Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

mercredi 22 août 2012

SF Chronicles

Bonjour à toutes et à tous,

Relisant ma bibliothèque, comprenez que je n'ai même plus la force de piller celles des autres au vu de la chaleur, je me refaisais tranquillement mes Maurice G. Dantec. C'est alors que je me suis rendu compte, tétanisé par la surprise, que je n'avais toujours pas présenté « Métacortex », le dernier roman de Dantec à ma connaissance.

Certains me reprocheront probablement de faire de la publicité pour un type jugé de droite. J'espère que ceux qui pensent ça ne lisent pas Houellbecq, sinon ils feraient largement mieux de se taire. D'autre part, j'ai toujours estimé que Dantec était de droite, voire même d'extrême droite. Mais pas envers des groupes ethniques ou idéologiques, il est tout simplement de droite par rapport à l'humanité dans son ensemble. Ceci étant dit pour tous nos amis aux idées préconçues, entrons dans le vif du sujet (et c'est le cas de le dire).

L'histoire prend place dans un futur proche, non déterminé, où la géopolitique n'en finit pas de mourir. Dans une vision proche de celle de G.Panchard dont j'avais présenté le roman, l'Islam déferle sur le monde pendant que toutes les petites causes perdues deviennent des conflits. Le Canada est une forteresse douanière continuellement prise d'assaut par des boat people ou des intrusions terrestres. Le pétrole n'est plus utilisé comme carburant et les attentats terroristes ne sont plus que des faits divers, tant les causes que les terroristes défendent sont protéiformes...

On suit le parcours sanglant et halluciné de deux superflics : Verlande et Voronine. Initialement, ils enquêtent sur la mort de deux collègues exécutés un peu trop professionnellement. Petit à petit, les cadavres vont se diversifier et se multiplier, générant une trame criminelle de grande envergure. Le roman souffle les rideaux de fumée les uns après les autres, dévoilant finalement un plan terminal particulièrement horrible.

Comme souvent dans les derniers romans de cet auteur, l'histoire n'est qu'un prétexte servant à développer longuement et dans le détail un concept théorique que je ne dévoilerais évidemment pas. Cet auteur a aussi tendance à laisser transparaître les lectures qui lui ont inspiré ces idées, ou du moins les auteurs (Joseph de Maistre notamment dans ce livre, Jean Duns Scot très clairement...). Si je devais déterminer un seul sujet, je dirais que c'est la guerre. La guerre, dans la mesure où la Seconde Guerre Mondiale n'a jamais pris fin, dans le sens où elle a induit une orientation politique et économique qui la font résonner jusqu'à nous, donc jusque à ces flics du futur. Mais aussi la guerre dans sa dimension créative/destructive qui ne peut mener inexorablement que vers la Chute.

Je n'ai que rarement lu de récit collant plus parfaitement à la notion de Cyberpunk : monde déliquescent, humanité hyperviolente ou hyperpassive (simples extrapolations de notre présent), haute technologie en tant que processus évolutif... Car c'est bien dans l'utilisation des technologies que Dantec est le plus cyberpunk. A l'origine, la littérature cyberpunk considérait que l'humanité allait évoluer grâce aux technologies, que l'on parle de modifications génétiques ou de prothèses biomécaniques. Dans ce roman, la technologie devient, au moment le plus déterminant, partie intégrante de l'un des deux flics : les conséquences en sont universelles.

Je suis personnellement un grand fan. Par contre, il serait bon de vous avertir de deux petits détails. Le premier est simplement une mise en garde : M.G.Dantec est un érudit pessimiste (réaliste de mon point de vue, mais bon). Comprenez que le texte est complexe, référencé et extrêmement sombre et désabusé (gardez à l'esprit que c'est une histoire de flic, personnage désabusé par définition). Secondement, l'auteur aime faire évoluer ses idées de manière cyclique et redondante, ce qui a tendance à fatiguer rapidement les lecteurs occasionnels. On sent presque les réflexions en spirales du héros.

Le roman est extrêmement prenant, un peu comme un descente aux enfers où vous ne voudriez pas fermer les yeux par simple curiosité. L'enquête prend des proportions titanesques et la fin est à proprement parler une apothéose. Le style est lourd, tout en arabesques et en apparentes disgressions. Les personnages, comme de coutume chez cet auteur, sont des humains aux buts clairs qui s'affrontent plus ou moins ouvertement pour les imposer. Si l'environnement technologique est intéressant, presque sans plus, c'est à nouveau dans le domaine de l'armement que M.G.Dantec est prolifique. En y réfléchissant plus attentivement, je dirais que les armes, ou en fait l'Arme, est le réel sujet du texte. Comment devient-on une bonne arme, comment survit-on ?

Personnellement, j'ai trouvé ce roman immersif et habilement construit. Pour ceux qui ont déjà lu cet auteur, il est de la « génération » de « Villa Vortex ». Je le trouve néanmoins plus facile à lire et beaucoup plus riche en terme de concepts sous-jacents. Il est horriblement négatif et c'est peut-être un des points qui m'a le plus fasciné, sans compter que cela participe à la narration, sorte de trou noir de la bassesse humaine, devenant de plus en plus parfaite et planifiée. Ce livre n'est clairement pas destiné à des enfants mais il m'est difficile de conseiller un âge, dans la mesure où c'est plus l'intelligence que l'expérience qui est sollicitée. Dans tous les cas un voyage impressionnant !

Bonnes lectures à toutes et à tous !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire