Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

samedi 29 octobre 2011

AV

Bonjour à toutes et à tous !

Contrairement à ce que j'avais annoncé, je ne présenterai pas "Bladerunner", puisque trop connu bien qu'ancien, pour me concentrer sur des films ayant eu un moins grand impact dans le grand public. En effet, mon but est plutôt de vous faire découvrir des documents audiovisuels que vous ne connaîtriez pas encore. J'ai donc choisi "Cargo" d'Ivan Engler.

"Cargo" est un film de SF suisse de 2009. An 2267, la planète Terre est quasiment inhabitable, surpolluée à la suite de nos excès irresponsables. L'humanité doit se réfugier dans l'espace, entassée dans des stations spatiales gigantesques et vulnérables aux épidémies. Un seul espoir : Rhéa. Rhéa est une planète de type terrestre encore vierge. On peut soit payer soit gagner à une loterie pour rejoindre définitivement ce nouvel Eden. Parallèlement, une organisation terroriste, les "Luddites", luttent contre l'omniprésence de la machine et l'éloignement progressif de l'homme face à sa propre biologie.

Le film suit le parcours du docteur Laura Portmann (Anna Katharina Schwabroh) qui, pour rejoindre sa soeur et sa famille sur Rhéa, s'engage comme médecin sur un cargo à destination d'une station lointaine pour une période de service de huit ans. Le vaisseau-cargo embarque un équipage de sept personnes qui se relaieront pour surveiller les systèmes du navire durant ce long périple. Le vaisseau transporte du matériel pour la station 42, dernière escale avant Alpha du Centaure, espoir de futures colonisations pour l'humanité.

Pendant son quart, le docteur Portmann sent une présence dans le vaisseau : elle décide de réveiller l'équipage, conformément à la procédure. S'ensuivent une série de pannes et d'accidents, la mort du commandant et la découverte de la vraie nature de la cargaison. Puis, bien évidemment, la découverte de la vérité !


Je pense objectivement que le film n'a pas un scénario extrêmement original, néanmoins il est très bien maîtrisé donc intelligemment utilisé. Le rythme, lent, rajoute beaucoup à la lourdeur de l'ambiance type huis-clos et aux imposants décors. Car c'est là que le film est sublime : dans ses images. Il est rare que j'aie vu un film jouant autant bien de moyens simples pour évoquer une telle impression de gigantisme. Tout est vaste, sombre et inquiétant. Les effets spéciaux sont particulièrement bons et sobres. Au lieu d'essayer de nous en mettre plein la vue, défaut récurrent dans beaucoup de films de SF, les jeux de lumières restreints ne mettent en avant qu'une faible portion de l'écran, accentuant la grandeur subjective des décors, la vitesse et l'aspect inquiétant de cette énorme carcasse de métal.

L'autre avantage est que le film n'a pas de scène de violence, ce qui le rend regardable par presque tous les publics. Il faut opposer à ce jugement le niveau de difficulté du scénario, comparable à "Matrix", qui demande quand même un âge minimum. En résumé, un bon film agréable à regarder et, si certains de mes élèves me lisent, une excellent façon de travailler votre allemand puisque la version VO est en bon allemand bien propre (maintenant, je pourrais dire que je l'ai écrit, pas seulement dit).

N'oubliez pas de lire !

dimanche 23 octobre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé dans un précédent message, je vais vous présenter, avec un immense plaisir puisque son auteur est dans mon Top 3 personnel, "La cité des permutants" de Greg Egan, dont voilà le seul et unique site officiel et la seule présence sur le web.

Comme il écrit de l'excellente Hard SF, c'est-à-dire de la SF soutenue par un univers technologique, voire mystique pour certains auteurs, extrêmement précis et justifié par des théories scientifiques élaborées et vraisemblables, il convient de situer l'auteur. Titulaire d'un diplôme universitaire en mathématiques, Greg Egan travaille ensuite dans l'informatique et écrit. L'auteur est donc compétent dans les domaines qu'il aborde dans cet excellent livre. J'y reviendrais dans quelques lignes car il est nécessaire que je plante le décor avant d'en arriver au plat de résistance, si j'ose m'exprimer ainsi (en fait, je me permettrais d'oser puisque, en fin de compte, c'est mon blog et en le consultant, vous acceptez implicitement de supporter mes bavardages décousus et mes bizarres circonvolutions intellectuelles...ok, je reprends le fil).

