Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

mercredi 1 août 2012

Le projet (première partie)

C'est pas tous les jours qu'on rigole

 1.Guerilla-loisir

L'adrénaline pulsa, radicelles hautement intrusives de sensations instantanées pénétrant son système nerveux en un frémissement d'une exquise brutalité. L'allumette s'embrasa, amplifiant le flash d'adrénaline par une explosion trop visible dans les optiques de ses yeux technologiquement nyctalopes et plus encore. Le rituel quasi immuable était probablement le seul îlot de constance qui subsistait dans l'univers dévasté de Jackson. Il alluma sa cigarette en lançant un scan exhaustif des abords de la plate-forme abandonnée. Ses drones sillonnaient la structure, sans compter le satellite espion qu'il piratait. Sans un soutien logistique lourd, il ne pouvait être mieux couvert. Il exhala une bouffée de fumée en sentant physiquement la tension diminuer, la nicotine remplaçant l'adrénaline, une substance pour une autre : l'infatigable marche du temps et de la chimie.

En passant, bienvenue en 2270 après la mort d'un brave gars dont le message n'a peut-être pas vraiment été compris : écosystèmes ruinés et guerres permanentes ne reflètent pas très fidèlement sa pensée... En ces jours pas franchement bénis, on est plutôt dans la logique du tout est perdu, rien ne reste à gagner, prenons leur place ! Voilà les nouvelles lois de non-conservation de la matière sur une planète en ruine ! Inutile de préciser qu'on n'avait pas eu besoin d'un Einstein ou d'un Feynman pour comprendre le foutoir, un prophète Jérémie de rab aurait plus été dans l'air du temps.

Jackson observa attentivement sa cigarette en sortant un couteau de dépeçage. Du geste assuré du type qui fait ça vingt fois par jour, il pratiqua une petite incision juste au-dessus du filtre. Il s'agenouilla souplement en jetant un coup d'œil à l'écran de contrôle de ses radars actifs avant de terminer son chef-d'œuvre. Il enfonça prestement le premier fil dénudé dans la fente qu'il avait pratiquée et solidarisa l'autre au bout incandescent. Son détonateur de fortune lui laissait à peu près quatre minutes.

Tout son équipement était le plus high-tech possible, une marque de son appartenance au groupe bicentenaire de destructo17. Le fait qu'il ait choisi un détonateur aussi imprécis était un pur caprice de sa part, un peu comme si, au seuil de la mort de tout ce que les tristes humains avaient connu, Jackson s'amusait à jouer avec sa propre vie. Jackson s'imaginait jouer à la roulette russe après avoir sauté d'un vieux gratte-ciel ayant survécu au bordel ambiant. L'évocation le fit brièvement sourire.

Jackson entama alors sa retraite, allant de couvert à couvert en prenant garde à ne pas adopter un rythme perceptible. Il y avait peu de chance que les Ecklos ou pire encore soient dans le coin mais mieux valait prévenir que mourir, comme disait le dicton. Sa prudence fut récompensée : une ombre se détachait faiblement sur une des grues rouillée de la station de pompage échouée. Une ombre armée d'au moins un fusil longue distance, à voir la taille de l'engin, ou peut-être une arquebuse pillée dans un quelconque musée, voire une pétoire artisanale qui vous explosait à la gueule une fois sur deux. L'ombre ne l'avait pas repéré car elle scrutait avec attention l'œuvre de Jackson : l'enfoiré était en train d'estimer la taille de ce qu'il prenait probablement pour une rupture accidentelle d'une des pompes du forage deepshore qui était en train de provoquer ce qui serait un jour reconnu, du moins Jackson l'espérait, comme la plus grande marée noire de tous les temps.

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