assez décevant, particulièrement quand on tenu jusqu'au bout du film et qu'on espérait un peu mieux que des effets spéciaux dignes de mon économiseur d'écran.
Je ne dirais pas que le film est mauvais, et c'est peut-être ce qui est gênant. On sait à quoi s'en tenir tout de suite face à un navet comme Avatar ou Diamond Ninja Force (légendaire) : scénario moisi, l'image tente vainement de sauver le vide scénaristique, et on rit même dans DNJ. Là, presque tout est bon mais le rythme gâche vraiment tout, ce qui nous laisse dans un sentiment d'incomplétude perturbante : ni bon, ni mauvais. Vraiment dommage !
Pour ceux qui voudraient malgré tout le regarder, la curiosité étant la mère de l'esprit critique, il est à déconseiller lourdement aux enfants, uniquement pour une scène de viol parfaitement inutile dans le dernier tiers du film.
Pour ce qui est de la suite sur ce blog, je vous donnerais prochainement des nouvelles de mes nombreuses activités en cette fin d'année ainsi que le programme des prochaines présentations. N'hésitez pas à me contacter si vous désirez voir apparaître un contenu particulier en rapport avec le thème de la SF.
N'oubliez pas de lire (ma dernière nouvelle tout de suite en cas de manque) !
Voici donc une brève présentation du film « Eden Log » de Franck Vestiel. Précisons tout de suite que c'est un film d'évasion, pour ceux qui seraient définitivement dégoûtés par des séries à rallonge dans le genre de Prison Break.
Un homme se réveille dans ce qui semble être un complexe souterrain étrange, univers à la fois technologique et profondément organique. L'eau suinte des racines pendantes, ruisselle le long des parois et sur les machines en ruine. Sans identité et sans but, il décide logiquement de sortir de là : on monte donc !
Rapidement, il est menacé par des monstres qui semblent le pourchasser. Pire, des hommes semblent les contrôler. C'est donc une longue poursuite qui s'entame, enrayée par les visions psychotiques du héros.
Evidemment, Tolbiac, puisque c'est le nom du personnage principal, n'est pas un homme ordinaire. Il rencontrera, durant sa fuite éperdue vers le haut, une biologiste restée cloîtrée dans ce complexe industriel qui lui donnera quelques explications sur la situation en cours. Classiquement, c'est une expérience scientifique qui a mal tourné.
Au niveau du jeu des acteurs, rien à redire, Tolbiac (Clovis Cornillac) est convaincant. Les décors sont oppressants et très bien utilisés, les images maîtrisées et les plans plutôt bien choisis. Le scénario n'est pas très original mais néanmoins fonctionnel.
Là où le film pêche, c'est dans le rythme scénaristique. Les éléments du scénarios sont mal pondérés, les transitions sont discutables et surtout, le scénario ne tient pas en haleine. Je concède que le film, se voulant oppressant, a été tourné pour instiller une certaine lenteur, mais cela ne justifie pas la concentration indigeste d'éléments scénaristiques du dernier tiers du film. Tout ça pour amener une fin d'un classicisme assez décevant, particulièrement quand on tenu jusqu'au bout du film et qu'on espérait un peu mieux que des effets spéciaux dignes de mon économiseur d'écran.
Je ne dirais pas que le film est mauvais, et c'est peut-être ce qui est gênant. On sait à quoi s'en tenir tout de suite face à un navet comme Avatar ou Diamond Ninja Force (légendaire) : scénario moisi, l'image tente vainement de sauver le vide scénaristique, et on rit même dans DNJ. Là, presque tout est bon mais le rythme gâche vraiment tout, ce qui nous laisse dans un sentiment d'incomplétude perturbante : ni bon, ni mauvais. Vraiment dommage !
Pour ceux qui voudraient malgré tout le regarder, la curiosité étant la mère de l'esprit critique, il est à déconseiller lourdement aux enfants, uniquement pour une scène de viol parfaitement inutile dans le dernier tiers du film.
Pour ce qui est de la suite sur ce blog, je vous donnerais prochainement des nouvelles de mes nombreuses activités en cette fin d'année ainsi que le programme des prochaines présentations. N'hésitez pas à me contacter si vous désirez voir apparaître un contenu particulier en rapport avec le thème de la SF.