Le récit prend place dans un futur proche, entre 2045 et 2051 pour être précis. Le monde ressemble à ce qu'on connaît, à l'exception du fait que les gens peuvent enregistrer puis exécuter une version informatique d'eux-mêmes, que ce soit avant ou après la mort de l'original. On peut donc actualiser le programme en fonction des changements qui nous affectent. J'entends déjà les gens dotés d'un esprit un tant soit peu scientifique hurler : impossible, la puissance de calcul nécessaire à nous simuler serait tellement colossale que même un bond de quarante ans dans le futur n'y suffirait pas !

Ceux qui ont lu mon livre savent que je propose une solution à ce problème, essentiellement liée au stockage et aux propriétés de la machine qui fait tourner la numérisation. Greg Egan est plus subtil. Contrairement à moi, il ne numérise pas l'ensemble des cellules et des processus liés à la vie biologique, mais seulement un modèle informatiquement cohérent régi par des règles simplifiées. De plus, les machines ne calculent que ce qui est nécessaire à la copie pour qu'elle pense expérimenter la réalité, en fait une sorte d'optimisation permanente de l'utilisation des ressources. Il choisit donc la simulation vraisemblable et non pas une simulation biologique totale de la copie et de son environnement ainsi que de leurs interactions. Cela permet donc effectivement d'exécuter réellement ces programmes.

Ces copies sont chères à mettre en route et à fonctionner sans ralentissement notable, comprenez qu'elles "vivent" à des rythmes inférieurs aux nôtres. Elles ne sont donc utilisées que par de riches hommes d'affaire qui peuvent ainsi diriger leurs compagnies ad eternam. Paul Durham, agent d'assurance ayant expérimenté sur les copies, devenu fou puis soigné, propose à ces richissimes personnes une offre qu'il ne peuvent pas refuser : l'immortalité assurée. En effet, les copies ne sont pas à l'abri à très long terme dans la mesure où on ne sait jamais ce qui pourra se produire dans quelques siècles voire plus. Pour rajouter à la richesse de la trame, Greg Egan rajoute à tout ce petit monde une femme passionnée d'automates cellulaires, Maria, plus deux passagers clandestins tout deux copie.

Pour revenir aux thématiques techniques abordées, il y a deux concepts importants : l'automate cellulaire et la théorie de la poussière. Pour l'automate cellulaire, il convient de remonter à John von Neumann et à ces travaux fondateurs dans le domaine, plus de détails pour les curieux matheux . Pour les autres, l'idée de base est de pouvoir créer un automate capable de se recréer lui-même, la copie pouvant donc créer une copie à l'infini, et de se mettre en réseau. En gros, de former une chaîne pouvant développer une puissance de calcul, ou d'action, impressionnante. Le problème sous-jacent de cette théorie est que, plus la chaîne s'allonge, plus le temps de transmission des données entre les deux extrêmes de la chaîne devient important, faisant en fin de compte perdre en efficacité au système. La solution semble évidente, il suffit de rajouter des dimensions pour pallier au problème, ou tout du moins pour le freiner. Greg Egan imagine donc une généralisation à n-dimensions de la théorie de von Neumann, découverte vers 2010 par un certain Chiang.

Pour la théorie de la poussière, mieux vaut que je laisse parler l'auteur, qui le fait largement mieux que je n'en serais capable. "Donc, si j'installe un automate cellulaire dans une configuration jardin d'Eden et que je le fasse tourner pendant quelques trillions de cycles d'horloge puis le désactive, la structure continuera à se trouver dans la poussière, [...], séparée de ce monde mais s'écoulant toujours sans aucune ambiguïté à partir de cet état initial." Une configuration jardin d'Eden est une configuration implantée artificiellement, dans le sens qu'elle ne peut pas être un produit du système, à partir duquel un système peut évoluer (la référence semble assez évidente comme exemple).

Le livre est passionnant, d'une part par la pertinence prophétique des théories de l'auteur, et d'autre part par la poignante dimension humaine qu'il arrive à injecter dans son roman. Pour ceux qui craignent de ne pas pouvoir supporter pendant tout un roman cette avalanche technomystique, vous pourrez aussi le savourez de manière moins soutenue dans deux excellents recueils de nouvelle, "Axiomatique" et "Océanique". Dans la même veine et avec un intensité comparable à Vernor Vinge, dont j'ai présenté deux romans, "Un feu sur l'abîme" et "Rainbows End, Greg Egan nous prouve que la Hard SF peut être autant émouvante que poussant à la réflexion sur notre avenir technologique et son potentiel. Mais aussi sur notre éthique et notre rapport à la vie. Surtout.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

jeudi 20 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Actuellement, je suis en plein travail sur une nouvelle SF dans le thème, puisque j'y aborde l'immortalité et les inconvénients qui y sont liés, mais plutôt médiévale dans la forme, puisque l'essentiel de l'action se passe aux temps des croisades et à la Renaissance.

