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"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

lundi 16 février 2015

AV

Bonjour à toutes et à tous,

Ce film-là, ça faisait un sacré moment que j'avais envie de vous en parler. Puisque certains sont en vacances, profitons-en ! C'est à la fois un film et un réalisateur que j'apprécie. Le film est de plus clairement cyberpunk, ce qui n'est évidemment pas pour me déplaire. Mais ne brûlons pas les étapes et causons un peu réalisateur et histoire du film.

Le réalisateur est japonais : Mamoru Oshii. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas du tout, c'est malheureusement assez logique puisque sa carrière extrêmement prolifique commence dans les années 80 mais ne devient connue par nous autres pauvres gaijins que vers 1995. Cette année-là, j'ai découvert que je pouvais réellement aimer l'animation, j'ai vu comme beaucoup de monde son « Ghost in the shell », incroyable long métrage d'animation au scénario époustouflant et à l'image magique. Mamoru Oshii avait déjà à ce moment-là un lourd passif de films classiques et d'animation (notamment « Patlabor » ). « Ghost in the shell » lui donne une dimension internationale qu'il va creuser, il sera par exemple le premier à proposer un long métrage d'animation à Cannes, « Innocence : Ghost in the shell » . « Avalon » a lui aussi concouru pour la Palme d'Or en 2001.

Mamoru Oshii a collaboré avec un nombre incalculable de réalisateurs et autres dessinateurs, dont les studios Ghibli où il semble qu'il se soit peu entendu avec Miyazaki. Il écrit quelques romans, quelques mangas et tourne énormément. Son travail est actuellement très respecté et on s'accorde à dire qu'il est un de ceux par qui la production audiovisuelle japonaise est parvenue jusqu'à nous.

Après la reconnaissance pour « Ghost in the shell », l'annonce du tournage d' « Avalon » échauffa un peu les esprits. Le choix d'une collaboration entre le Japon et la Pologne peut paraître un peu fantasque mais, au vu du résultat, il semble que Mamoru Oshii savait parfaitement ce qu'il faisait. La VO est étrangement en polonais, ce qui rajoute une couleur originale à nos oreilles. Le choix des acteurs est excellent, ainsi que les décors puisque le film est réellement tourné en Pologne. Enfin, le coût du film, 8 millions de dollars, devrait faire réfléchir un peu les petits rigolos qui tournent des immondices à 300 millions.

Le film est porté tout du long par la puissante musique de Kenji Kawai, vieux complice de Mamoru Oshii qui avait déjà fait la bande originale de « Ghost in the shell » et de nombreuses autres collaborations. De plus, Kenji Kawai a l'intelligence de faire recours, pour ses parties orchestrales, à l'orchestre philharmonique de Varsovie et même au chœur de Pologne. Ainsi sera tournée cette magnifique scène où vous pourrez voir la bande originale directement jouée dans le National Concert Hall de Varsovie par l'orchestre, la soliste et les chœurs réels : un grand moment !


Le film se déroule dans un futur proche indéterminé. Le monde est fatigué, les gens sont gris, tout semble figé dans un éternel présent postindustriel lourd et fadasse. Dans ce monde apparemment vide, un jeu vidéo illégal s'est développé. Casqué dans un siège, on peut expérimenter un jeu de tir à la première personne extrêmement réaliste. Le défaut qui le rend illégal est double. D'une part le jeu entraîne une certaine dépendance et, d'autre part, il peut causer des dommages neuraux graves qui laissent le sujet bloqué dans son cerveau.

Nous suivons le parcours de Ash (Malgorzata Foremniak), joueuse suffisamment talentueuse pour vivre des gains du jeu. Elle était membre d'une équipe, les Wizards, qui s'est séparée dans la douleur après avoir été la meilleure équipe existante. Depuis elle joue seule. Elle est contactée par un ancien coéquipier, Stunner (Bartlomiej Swiderski), qui veut à nouveau monter une équipe pour atteindre le niveau supérieur, un niveau mythique.

C'est là que Mamoru Oshii exploite cette idée de jeu vidéo avec une créativité exceptionnelle. Pour commencer, l'espace de jeu s'appelle Avalon, en référence à l'île du mythe arthurien. Toute une ambiance est générée, portée par l'ambiance héroïque propre à cette légende. Ensuite, le traitement visuel des phases de jeu est somptueusement froid, clairement différent de l'espace réel si inquiétant et vide. A un tel point qu'on commence à se demander ce qui est vrai, le jeu ou la réalité ?

Le rythme est parfaitement géré, d'une lourdeur éléphantesque, de petites scènes viennent dynamiser le tout. Le choix des couleurs de l'image renforce les situations et teintent justement le déroulement du scénario. Les acteurs sont très convaincants, peu nombreux et on sent la précision de la direction. Enfin, le travail sur les effets spéciaux de l'équipe japonaise est époustouflant tout en restant sobre et finalement très adéquat.

Vous aurez dû comprendre que j'ai beaucoup apprécié. Le film est d'une beauté visuelle sidérante que la musique nappe et soutient. Le scénario suit les images, ou peut-être est-ce l'inverse, difficile à dire tant les deux sont liés. Le film ne s'adresse pas à des enfants, évidemment. Le public reste tout de même large car le film, même s'il a pour composante importante un jeu vidéo, n'est pas une amusette pour geek mais bel et bien un film fait par un réalisateur talentueux et largement expérimenté. Ceux qui ne l'aurait pas vu ferait bien de regarder aussi « Ghost in the shell », et ce même si vous pensez ne pas aimer les dessins animés. D'ailleurs, sur ce, je crois bien que je vais le regarder encore une petite fois.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

PS : j'ai eu un petit souci de polices dans les deux posts précédents que je n'ai pas vu de suite, c'est tout de même plus agréable à lire maintenant.

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