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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

jeudi 30 août 2012

SF Chronicles

Bonjour à toutes et à tous,

Ayant tout dernièrement vécu cet agréable moment où on vous rend un livre que vous aviez oublié d'avoir prêté, je l'ai redévoré avec enthousiasme. Ainsi aurez-vous eu la chance de découvrir "Schismatrice +" de Bruce Sterling, qui est avec William Gibbson un des fondateurs de la littérature cyberpunk. Le + dans le titre a un sens tout simple, puisqu'il indique simplement l'adjonction de quatre nouvelles et un court journal au texte original.

Le cadre de la narration est un futur où une catastrophe importante a eu lieu sur Terre, poussant la majorité des survivants à vivre dans l'espace du système solaire. Certains sont restés sur Terre, bannissant la technologie et retournant à un mode de vie plus simple.Le roman suit la (très longue) vie d'Abélard Lindsay, membre déchu d'une grande famille de la noblesse d'une station spatiale. Il se fait bannir pour avoir fomenter une rébellion, assassiné involontairement des membres de sa lignée génétique et d'avoir mis en scène le suicide de sa compagne. Son ingéniosité et son opiniâtreté vont l'amener vers les sommets, d'organisateur de pièce de théâtre à pirate pour finir plus ou moins éminence grise et visionnaire.

Comme toujours dans la littérature cyberpunk, l'artificiel est la clé des solutions du réel, c'est donc dans la technologie que réside les réponses à tous nos problèmes. Sterling fait tout d'abord s'affronter deux camps importants qui dépassent de la mêlée engendrée par les luttes entres les différentes stations spatiales : les Mécas et les Morphos. Comme leur nom l'indique, les Mécas deviennent plus performants et plus âgés par le biais de machines qu'ils se greffent. Les Morphos, quant à eux, se base plus sur les modifications génétiques et un lourd entraînement psychique. La situation de guerre entre les deux factions pourraient devenir permanente si les extraterrestres ne débarquaient soudain. Ils se nomment eux-même les Investisseurs et n'ont que peu d'intérêt pour le cosmopolitisme universel, sauf s'ils y gagnent...

Ce changement de configuration politique entraîne des modifications importantes au niveau des aspirations et des ambitions des êtres humains. Sterling exploite alors très intelligemment les théories d'Ilya Prigogine. L'idée des niveaux de complexités et du rôle de l'humain, ou plutôt de sa responsabilité, amènent logiquement à l'idée de la terraformation, ou du moins à l'idée de créer non seulement quelques vies, mais un écosystème planétaire complet. Déplacer les conflits entre humains vers des problématiques plus totales permet un nouveau développement de notre race et d'autres buts plus intenses.

Ecrit d'un point de vue très politique, essentiellement car le héros n'est plus rien et doit cacher sans cesse ses origines, ce livre est une très pertinente extrapolation sociale qui a la rareté de bien finir. La thématique des technologies et de leur rôle dans l'évolution de l'humanité est à la fois détaillée et réaliste. C'est l'éternel problème du outil/solution où l'objet devient la solution, maladie des pays surindustrialisés. L'émergence chez les Morphos des Supercracks (des "humains" génétiquement modifiés pour dépasser 200 de QI) ou des Homards chez les Mécas (des fous de l'espace dont il ne reste d'humain qu'un bout de cerveau et la conscience) montre bien les extrémités que les technologies peuvent atteindre et leur impact sur notre race. Enfin, les extraterrestres et la terraformation ne sont pas utilisés de manière fantasque mais s'insèrent dans la trame de l'histoire avec délicatesse, permettant à l'histoire de rebondir et aux théories de se développer à d'autres niveaux.

"Schismatrice" se lit beaucoup plus facilement que "Métacortex" que j'avais présenté la semaine passée. Le texte ne possède que peu de références et la Terre est un détail. C'est à mon sens un bon livre dès l'adolescence; avant, le lecteur plus jeune aura quelques difficultés à goûter les stratagèmes politico-économiques alambiqués du héros et de ses "amis". Les nouvelles sont un plus non négligeables qui permettent d'approfondir l'espace du roman. Ce fut donc un long dimanche de retrouvailles.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

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