N'oubliez pas de lire (ma dernière nouvelle tout de suite en cas de manque) !
lundi 21 novembre 2011
SF chronicles
Bonjour à toutes et à tous !
Comme promis, je vous présente aujourd'hui "Les Navigateurs de l'Infini" de Rosny Aîné. De son vrai nom Joseph-Henri Boex, il y rajoute Aîné dans la mesure où il a parfois écrit avec son frère. Auteur de SF reconnu en son temps, il excelle plûtot dans le roman préhistorique et il est célèbre pour "La Guerre du Feu". Comme souvent pour les auteurs anciens, sa production littéraire est purement et simplement hallucinante et il est difficile de croire que le gars dormait de temps à autre. Il est à noter que JHRosny était membre de l'académie Goncourt et un écrivain très respecté par la communauté scientifique. Ce qui prouve que la perception du travail d'auteur de SF a bien changé depuis, puisque nous sommes considérés comme des sous-écrivains ayant choisi la voie de la facilité.
Quant à la trame du roman, c'est un roman de SF des plus classiques : voyage sur Mars, rencontre d'extraterrestres que les héros sauveront puis retour à la maison parmi nos frères humains tolérants et rationnels. Là où l'auteur m'a plus surpris, c'est dans la qualité de ces xénomorphes et dans l'aspect sentimental d'une partie du récit.
Pour les extraterrestres, l'auteur imagine Mars peuplée de trois formes de vie. Une première non sentiente : les Zoomorphes. Les Zoomorphes sont des êtres individuels aux pulsions individuelles. Leur mode de fonctionnement biologique rend stérile les sols qu'ils foulent, repoussant ainsi la première forme de vie intelligente que les astronautes rencontrent et avec laquelle ils vont se lier. Ce sont des formes de vie symétriques basées sur le nombre cinq.
La civilisation qu'ils forment est en déclin et ils vivent une douce décadence résignée qui ne va pas sans rappeler l'ambiance de fin des temps de Moorcock. Les Humains leur paraissent un idéal qu'ils n'atteindront plus jamais voire pire, qu'ils n'aspirent même plus à atteindre. La troisième forme de vie est purement ondulatoire et d'un avancement supérieur à celui de l'humanité. Ils donneront un coup de main technique pour aider la forme de vie dominante de Mars à perdurer, dans une chaude ambiance de respect mutuel et de confiance.
Etonnamment, le livre étant sorti en 1960 mais a dû être écrit avant 1938 (on écrit mal une fois mort...), l'auteur développe une relation entre une extraterrestre et un astronaute. Il la compare même à sa relation avec une humaine ! Tout est décrit très chastement, une sorte d'amour intellectualisé qui colle parfaitement à l'ambiance du roman (ceux qui espéraient un bunga bunga sauce alien pourront donc repasser, c'était mon hommage à Silvio qui nous fait le plaisir de dégager enfin).
La façon de considérer sciences et scientifiques est, de nos jours, complètement dépassée, sauf pour les gens persuadés de lire la vérité dans "Science et Vie". L'auteur est intimement persuadé que le progrès est bénéfique à l'humanité et que le rationalisme triomphera de la bêtise. Pour un auteur cyberpunk comme moi, cette vision est enfantine et manifestement fausse. L'espoir existait encore avant la seconde guerre mondiale mais je trouve rafraichissant de lire le témoignage de cet élan d'espoir rationnel que les sciences ont amené à leur avénement dans l'imagination populaire. On est bien loin des ingénieurs qui optimisent vers le bas des résistances à l'usure...
Au niveau scientifique, JHRosny essaie de faire le plus réaliste possible. On sent des heures de discussions passionnées avec des spécialistes de l'époque et les extrapolations qui devaient en découler. De nos jours, certaines conceptions ont terriblement évolué et il tombe parfois bien loin de la réalité. Néanmoins, l'auteur a bien fait son boulot de recherche et je pense qu'il sera moins loin de la réalité que mes écrits dans un siècle...
Le style littéraire est d'une lourdeur ampoulée revigorante (encore plus archaïsant que Verne). J'accroche personnellement énormément à ces vieux styles surannés mais il faut savoir que j'apprécie beaucoup Chateaubriand, donc je dirais que mon seuil de déplaisir est extrêmement élevé.
