Bonjour à toutes et à tous !
Comme annoncé dans un précédent message, je vais vous présenter, avec un immense plaisir puisque son auteur est dans mon Top 3 personnel, "La cité des permutants" de Greg Egan, dont voilà le seul et unique site officiel et la seule présence sur le web.
Comme il écrit de l'excellente Hard SF, c'est-à-dire de la SF soutenue par un univers technologique, voire mystique pour certains auteurs, extrêmement précis et justifié par des théories scientifiques élaborées et vraisemblables, il convient de situer l'auteur. Titulaire d'un diplôme universitaire en mathématiques, Greg Egan travaille ensuite dans l'informatique et écrit. L'auteur est donc compétent dans les domaines qu'il aborde dans cet excellent livre. J'y reviendrais dans quelques lignes car il est nécessaire que je plante le décor avant d'en arriver au plat de résistance, si j'ose m'exprimer ainsi (en fait, je me permettrais d'oser puisque, en fin de compte, c'est mon blog et en le consultant, vous acceptez implicitement de supporter mes bavardages décousus et mes bizarres circonvolutions intellectuelles...ok, je reprends le fil).
Le récit prend place dans un futur proche, entre 2045 et 2051 pour être précis. Le monde ressemble à ce qu'on connaît, à l'exception du fait que les gens peuvent enregistrer puis exécuter une version informatique d'eux-mêmes, que ce soit avant ou après la mort de l'original. On peut donc actualiser le programme en fonction des changements qui nous affectent. J'entends déjà les gens dotés d'un esprit un tant soit peu scientifique hurler : impossible, la puissance de calcul nécessaire à nous simuler serait tellement colossale que même un bond de quarante ans dans le futur n'y suffirait pas !
Ceux qui ont lu mon livre savent que je propose une solution à ce problème, essentiellement liée au stockage et aux propriétés de la machine qui fait tourner la numérisation. Greg Egan est plus subtil. Contrairement à moi, il ne numérise pas l'ensemble des cellules et des processus liés à la vie biologique, mais seulement un modèle informatiquement cohérent régi par des règles simplifiées. De plus, les machines ne calculent que ce qui est nécessaire à la copie pour qu'elle pense expérimenter la réalité, en fait une sorte d'optimisation permanente de l'utilisation des ressources. Il choisit donc la simulation vraisemblable et non pas une simulation biologique totale de la copie et de son environnement ainsi que de leurs interactions. Cela permet donc effectivement d'exécuter réellement ces programmes.
Ces copies sont chères à mettre en route et à fonctionner sans ralentissement notable, comprenez qu'elles "vivent" à des rythmes inférieurs aux nôtres. Elles ne sont donc utilisées que par de riches hommes d'affaire qui peuvent ainsi diriger leurs compagnies ad eternam. Paul Durham, agent d'assurance ayant expérimenté sur les copies, devenu fou puis soigné, propose à ces richissimes personnes une offre qu'il ne peuvent pas refuser : l'immortalité assurée. En effet, les copies ne sont pas à l'abri à très long terme dans la mesure où on ne sait jamais ce qui pourra se produire dans quelques siècles voire plus. Pour rajouter à la richesse de la trame, Greg Egan rajoute à tout ce petit monde une femme passionnée d'automates cellulaires, Maria, plus deux passagers clandestins tout deux copie.
Pour revenir aux thématiques techniques abordées, il y a deux concepts importants : l'automate cellulaire et la théorie de la poussière. Pour l'automate cellulaire, il convient de remonter à John von Neumann et à ces travaux fondateurs dans le domaine, plus de détails pour les curieux matheux . Pour les autres, l'idée de base est de pouvoir créer un automate capable de se recréer lui-même, la copie pouvant donc créer une copie à l'infini, et de se mettre en réseau. En gros, de former une chaîne pouvant développer une puissance de calcul, ou d'action, impressionnante. Le problème sous-jacent de cette théorie est que, plus la chaîne s'allonge, plus le temps de transmission des données entre les deux extrêmes de la chaîne devient important, faisant en fin de compte perdre en efficacité au système. La solution semble évidente, il suffit de rajouter des dimensions pour pallier au problème, ou tout du moins pour le freiner. Greg Egan imagine donc une généralisation à n-dimensions de la théorie de von Neumann, découverte vers 2010 par un certain Chiang.
Pour la théorie de la poussière, mieux vaut que je laisse parler l'auteur, qui le fait largement mieux que je n'en serais capable. "Donc, si j'installe un automate cellulaire dans une configuration jardin d'Eden et que je le fasse tourner pendant quelques trillions de cycles d'horloge puis le désactive, la structure continuera à se trouver dans la poussière, [...], séparée de ce monde mais s'écoulant toujours sans aucune ambiguïté à partir de cet état initial." Une configuration jardin d'Eden est une configuration implantée artificiellement, dans le sens qu'elle ne peut pas être un produit du système, à partir duquel un système peut évoluer (la référence semble assez évidente comme exemple).
Le livre est passionnant, d'une part par la pertinence prophétique des théories de l'auteur, et d'autre part par la poignante dimension humaine qu'il arrive à injecter dans son roman. Pour ceux qui craignent de ne pas pouvoir supporter pendant tout un roman cette avalanche technomystique, vous pourrez aussi le savourez de manière moins soutenue dans deux excellents recueils de nouvelle, "Axiomatique" et "Océanique". Dans la même veine et avec un intensité comparable à Vernor Vinge, dont j'ai présenté deux romans, "Un feu sur l'abîme" et "Rainbows End, Greg Egan nous prouve que la Hard SF peut être autant émouvante que poussant à la réflexion sur notre avenir technologique et son potentiel. Mais aussi sur notre éthique et notre rapport à la vie. Surtout.
Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !
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