Ce film-là, ça faisait un sacré
moment que j'avais envie de vous en parler. Puisque certains sont en
vacances, profitons-en ! C'est à la fois un film et un
réalisateur que j'apprécie. Le film est de plus clairement
cyberpunk, ce qui n'est évidemment pas pour me déplaire. Mais ne
brûlons pas les étapes et causons un peu réalisateur et histoire
du film.
Le réalisateur est japonais :
Mamoru Oshii. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas du tout, c'est
malheureusement assez logique puisque sa carrière extrêmement
prolifique commence dans les années 80 mais ne devient connue par
nous autres pauvres gaijins que vers 1995. Cette année-là, j'ai
découvert que je pouvais réellement aimer l'animation, j'ai vu
comme beaucoup de monde son « Ghost in the shell »,
incroyable long métrage d'animation au scénario époustouflant et à
l'image magique. Mamoru Oshii avait déjà à ce moment-là un lourd
passif de films classiques et d'animation (notamment « Patlabor »
). « Ghost in the shell » lui donne une dimension
internationale qu'il va creuser, il sera par exemple le premier à
proposer un long métrage d'animation à Cannes, « Innocence :
Ghost in the shell » . « Avalon » a lui aussi
concouru pour la Palme d'Or en 2001.
Mamoru Oshii a collaboré avec un
nombre incalculable de réalisateurs et autres dessinateurs, dont les
studios Ghibli où il semble qu'il se soit peu entendu avec Miyazaki.
Il écrit quelques romans, quelques mangas et tourne énormément.
Son travail est actuellement très respecté et on s'accorde à dire
qu'il est un de ceux par qui la production audiovisuelle japonaise
est parvenue jusqu'à nous.
Après la reconnaissance pour « Ghost
in the shell », l'annonce du tournage d' « Avalon »
échauffa un peu les esprits. Le choix d'une collaboration entre le
Japon et la Pologne peut paraître un peu fantasque mais, au vu du
résultat, il semble que Mamoru Oshii savait parfaitement ce qu'il
faisait. La VO est étrangement en polonais, ce qui rajoute une
couleur originale à nos oreilles. Le choix des acteurs est
excellent, ainsi que les décors puisque le film est réellement
tourné en Pologne. Enfin, le coût du film, 8 millions de dollars,
devrait faire réfléchir un peu les petits rigolos qui tournent des
immondices à 300 millions.
Le film est porté tout du long par la
puissante musique de Kenji Kawai, vieux complice de Mamoru Oshii qui
avait déjà fait la bande originale de « Ghost in the shell »
et de nombreuses autres collaborations. De plus, Kenji Kawai a
l'intelligence de faire recours, pour ses parties orchestrales, à
l'orchestre philharmonique de Varsovie et même au chœur de Pologne.
Ainsi sera tournée cette magnifique scène où vous pourrez voir la
bande originale directement jouée dans le National Concert Hall de
Varsovie par l'orchestre, la soliste et les chœurs réels : un
grand moment !
Le film se déroule dans un futur
proche indéterminé. Le monde est fatigué, les gens sont gris, tout
semble figé dans un éternel présent postindustriel lourd et
fadasse. Dans ce monde apparemment vide, un jeu vidéo illégal s'est
développé. Casqué dans un siège, on peut expérimenter un jeu de
tir à la première personne extrêmement réaliste. Le défaut qui
le rend illégal est double. D'une part le jeu entraîne une certaine
dépendance et, d'autre part, il peut causer des dommages neuraux
graves qui laissent le sujet bloqué dans son cerveau.
Nous suivons le parcours de Ash
(Malgorzata Foremniak), joueuse suffisamment talentueuse pour vivre
des gains du jeu. Elle était membre d'une équipe, les Wizards, qui
s'est séparée dans la douleur après avoir été la meilleure
équipe existante. Depuis elle joue seule. Elle est contactée par un
ancien coéquipier, Stunner (Bartlomiej Swiderski), qui veut à
nouveau monter une équipe pour atteindre le niveau supérieur, un
niveau mythique.
C'est là que Mamoru Oshii exploite
cette idée de jeu vidéo avec une créativité exceptionnelle. Pour
commencer, l'espace de jeu s'appelle Avalon, en référence à l'île
du mythe arthurien. Toute une ambiance est générée, portée par
l'ambiance héroïque propre à cette légende. Ensuite, le
traitement visuel des phases de jeu est somptueusement froid,
clairement différent de l'espace réel si inquiétant et vide. A un
tel point qu'on commence à se demander ce qui est vrai, le jeu ou la
réalité ?
Le rythme est parfaitement géré,
d'une lourdeur éléphantesque, de petites scènes viennent dynamiser
le tout. Le choix des couleurs de l'image renforce les situations et
teintent justement le déroulement du scénario. Les acteurs sont
très convaincants, peu nombreux et on sent la précision de la
direction. Enfin, le travail sur les effets spéciaux de l'équipe
japonaise est époustouflant tout en restant sobre et finalement très
adéquat.
Vous aurez dû comprendre que j'ai
beaucoup apprécié. Le film est d'une beauté visuelle sidérante
que la musique nappe et soutient. Le scénario suit les images, ou
peut-être est-ce l'inverse, difficile à dire tant les deux sont
liés. Le film ne s'adresse pas à des enfants, évidemment. Le
public reste tout de même large car le film, même s'il a pour
composante importante un jeu vidéo, n'est pas une amusette pour geek
mais bel et bien un film fait par un réalisateur talentueux et
largement expérimenté. Ceux qui ne l'aurait pas vu ferait bien de
regarder aussi « Ghost in the shell », et ce même si
vous pensez ne pas aimer les dessins animés. D'ailleurs, sur ce, je
crois bien que je vais le regarder encore une petite fois.
Bonnes lectures à toutes et à tous !
PS : j'ai eu un petit souci de polices dans les deux posts précédents que je n'ai pas vu de suite, c'est tout de même plus agréable à lire maintenant.
PS : j'ai eu un petit souci de polices dans les deux posts précédents que je n'ai pas vu de suite, c'est tout de même plus agréable à lire maintenant.


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