Le livre, ainsi que toute l'oeuvre de l'auteur et de la fratrie, sont donc à réserver aux les gens intéressés à l'origine de notre style littéraire et accoutumés au style de l'époque. Je conseillerais "La Guerre du Feu" au minimum pour les plus réfractaires.
Bonnes lectures à toutes et à tous !
Comme promis, je vous présente aujourd'hui "Les Navigateurs de l'Infini" de Rosny Aîné. De son vrai nom Joseph-Henri Boex, il y rajoute Aîné dans la mesure où il a parfois écrit avec son frère. Auteur de SF reconnu en son temps, il excelle plûtot dans le roman préhistorique et il est célèbre pour "La Guerre du Feu". Comme souvent pour les auteurs anciens, sa production littéraire est purement et simplement hallucinante et il est difficile de croire que le gars dormait de temps à autre. Il est à noter que JHRosny était membre de l'académie Goncourt et un écrivain très respecté par la communauté scientifique. Ce qui prouve que la perception du travail d'auteur de SF a bien changé depuis, puisque nous sommes considérés comme des sous-écrivains ayant choisi la voie de la facilité.
Quant à la trame du roman, c'est un roman de SF des plus classiques : voyage sur Mars, rencontre d'extraterrestres que les héros sauveront puis retour à la maison parmi nos frères humains tolérants et rationnels. Là où l'auteur m'a plus surpris, c'est dans la qualité de ces xénomorphes et dans l'aspect sentimental d'une partie du récit.
Pour les extraterrestres, l'auteur imagine Mars peuplée de trois formes de vie. Une première non sentiente : les Zoomorphes. Les Zoomorphes sont des êtres individuels aux pulsions individuelles. Leur mode de fonctionnement biologique rend stérile les sols qu'ils foulent, repoussant ainsi la première forme de vie intelligente que les astronautes rencontrent et avec laquelle ils vont se lier. Ce sont des formes de vie symétriques basées sur le nombre cinq.
La civilisation qu'ils forment est en déclin et ils vivent une douce décadence résignée qui ne va pas sans rappeler l'ambiance de fin des temps de Moorcock. Les Humains leur paraissent un idéal qu'ils n'atteindront plus jamais voire pire, qu'ils n'aspirent même plus à atteindre. La troisième forme de vie est purement ondulatoire et d'un avancement supérieur à celui de l'humanité. Ils donneront un coup de main technique pour aider la forme de vie dominante de Mars à perdurer, dans une chaude ambiance de respect mutuel et de confiance.
Etonnamment, le livre étant sorti en 1960 mais a dû être écrit avant 1938 (on écrit mal une fois mort...), l'auteur développe une relation entre une extraterrestre et un astronaute. Il la compare même à sa relation avec une humaine ! Tout est décrit très chastement, une sorte d'amour intellectualisé qui colle parfaitement à l'ambiance du roman (ceux qui espéraient un bunga bunga sauce alien pourront donc repasser, c'était mon hommage à Silvio qui nous fait le plaisir de dégager enfin).
La façon de considérer sciences et scientifiques est, de nos jours, complètement dépassée, sauf pour les gens persuadés de lire la vérité dans "Science et Vie". L'auteur est intimement persuadé que le progrès est bénéfique à l'humanité et que le rationalisme triomphera de la bêtise. Pour un auteur cyberpunk comme moi, cette vision est enfantine et manifestement fausse. L'espoir existait encore avant la seconde guerre mondiale mais je trouve rafraichissant de lire le témoignage de cet élan d'espoir rationnel que les sciences ont amené à leur avénement dans l'imagination populaire. On est bien loin des ingénieurs qui optimisent vers le bas des résistances à l'usure...
Au niveau scientifique, JHRosny essaie de faire le plus réaliste possible. On sent des heures de discussions passionnées avec des spécialistes de l'époque et les extrapolations qui devaient en découler. De nos jours, certaines conceptions ont terriblement évolué et il tombe parfois bien loin de la réalité. Néanmoins, l'auteur a bien fait son boulot de recherche et je pense qu'il sera moins loin de la réalité que mes écrits dans un siècle...
Le style littéraire est d'une lourdeur ampoulée revigorante (encore plus archaïsant que Verne). J'accroche personnellement énormément à ces vieux styles surannés mais il faut savoir que j'apprécie beaucoup Chateaubriand, donc je dirais que mon seuil de déplaisir est extrêmement élevé.