Mon second roman n'en finit pas de s'affiner et je ne perds toujours pas espoir de pouvoir envoyer mon manuscrit d'ici à la fin de l'année. Comme toujours, je passe plus de temps à corriger et à optimiser que pour l'écriture à proprement parler.

Vous avez pu constater une nouvelle rubrique dans le panneau latéral droit qui se nomme "Sites utiles", l'idée étant de partager mes bons plans avec des écrivains de passage sur ce blog. Il va de soi que toute proposition est la bienvenue.

Au niveau des présentations de roman, c'est "La cité des permutants" du génial Greg Egan que je me ferais un plaisir de vous présenter prochainement. Sur le plan des films, c'est "Blade Runner" dont je ferais un bref commentaire prochainement.

Sur ce bonnes lectures à toutes et à tous !

lundi 17 octobre 2011

AV

Bonjour à toutes et à tous!

Poursuivant dans mes présentations de films SF, c'est cette fois sur "Immortel : ad vitam" d'Enki Bilal que je me pencherais.

En préambule, il convient de dire, pour ceux qui ne le sauraient pas, que ce film est une adaptation très libre d'une trilogie mythique de BD, oeuvre du même Enki Bilal dont ce n'est pas, et de loin, le seul travail dans ce difficile domaine. On lui doit, plus récemment, la quadrilogie du "Sommeil du monstre", ou, plus anciennement, "Les phalanges de l'Ordre Noir" ou d'autres récits politisés et vivement critiques. Pour en revenir au sujet, la trilogie Nikopol suis le destin de Nikopol (sans blague), évadé malgré lui et, à son grand dam, partie prenante des projets tarabiscotés d'Horus, dieu de l'ancienne Egypte prochainement condamné pour ses excès par les siens.

S'il n'est pas nécessaire d'avoir lu les BD pour apprécier le film, il va sans dire qu'on l'apprécie différemment. Le film reprend principalement "La foire aux immortels" en déplaçant le cadre de Paris à New York et le personnage principal de "La femme piège", Jill Bioskop, en conservant le physique de la belle mais en modifiant complètement son origine et son destin.

Le film suit donc deux personnages, d'un côté Jill, de l'autre Nikopol et Horus. L'intrigue se déroule dans un New York futuriste, dictature soutenue par Eugenics, une gigantesque compagnie oeuvrant, entre autres, dans le génie génétique. La cité est peuplée d'hommes à divers états de modification corporelle et d'extraterrestres variés. Une anomalie s'est développée dans Central Park, sorte de maelström d'espace-temps, qui a forcé les autorités à isoler la zone et à la déclarer interdite. Tous les êtres qui y pénètrent tout de même se font expulser à l'état de squelette.

Jill (Linda Hardy), immigrante, se fait rafler par Eugenics, sa peau bleue et ses cheveux étranges en font une curiosité génétique. Une psychologue indépendante (Charlotte Rampling) la "rachète" pour l'étudier dans des conditions plus humaines et essaie de comprendre le phénomène biologique inexplicable qu'est Jill.

Parallèlement, Horus, dieu de l'ancienne Egypte, se voit condamner par Anubis et Bastet pour ses crimes indicibles. Horus demande, comme dernière volonté, de pouvoir séjourner sept jours parmi les hommes qu'il a contribué à créer. Sa requête se voit exaucée et son plan pour survivre se met en route.

Nikopol (Thomas Kretschmann) est prisonnier, congelé dans une cryo-prison depuis des décennies, quand un problème technique survient, qui le libère en lui coûtant tout de même une jambe, brisée pendant qu'il était encore congelé. Horus, qui éprouve des difficultés à trouver un véhicule corporel adéquat dans un monde où les humains sont tous soit modifiés soit malades, récupère Nikopol, anachronisme biologique. Nikopol devient son véhicule et l'aide, plus ou moins volontairement, à réaliser son plan. Durant son emprisonnement, son nom est devenu synonyme de révolte et de rébellion face à l'ordre établi.

Enki Bilal réalise un film aux décors somptueux, complètement synthétiques. La ville est d'une verticalité renversante, tout est aérien, en permanence. La technologie est, comme toujours chez cet auteur, baroque, dans le sens où elle est futuriste dans ses capacités mais d'une obsolète élégance surchargée. Ainsi les voitures volent mais doivent suivre des caténaires, les taxis sont de vieux taxis new-yorkais...

Je n'ai pas cité innocemment les acteurs car ces trois-là sont les seuls acteurs réels du film, tous les autres étant eux aussi synthétiques. C'est ce côté tout synthétique qui avait déplu à l'époque où le film était sorti et je pense que le problème ne devrait pas se poser pour le public de moins de quarante ans, maintenant habitué à ce type d'expédient. Mais à l'époque, c'était un choix graphique, pas une question de gros sous et il faut souligner le travail de titan que cela a dû être de monter ce film en son temps.

