dimanche 9 octobre 2011
AV
Bonjour à toutes et à tous !
En cette journée helvétique pluvieuse voire neigeuse, quoi de mieux que se vautrer devant sa cheminée en compagnie d'un bon bouquin ? Probablement rien, effectivement, mais il est tout de même fort agréable et délassant de se prélasser devant son petit écran devant un bon film de SF.
Cette fois-ci, je vais vous présenter "Dante 01, Tentez l'expérience" de Marc Caro. Pour ceux qui ont comme moi une mauvaise mémoire des noms, Marc Caro et son complice Jean-Pierre Jeunet sont les réalisateurs de "Delicatessen", "La cité des enfants perdus" et "Alien IV". Cinéastes d'ambiance étranges et de scénarios léchés et loufoques, Marc Caro s'avère au moins aussi exceptionnel en solo qu'avec son vieux complice, qui a lui-même réalisé "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" et "Un long dimanche de fiançailles". Les amateurs reconnaîtront de nombreuses personnes dans la distribution, même si tous les acteurs sont rasés.
"Dante 01" est une prison-laboratoire orbitant autour de Dante, une planète tellurique jeune à l'activité géologique très active (en gros, une masse d'éruptions volcaniques ininterrompues). Elle appartient à une entreprise qui teste ses nouvelles technologies sur des prisonniers volontaires. La situation à bord est un double huis clos. D'un côté, les prisonniers, où César (Dominique Pinon) a pris l'ascendant sur ses codétenus. De l'autre, les gardiens, dominés par Perséphone (Simona Maicanescu), une psychologue brillante d'une froideur apparente glaçante, qui sera aussi la narratrice de cette histoire. L'architecture du film en chapitre rebondit sur le titre, chaque chapitre s'enfonçant de plus en plus dans l'enfer, cercle après cercle.
Le début du film amène directement les agents déstabilisateurs. Tout d'abord une nouvelle psychologue sans scrupules, Elisa (Lin Dan Pham) qui vient tester des nanomachines censées modifier l'ADN des prisonniers pour supprimer leurs comportements déviants. Rapidement, elle met tous les employés à sa botte et met Perséphone sur la touche. Puis un prisonnier (Lambert Wilson), en réalité un homme que l'on a retrouvé dans un vaisseau égaré dans l'espace lointain, seul survivant de son appareil, couvert de sang et ayant perdu l'usage de la parole. Les prisonniers le surnomment Saint-Georges à cause d'un tatouage représentant saint Georges terrassant le dragon qui orne son épaule droite. Ces deux personnes vont changer l'alchimie subtile et fragile de la station pénitentiaire, et chacun modifiera profondément les deux groupes. Il semble en effet que Saint-Georges ait changé pendant son naufrage sidéral, devenant plus qu'un humain.
Les choses s'emballent rapidement, les effets d'ambiance oppressants accentuant le rythme effréné de l'action. La dimension spirituelle est fortement marquée, pas totalement compréhensible, conservant sa partie de mystère. Les prisonniers se liguent autour de Saint-Georges, nouveau messie immortel capable de tout guérir, même la mort. Il va de soi qu'il ira jusqu'au sacrifice, une fin incroyable évoquant immanquablement les sauts de Prigogine.
Sur un scénario de Marc Caro et Pierre Bordage, l'un des plus prolifiques auteurs de SF en Français, ce film est à la fois dense et prenant. L'image est à dominante jaune et bleue à l'intérieur, rouge et noir à l'extérieur, poursuivant ainsi le travail de ce réalisateur. L'ambiance est oppressante et parfaitement rendue à la fois par le jeu exceptionnel des acteurs et la qualité des prises de vue, jonglant habilement entre les images de vidéosurveillance et les plans ultraléchés. Concernant ces premiers, nous avons droit à des acteurs à gueule. J'entends par-là des vrais acteurs (qui jouent vraiment, pas qui montre leur silhouette issue du travail d'un chirurgien esthétique hors de prix) qui ont une vraie expressivité physique. On est rapidement entraîné dans le tourbillon des événements, impliqué dans cette situation surnaturelle, jusqu'à l'apothéose de la fin, véritable feu d'artifice.
Vous avez dû comprendre que j'ai adoré. Il est rare d'avoir la possibilité de voir un bon film récent (2008), a fortiori un film de SF, même français. Le fait que l'on puisse voir le film en VO dans notre langue maternelle nous permet de mieux apprécier le travail incroyable des acteurs et l'utilisation des rythmes dans les dialogues soutenant les images. Le film comporte quelques scènes de violences mais c'est surtout l'ambiance angoissante qui le rendrait inadapté à des enfants, sans compter qu'ils ne comprendraient probablement pas la fin. Dans tous les cas un très bon moment de SF.
Bonne projection et n'oubliez pas de lire !
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