Le livre, ainsi que toute l'oeuvre de l'auteur et de la fratrie, sont donc à réserver aux les gens intéressés à l'origine de notre style littéraire et accoutumés au style de l'époque. Je conseillerais "La Guerre du Feu" au minimum pour les plus réfractaires.
Bonnes lectures à toutes et à tous !
samedi 12 novembre 2011
Dernière nouvelle
Bonjour à toutes et à tous !
Largement en avance puisque la nuit a été productive, voici ma dernière nouvelle dans le post d'en-dessous, comme d'habitude téléchargeable sur le panneau latéral droit dans la rubrique "Nouvelles à télécharger" ou par le lien "Lire la suite".
Disons-le d'emblée, c'est une nouvelle sombre, extrêmement critique et désespérée. Ecrite à la première personne pour renforcer l'impact du propos, elle est le parcours d'un homme frappé d'une malédiction insupportable : l'immortalité. De la première croisade à un futur proche, il relate son chemin tourmenté dans l'humanité.
Ses constatations sont désabusées et je dresse un portrait sans complaisance de notre race et son impact. J'espère que vous apprécierez et j'attends vos commentaires avec plaisir.
Bonnes lectures à toutes et à tous !
Largement en avance puisque la nuit a été productive, voici ma dernière nouvelle dans le post d'en-dessous, comme d'habitude téléchargeable sur le panneau latéral droit dans la rubrique "Nouvelles à télécharger" ou par le lien "Lire la suite".
Disons-le d'emblée, c'est une nouvelle sombre, extrêmement critique et désespérée. Ecrite à la première personne pour renforcer l'impact du propos, elle est le parcours d'un homme frappé d'une malédiction insupportable : l'immortalité. De la première croisade à un futur proche, il relate son chemin tourmenté dans l'humanité.
Ses constatations sont désabusées et je dresse un portrait sans complaisance de notre race et son impact. J'espère que vous apprécierez et j'attends vos commentaires avec plaisir.
Bonnes lectures à toutes et à tous !
AD PERPETUAM
Cette nuit, j'ai une fois de plus mis fin à mes jours. Cette fois, je me suis organisé minutieusement et j'ai choisi un moyen qui ne laisserait de moi que quelques parcelles de peaux et d'os déchiquetées, minimisant d'autant la possibilité d'une issue défavorable. J'ai donc infiltré une usine de conditionnement de viande et, après avoir modifié les protocoles de sécurité pour m'assurer qu'un quelconque programme de surveillance borné et insensible ne m'arrête pas, je mis en route mon définitif projet. En dépit du fait que je fus dans un premier temps broyé, puis concassé et haché menu, pour finalement être bourré dans des vessies de porc avant d'être conditionné en emballage de trois, je me suis réveillé quelques heures plus tard dans mon lit, entier et tristement bien vivant, contraint d'ôter de ma désormais courte liste une solution prometteuse. Encore raté !
Je m'imagine bien vos réactions, jeunes humains qui me lisez. Pour les trois quarts d'entre vous, votre verdict oscille entre la faiblesse dont je fais preuve, cette lâcheté et ce courage inextricablement liés que demandent l'acte terminal qu'est le suicide, et l'empathie génératrice de pitié et de compréhension. Pour trois seizièmes des lecteurs, ce sera une réaction de rejet face à cette décision. Vous êtes par ailleurs les derniers humains des régions industrialisées pour qui la survie est importante et vous représentez l'avenir de cette humanité moribonde. Pour le dernier seizième, le jugement revêtira la forme d'une satisfaction morbide, soit parce que vous désirez mourir aussi, soit parce que vous voulez tout simplement tuer, soit parce que vous n'êtes que des voyeurs passifs comme la majorité de l'humanité . Pour tous, une vague réaction nauséeuse se fera ressentir. Mais surtout, vous tous, vous n'aurez rien compris et votre misérable haine ou pathétique compassion ne s'appliquera pas dans mon cas. Les tendances que je prévois dans vos réactions sont exactes, par le simple fait de mon expérience, sans commune mesure avec la vôtre.
