Bonjour à toutes et à tous,
Relisant ma bibliothèque, comprenez
que je n'ai même plus la force de piller celles des autres au vu de
la chaleur, je me refaisais tranquillement mes Maurice G. Dantec.
C'est alors que je me suis rendu compte, tétanisé par la surprise,
que je n'avais toujours pas présenté « Métacortex »,
le dernier roman de Dantec à ma connaissance.
Certains me reprocheront probablement
de faire de la publicité pour un type jugé de droite. J'espère que
ceux qui pensent ça ne lisent pas Houellbecq, sinon ils feraient
largement mieux de se taire. D'autre part, j'ai toujours estimé que
Dantec était de droite, voire même d'extrême droite. Mais pas
envers des groupes ethniques ou idéologiques, il est tout simplement
de droite par rapport à l'humanité dans son ensemble. Ceci étant
dit pour tous nos amis aux idées préconçues, entrons dans le vif
du sujet (et c'est le cas de le dire).
L'histoire prend place dans un futur
proche, non déterminé, où la géopolitique n'en finit pas de
mourir. Dans une vision proche de celle de G.Panchard dont j'avais
présenté le roman, l'Islam déferle sur le monde pendant que toutes
les petites causes perdues deviennent des conflits. Le Canada est une
forteresse douanière continuellement prise d'assaut par des boat
people ou des intrusions terrestres. Le pétrole n'est plus utilisé
comme carburant et les attentats terroristes ne sont plus que des
faits divers, tant les causes que les terroristes défendent sont
protéiformes...
On suit le parcours sanglant et
halluciné de deux superflics : Verlande et Voronine. Initialement,
ils enquêtent sur la mort de deux collègues exécutés un peu trop
professionnellement. Petit à petit, les cadavres vont se diversifier
et se multiplier, générant une trame criminelle de grande
envergure. Le roman souffle les rideaux de fumée les uns après les
autres, dévoilant finalement un plan terminal particulièrement
horrible.
Comme souvent dans les derniers romans
de cet auteur, l'histoire n'est qu'un prétexte servant à développer
longuement et dans le détail un concept théorique que je ne
dévoilerais évidemment pas. Cet auteur a aussi tendance à laisser
transparaître les lectures qui lui ont inspiré ces idées, ou du
moins les auteurs (Joseph de Maistre notamment dans ce livre, Jean
Duns Scot très clairement...). Si je devais déterminer un seul sujet, je dirais que c'est la guerre. La guerre, dans la mesure où la Seconde Guerre Mondiale n'a jamais pris fin, dans le sens où elle a induit une orientation politique et économique qui la font résonner jusqu'à nous, donc jusque à ces flics du futur. Mais aussi la guerre dans sa dimension créative/destructive qui ne peut mener inexorablement que vers la Chute.
Je n'ai que rarement lu de récit
collant plus parfaitement à la notion de Cyberpunk : monde
déliquescent, humanité hyperviolente ou hyperpassive (simples
extrapolations de notre présent), haute technologie en tant que
processus évolutif... Car c'est bien dans l'utilisation des
technologies que Dantec est le plus cyberpunk. A l'origine, la
littérature cyberpunk considérait que l'humanité allait évoluer
grâce aux technologies, que l'on parle de modifications génétiques
ou de prothèses biomécaniques. Dans ce roman, la technologie
devient, au moment le plus déterminant, partie intégrante de l'un
des deux flics : les conséquences en sont universelles.
Je suis personnellement un grand fan.
Par contre, il serait bon de vous avertir de deux petits détails. Le
premier est simplement une mise en garde : M.G.Dantec
est un érudit pessimiste (réaliste de mon point de vue, mais bon).
Comprenez que le texte est complexe, référencé et extrêmement
sombre et désabusé (gardez à l'esprit que c'est une histoire de
flic, personnage désabusé par définition). Secondement, l'auteur aime faire évoluer ses idées de
manière cyclique et redondante, ce qui a tendance à fatiguer
rapidement les lecteurs occasionnels. On sent presque les réflexions en spirales du héros.
Le roman est extrêmement prenant, un
peu comme un descente aux enfers où vous ne voudriez pas fermer les
yeux par simple curiosité. L'enquête prend des proportions
titanesques et la fin est à proprement parler une apothéose. Le
style est lourd, tout en arabesques et en apparentes disgressions. Les
personnages, comme de coutume chez cet auteur, sont des humains aux
buts clairs qui s'affrontent plus ou moins ouvertement pour les
imposer. Si l'environnement technologique est intéressant, presque
sans plus, c'est à nouveau dans le domaine de l'armement que
M.G.Dantec est prolifique. En y réfléchissant plus attentivement,
je dirais que les armes, ou en fait l'Arme, est le réel sujet du
texte. Comment devient-on une bonne arme, comment survit-on ?
Personnellement, j'ai trouvé ce roman
immersif et habilement construit. Pour ceux qui ont déjà lu cet
auteur, il est de la « génération » de « Villa
Vortex ». Je le trouve néanmoins plus facile à lire et
beaucoup plus riche en terme de concepts sous-jacents. Il est
horriblement négatif et c'est peut-être un des points qui m'a le
plus fasciné, sans compter que cela participe à la narration, sorte de trou noir de la bassesse humaine, devenant de plus en plus parfaite et planifiée. Ce
livre n'est clairement pas destiné à des enfants mais il m'est
difficile de conseiller un âge, dans la mesure où c'est plus
l'intelligence que l'expérience qui est sollicitée. Dans tous les cas un voyage impressionnant !
Bonnes lectures à toutes et à tous !

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