Bonjour à toutes et à tous,
Comme annoncé précédemment, je vais
prendre le temps de présenter des livres hors du domaine de la
science-fiction. La rubrique s'appelle donc « Autres rivages »
et son contenu sera beaucoup plus varié que mes autres rubriques. Je
ne tiens en effet pas à suivre de ligne particulière quant au choix
des livres que je présenterais : je n'ai moi-même que peu de
structures dans ce que je lis par plaisir.
Donc j'inaugurerais en vous dévoilant
« Océan mer » d'Alessandro Baricco. L'auteur est à mon
sens connu, mais ce n'est pas forcément le cas pour tout le monde.
Ecrivain, musicologue, journaliste et quelques autres : le
bonhomme a plus d'une corde à son arc et s'en sert assez
abondamment. Sa production littéraire commence dans les années
nonante et se prolonge jusqu'à nos jours. Quelques-uns de ses textes
sont même assez célèbres : « Soie » notamment,
que je conseille vivement, ou encore « Novecento :
pianiste », initialement monologue de théâtre adapté en film
(« La légende du pianiste sur l'océan », Giuseppe
Tornatore, 1998). Il a aussi sorti quelques essais dans le domaine
plus pointu qu'est la musique. L'ensemble de sa production littéraire
est très égale en qualité, le style à l'italienne en plus.
Pour en revenir à « Océan
mer », on a affaire à un roman-fleuve un peu particulier.
C'est un roman-fleuve dans la mesure où l'on suit le destin de sept
personnages, particulier dans le sens où la structure est très
dynamique, les destins se croisant, se mêlant ou se séparant à
l'envi. L'îlot de stabilité de ce récit se trouve en fait être un
lieu : la pension Almayer « posée sur la corniche du
monde », dirigée par des enfants. Tous les personnages s'y
rendront et s'y croiseront, et tous en sortiront changés, unis
malgré eux par le spectre récurrent d'un ancien naufrage.
Ce naufrage est à la fois terrible et
sublime. Il est l'autre pivot du récit, incrémentiel et malsain,
affreusement réel. L'auteur a une maîtrise des ambiances proprement
stupéfiante. L'aspect à la fois vivant et musical de son écriture
vous ensorcelle et vous emporte. Il faut aussi souligner le très bon
travail de sa traductrice, bien que je ne puisse pas juger de la
traduction elle-même puisque je ne lis pas l'Italien, qui écrit un
texte de sublime qualité. Le vocabulaire est fin et vivant, le
rythme des phrases est toujours bien présent, portant le récit de
très agréable manière.
Comme souvent avec les auteurs
italiens, le lecteur passe du rire aux larmes en des laps de temps
parfois très courts. L'épopée du docteur Bartleboom à la
recherche de sa future femme est désopilante, les prières du père
Pluche sont d'une émouvante naïveté, l'histoire des naufragés est
dramatique, toutes les fragrances des émotions sont présentes, sans
qu'elles soient lourdes ou trop nombreuses pour être discernées.
On ferme le livre sur une sensation
d'émerveillement, l'idée d'avoir touché à des vérités simples
et légères. Ce roman en particulier est tout à fait lisible par
tout le monde. Le vocabulaire est accessible, simplement bien choisi,
et la violence liée au récit reste justifiée et acceptable.
D'autres romans de cet auteur sont moins grand public : « Soie »
contient par exemple une lettre érotique absolument sublime peu
compréhensible par des enfants.
Je ne peux que vous proposer de
découvrir cet auteur si vous ne le connaissez pas encore, sa
production est assez vaste et on peut désormais assez facilement
avoir la chance de voir son monologue « Novecento :
pianiste » puisqu'une version française ou l'autre se joue
dans différents théâtres (une version intéressante sera jouée à
« L'Octogone » prochainement mais la salle affiche
complet depuis quelques temps). A titre personnel, j'ai aussi
beaucoup aimé « City » qui m'a fait rire aux larmes plus
efficacement que certains romans de Terry Pratchett.
C'est ce qui m'amène au mot de la fin,
le prochain auteur que je présenterais sera Terry Pratchett, et là
aussi son traducteur, plus particulièrement ses « Annales du
Disque-Monde ». Je ne me voyais pas le présenter en SF car ce
n'en est clairement pas, mais l'auteur est vraiment trop bon et
pertinent pour qu'on passe à côté, sans compter que c'est un grand
cynique à l'anglaise. Du coup bon voyage en Italie et rendez-vous en
Angleterre !
Bonnes lectures à toutes et à tous !

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