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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

vendredi 20 février 2015

Autres rivages

Bonjour à toutes et à tous,

Comme annoncé précédemment, je vais prendre le temps de présenter des livres hors du domaine de la science-fiction. La rubrique s'appelle donc « Autres rivages » et son contenu sera beaucoup plus varié que mes autres rubriques. Je ne tiens en effet pas à suivre de ligne particulière quant au choix des livres que je présenterais : je n'ai moi-même que peu de structures dans ce que je lis par plaisir.

Donc j'inaugurerais en vous dévoilant « Océan mer » d'Alessandro Baricco. L'auteur est à mon sens connu, mais ce n'est pas forcément le cas pour tout le monde. Ecrivain, musicologue, journaliste et quelques autres : le bonhomme a plus d'une corde à son arc et s'en sert assez abondamment. Sa production littéraire commence dans les années nonante et se prolonge jusqu'à nos jours. Quelques-uns de ses textes sont même assez célèbres : « Soie » notamment, que je conseille vivement, ou encore « Novecento : pianiste », initialement monologue de théâtre adapté en film (« La légende du pianiste sur l'océan », Giuseppe Tornatore, 1998). Il a aussi sorti quelques essais dans le domaine plus pointu qu'est la musique. L'ensemble de sa production littéraire est très égale en qualité, le style à l'italienne en plus.

Pour en revenir à « Océan mer », on a affaire à un roman-fleuve un peu particulier. C'est un roman-fleuve dans la mesure où l'on suit le destin de sept personnages, particulier dans le sens où la structure est très dynamique, les destins se croisant, se mêlant ou se séparant à l'envi. L'îlot de stabilité de ce récit se trouve en fait être un lieu : la pension Almayer « posée sur la corniche du monde », dirigée par des enfants. Tous les personnages s'y rendront et s'y croiseront, et tous en sortiront changés, unis malgré eux par le spectre récurrent d'un ancien naufrage.

Ce naufrage est à la fois terrible et sublime. Il est l'autre pivot du récit, incrémentiel et malsain, affreusement réel. L'auteur a une maîtrise des ambiances proprement stupéfiante. L'aspect à la fois vivant et musical de son écriture vous ensorcelle et vous emporte. Il faut aussi souligner le très bon travail de sa traductrice, bien que je ne puisse pas juger de la traduction elle-même puisque je ne lis pas l'Italien, qui écrit un texte de sublime qualité. Le vocabulaire est fin et vivant, le rythme des phrases est toujours bien présent, portant le récit de très agréable manière.

Comme souvent avec les auteurs italiens, le lecteur passe du rire aux larmes en des laps de temps parfois très courts. L'épopée du docteur Bartleboom à la recherche de sa future femme est désopilante, les prières du père Pluche sont d'une émouvante naïveté, l'histoire des naufragés est dramatique, toutes les fragrances des émotions sont présentes, sans qu'elles soient lourdes ou trop nombreuses pour être discernées.

On ferme le livre sur une sensation d'émerveillement, l'idée d'avoir touché à des vérités simples et légères. Ce roman en particulier est tout à fait lisible par tout le monde. Le vocabulaire est accessible, simplement bien choisi, et la violence liée au récit reste justifiée et acceptable. D'autres romans de cet auteur sont moins grand public : « Soie » contient par exemple une lettre érotique absolument sublime peu compréhensible par des enfants.

Je ne peux que vous proposer de découvrir cet auteur si vous ne le connaissez pas encore, sa production est assez vaste et on peut désormais assez facilement avoir la chance de voir son monologue « Novecento : pianiste » puisqu'une version française ou l'autre se joue dans différents théâtres (une version intéressante sera jouée à « L'Octogone » prochainement mais la salle affiche complet depuis quelques temps). A titre personnel, j'ai aussi beaucoup aimé « City » qui m'a fait rire aux larmes plus efficacement que certains romans de Terry Pratchett.

C'est ce qui m'amène au mot de la fin, le prochain auteur que je présenterais sera Terry Pratchett, et là aussi son traducteur, plus particulièrement ses « Annales du Disque-Monde ». Je ne me voyais pas le présenter en SF car ce n'en est clairement pas, mais l'auteur est vraiment trop bon et pertinent pour qu'on passe à côté, sans compter que c'est un grand cynique à l'anglaise. Du coup bon voyage en Italie et rendez-vous en Angleterre !

Bonnes lectures à toutes et à tous !

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