Bonjour à toutes et à tous,
Je me permets aujourd'hui de présenter
« Les monades urbaines » de Robert Silverberg. L'auteur
est né en 1935 à New York et il vit toujours. Précoce, il publie
son premier roman à 19 ans et empoche le prix Hugo deux ans plus
tard. L'auteur sera prolifique, et c'est peu dire. L'effondrement du
monde du pulps avec la faillite de l'American News Company va même
lui faire quitter le monde de la SF et de la Fantasy. Il écrira de
tout, du western, de l'érotique, des aventures de super-héros, même
une septantaine de livres dans le domaine de l'archéologie et de
l'histoire. Toutes ces productions resteront très alimentaires.
C'est au milieu des années 60 qu'un
marché surprenant entre Robert Silverberg et le directeur de la
célèbre revue « Galaxy Science Fiction », Frederik
Pohl, lui permet de sortir quelques chefs-d'oeuvre. Le marché est
plutôt amusant car le directeur promet de tout publier sous
condition que Silverberg « donne le meilleur de lui-même ».
Le contrat courra presque une décennie avant que l'auteur prenne sa
retraite. Ce n'est que temporaire puisque l'auteur commencera dès
1979 à écrire les sept livres de Majipoor qui lui vaudront une
renommée internationale. Il continuera à écrire jusqu'à
maintenant, avec quelques bijoux comme le très brillant « Roma
Aeterna », que je présenterais sur ce blog dans quelques
temps, ou encore « Gilgamesh, roi d'Ourouk », une
référence absolue dans le domaine de la Fantasy.
« Les monades urbaines »
est sorti en 1971, durant cette période de contrat étrange avec
« Galaxy Science Fiction ». C'est donc a priori un bon
exemple du talent de l'auteur. De mon point de vue, il commence bien
même avant de débuter puisqu'il est précédé de deux citations
antithétiques que je vous laisserais découvrir. Je peux quand même
dire qu'une est de Cicéron et l'autre de Rousseau.
Nous sommes en 2381, l'humanité a
survécu après une très grande crise survenue dans un passé
oublié. Pour pallier au problème de la surpopulation, l'humanité a
décidé de s'étendre vers le haut. Elle a créé les monades
urbaines, titanesques immeubles de 1000 étages : 3 kilomètres
de béton et d'acier. Une tour comprend presque un million d'êtres
humains, l'espace entre les tours est réservé à l'agriculture,
pratiquée par des humains ne vivant pas dans les monades. Le système
semble fonctionner puisque la planète accueille 75 milliards d'êtres
humains au moment de l'histoire.
On suit l'histoire de plusieurs
habitants de la monade 116. Certains interagiront entre eux, d'autres
pas. Le livre est une suite de scènes de la vie dans un tel espace.
Evidemment, la promiscuité a engendré une société aux règles
particulières et étranges pour nous. Notamment, dans la monade 116,
le mariage existe toujours, ainsi que les familles qui vivent
ensemble dans un appartement à partir du moment que des enfants sont
issus de l'union. Si le mariage existe, la fidélité est un peu
particulière, dans la mesure où, toutes les nuits, les hommes sont
libres de faire une « promenade du soir », expression
gentillette qui permet à chaque homme de rentrer dans n'importe quel
appartement pour avoir des relations sexuelles avec les femmes en âge
de procréer de la maison. Les mariages ont lieu dès la puberté et
les enfants sont souhaités au plus vite.
Cette idée que l'on a vaincu le manque
de place pousse à une frénésie reproductive très marquée. Le
nombre d'enfants du ménage a une incidence évidente sur la position
sociale, laquelle dépend de l'endroit où l'on naît. Pour des
raisons logistiques, les tours se développent par quartiers
d'étages, chaque personne habite finalement proche de son lieu de
travail. En gravissant cette monade, on verra une orientation de la
valeur sociale qui va, assez logiquement, de bas en haut. Le sommet
de l'immeuble contient les plus hauts niveaux administratifs de la
monade alors que le bas abritent les ouvriers chargés de la
maintenance mécanique d'un tel colosse.
Si les monades recyclent leur eaux et
sont autonomes au niveau énergétique, elle ne produisent que des
objets manufacturés et aucune nourriture. Il existe un extérieur
aux monades. Le reste de la planète a été transformée en
d'immenses champs laissés aux soins d'agriculteurs qui vivent dans
des villages. Il n'existe pas de tourisme dans ce monde, les citoyens
des monades ne ressentent pas le besoin de sortir, le dépaysement
est à quelques étages après tout, et la circulation est assez
libre dans les tours. Les cultures et les habitudes sociales des deux
peuples sont totalement différentes. Evidemment, la natalité est
vue en sens inverse, avec un strict contrôle des naissances, il
subsiste des cultes et des célébrations dans le « monde
campagnard » alors que le « monde citadin » est
monothéiste.
J'ai apprécié ce livre car il
anticipe bien les conséquences d'un tel choix d'habitation de notre
planète. Robert Silverberg va jusqu'à décrire la vie d'un
musicien, quoique le terme est un peu réducteur. L'ambiance est
doucement malsaine, ce qu'on lit est logique et justifiable mais
heurte notre morale malgré la relative ancienneté de ce texte. Je
conseillerais plutôt sa lecture à un public plutôt adulte, la
sexualité étant quand même très présente et la morale de ces
potentiels futurs nous demande une certaine dose de recul.
Il faut bien évidemment penser que ce
texte est sorti en 1971, que la période était prolifique en idées
de toute sorte et que la libération sexuelle et, par-là même, une
remise en question de l'idée que la famille et le coupe était la
« brique » de la société. Les idées de diversité
génétiques et d'autres connaissances techniques et scientifiques
étaient devenues en partie domaine public. Je rajouterais qu'il y
avait un engouement plus populaire pour ce qui concernait les
sciences, la technologie et le futur. Robert Silverberg réalise en
fait un essai de sociologie sur une société potentielle, et le
résultat est excellent puisque même le style d'écriture, très
factuel la plupart du temps, sert parfaitement le contenu. Un bon
livre de cet auteur ! Et il vous reste ma dernière nouvelle à lire en cas de manque immédiat.
Bonnes lectures à toutes et à tous !