Chacun croit qu'il est unique, en oubliant peut-être que, face à nos congénères humains, nous avons toujours plus de points communs que de différences, que ce soit au niveau biologique ou intellectuel. Les conceptions, les convictions devrais-je dire, que vous pensez uniques et propres à votre petite personne sont en fait partagées par la majorité des autres humains. C'est ainsi que les théories de Jésus de Nazareth ou de Mahomet sont en fait un idéal désiré par l'humanité dans son ensemble. Ils n'ont rien produit de neuf, simplement systématisé des vérités aussi anciennes que l'humanité elle-même. Mais, au moins, ils ont eu le mérite de les dire voire de les écrire, ce qui ne permet pas à ceux qui leur ont succédé la béatitude confortable de l'ignorance.
En revanche, je suis complètement différent de vous, même si je partage un grand nombre de vos caractéristiques biologiques, et j'espère de tout cœur être unique, partant du principe que nul ne devrait partager mon malheur. Quant à mon intellect, vous comprendrez bientôt qu'il s'est progressivement éloigné du vôtre, à mon corps défendant.
Lire la suite... :
Je m'imagine bien vos réactions, jeunes humains qui me lisez. Pour les trois quarts d'entre vous, votre verdict oscille entre la faiblesse dont je fais preuve, cette lâcheté et ce courage inextricablement liés que demandent l'acte terminal qu'est le suicide, et l'empathie génératrice de pitié et de compréhension. Pour trois seizièmes des lecteurs, ce sera une réaction de rejet face à cette décision. Vous êtes par ailleurs les derniers humains des régions industrialisées pour qui la survie est importante et vous représentez l'avenir de cette humanité moribonde. Pour le dernier seizième, le jugement revêtira la forme d'une satisfaction morbide, soit parce que vous désirez mourir aussi, soit parce que vous voulez tout simplement tuer, soit parce que vous n'êtes que des voyeurs passifs comme la majorité de l'humanité . Pour tous, une vague réaction nauséeuse se fera ressentir. Mais surtout, vous tous, vous n'aurez rien compris et votre misérable haine ou pathétique compassion ne s'appliquera pas dans mon cas. Les tendances que je prévois dans vos réactions sont exactes, par le simple fait de mon expérience, sans commune mesure avec la vôtre.
Chacun croit qu'il est unique, en oubliant peut-être que, face à nos congénères humains, nous avons toujours plus de points communs que de différences, que ce soit au niveau biologique ou intellectuel. Les conceptions, les convictions devrais-je dire, que vous pensez uniques et propres à votre petite personne sont en fait partagées par la majorité des autres humains. C'est ainsi que les théories de Jésus de Nazareth ou de Mahomet sont en fait un idéal désiré par l'humanité dans son ensemble. Ils n'ont rien produit de neuf, simplement systématisé des vérités aussi anciennes que l'humanité elle-même. Mais, au moins, ils ont eu le mérite de les dire voire de les écrire, ce qui ne permet pas à ceux qui leur ont succédé la béatitude confortable de l'ignorance.
En revanche, je suis complètement différent de vous, même si je partage un grand nombre de vos caractéristiques biologiques, et j'espère de tout cœur être unique, partant du principe que nul ne devrait partager mon malheur. Quant à mon intellect, vous comprendrez bientôt qu'il s'est progressivement éloigné du vôtre, à mon corps défendant.
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mardi 8 novembre 2011
Les nouvelles du front
Bonjour à toutes et à tous !
Je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mes passions cette dernière semaine, ce qui m'a contraint à vous laisser seuls et désemparés, perdus dans ce maelström tentaculaire qu'est le web.
En ce qui concerne les prochaines publications dans ce blog, je vous propose le programme suivant (de toute manière, vous n'avez pas le choix mais c'est tout de même agréable d'en avoir l'illusion, comme la démocratie quand on y réfléchit...) :
Pour les présentations de livres, je suis en plein travail de documentation donc ce que je lis à plus d'intérêt intellectuel que littéraire. En effet, je ne me sens pas de taille à présenter un livre comme "Le prince" de Nicolas Machiavel (pourtant dans l'air du temps avec la série "Les Borgias" sur nos écrans), ne voulant pas paraître idiot comme Rousseau l'a été à son propos. Les articles liés aux sciences naturelles ne paraissent pas non plus très porteurs... Je vous présenterai donc "Les navigateurs de l'infini" de Rosny-Aisné. Ce livre est à nouveau issu de cette fameuse collection dont j'ai déjà présenté une oeuvrequi vaut la peine d'être découverte.
Concernant l'audiovisuel, je pensais vous présenter "Eden Log" de Frank Vestiel. Film français de SF, certainement passé inaperçu en regard des superproductions lénifiantes de l'industrie cinématographique mondiale. Je continue donc sur mon idée de vous présenter des films peu connus car je pense toujours que vous préférez découvrir plutôt qu'avoir mon avis sur des films célèbres. Il est à noter que je tente de faire de même au niveau des oeuvres littéraires que je présente. Il m'arrivera néanmoins de présenter des monuments car les références restent... des références, justement.
Sur le plan de ma production textuelle, je suis toujours en train de rédiger ma nouvelle au sujet des inconvénients liés à l'immortalité. Partie d'une idée de l'inimitable Romain, exploitée bien moins intensément que prévu, elle est en train de passer de la novelette à la nouvelle, dépassant momentanément de beaucoup mes habituels 25'000 caractères. Elle devrait finalement en faire grosso modo le double, ce qui permettra à certains de mes lecteurs d'arriver en avance chez leur dentiste, histoire de la savourer, dans le plus pur style clope du condamné, avant d'entrer, tremblant, dans la chambre de torture rutilante. Comme d'habitude, il m'est très difficile de donner un délai fiable pour la sortie de cette nouvelle, mon activité d'écrire étant par nature peu régulière en termes de productivité. Disons deux semaines, histoire que les inconditionnels de l'agenda puissent ajouter une entrée à leur planning surbooké...
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
Je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mes passions cette dernière semaine, ce qui m'a contraint à vous laisser seuls et désemparés, perdus dans ce maelström tentaculaire qu'est le web.
En ce qui concerne les prochaines publications dans ce blog, je vous propose le programme suivant (de toute manière, vous n'avez pas le choix mais c'est tout de même agréable d'en avoir l'illusion, comme la démocratie quand on y réfléchit...) :
Pour les présentations de livres, je suis en plein travail de documentation donc ce que je lis à plus d'intérêt intellectuel que littéraire. En effet, je ne me sens pas de taille à présenter un livre comme "Le prince" de Nicolas Machiavel (pourtant dans l'air du temps avec la série "Les Borgias" sur nos écrans), ne voulant pas paraître idiot comme Rousseau l'a été à son propos. Les articles liés aux sciences naturelles ne paraissent pas non plus très porteurs... Je vous présenterai donc "Les navigateurs de l'infini" de Rosny-Aisné. Ce livre est à nouveau issu de cette fameuse collection dont j'ai déjà présenté une oeuvrequi vaut la peine d'être découverte.
Concernant l'audiovisuel, je pensais vous présenter "Eden Log" de Frank Vestiel. Film français de SF, certainement passé inaperçu en regard des superproductions lénifiantes de l'industrie cinématographique mondiale. Je continue donc sur mon idée de vous présenter des films peu connus car je pense toujours que vous préférez découvrir plutôt qu'avoir mon avis sur des films célèbres. Il est à noter que je tente de faire de même au niveau des oeuvres littéraires que je présente. Il m'arrivera néanmoins de présenter des monuments car les références restent... des références, justement.
Sur le plan de ma production textuelle, je suis toujours en train de rédiger ma nouvelle au sujet des inconvénients liés à l'immortalité. Partie d'une idée de l'inimitable Romain, exploitée bien moins intensément que prévu, elle est en train de passer de la novelette à la nouvelle, dépassant momentanément de beaucoup mes habituels 25'000 caractères. Elle devrait finalement en faire grosso modo le double, ce qui permettra à certains de mes lecteurs d'arriver en avance chez leur dentiste, histoire de la savourer, dans le plus pur style clope du condamné, avant d'entrer, tremblant, dans la chambre de torture rutilante. Comme d'habitude, il m'est très difficile de donner un délai fiable pour la sortie de cette nouvelle, mon activité d'écrire étant par nature peu régulière en termes de productivité. Disons deux semaines, histoire que les inconditionnels de l'agenda puissent ajouter une entrée à leur planning surbooké...
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
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