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié car "Immortel" parvient réellement à nous faire voyager dans un futur hypothétique. L'ambiance est résolument autre, peuplée de travers bien récents. La différence de point de vue entre un dieu et l'homme est aussi croustillante. Le peu de vie organique de la distribution renforce l'impression d'un monde factice où le corps n'est qu'une machine customisable. On ressent même une forte dimension philosophique dans la fin du film, ce qui rajoute encore à cette ambiance par la dichotomie révélation/artificialité.

Ce film est regardable par chacun (quelques scènes de sexe tout de même) bien que je conseillerais aussi de lire les BD qu'on trouve facilement en bibliothèque.

N'oubliez pas de lire !

mercredi 12 octobre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé précédemment, je vous donne avec plaisir une présenation du livre d'Ivan Efremov : "La nébuleuse d'Andromède". Edité à Moscou en 1959, l'auteur est donc un citoyen de l'URSS, géologue et paléontologue en plus d'écrivain. Pour une biographie plus complète de l'auteur, c'est par-là (en anglais car c'est la meilleure que j'aie trouvée).

Il va de soi, au vu de l'origine et de l'époque, que l'auteur nous donnera une vision communiste de l'avenir, ou du moins un avenir potentiel du communisme. Une fois n'est pas coutume dans la SF, l'auteur nous présente un avenir utopique. L'humanité est belle, vit en harmonie, les humains sont intelligents et règlent leurs problèmes de manière communautaire. Inévitablement, les personnages sont beaux et valeureux, dotés de ce courage qui font les héros antiques.

La narration est celle d'un roman fleuve, c'est-à-dire que l'on suit plusieurs personnages séparément et que leur destin se croise. On suit donc "La Tantra", vaisseau galactique en retour de mission infructueuse de sauvetage qui, par suite d'une imprudence de l'équipage, se trouve contraint de se poser sur une planète orbitant autour d'une étoile de classe E hypermassive. Ils y trouvent un vieux vaisseau terrien disparu depuis des siècles, ce qui leur sauvera la vie puisque l'équipage pourra ponctionner le carburant de l'épave. Puis ils trouvent un autre vaisseau, étranger et inconnu. En essayant de le visiter (avec la finesse habituelle de l'humanité, donc à coup de dynamite), ils se heurtent à une forme de vie extraterrestre, sans pouvoir déterminer si cette race est native de la planète ou des naufragés. La rencontre se passe forcément mal mais aucun mort n'est à déplorer.

D'autre part, on suit la femme du commandant du vaisseau, archéologue restée sur Terre, et de ses amis et amant. Le rôle de ces personnages-là est de poser et d'illustrer le développement sociétal de la Terre.

Le récit est plutôt décousu et il est difficile de savoir si l'auteur veut nous convaincre du bien-fondé de son idéologie ou s'il veut raconter une histoire. Là où Ivan Efremov prend des risques, c'est bien dans les technologies et les sciences. Il se permet courageusement d'inventer des concepts mathématiques et scientifiques extrêmement astucieux. Bien que la plupart de ces idées, notamment celle concernant la mécanique quantique (il cite Planck et Heisenberg à plusieurs reprises), soient actuellement un peu dépassées, il fait tout de même preuve d'intuitions étonnantes pour l'époque, sans compter que cette branche de la physique en était à ses balbutiements et que j'estime que, encore maintenant, elle n'est de loin pas accessible à tous, même au niveau conceptuel. Au niveau technologique, Ivan Efremov imagine un monde nucléaire et artificiel où l'homme maîtrise sa planète, ce qui reste un concept lié au communisme de l'URSS. N'oublions pas que le concept d'écologie n'existe pas vraiment au niveau du grand public à ce moment-là.

Mais, plus que tout, c'est le devenir de l'Humain qui est intéressant. L'Humanité est devenue intelligente, réfléchie. Aucune décision d'importance ne peut être prise sans l'accord de la majorité et elles doivent profiter à tous. L'accent mis sur les sentiments amoureux est contradictoire, dans la mesure où l'amour de ce futur est régi par la raison et la logique, ainsi un couple se défait pour en produire deux autres, plus viables sur le long terme.

Pour être honnête, j'ai trouvé le scénario linéaire et peu intéressant. Ce qui fait la force de ce récit, c'est la vision du futur de l'auteur en regard du monde dans lequel il vivait. On sent l'arrogance scientifique des années quarante-cinquante (quoique des "magazines" se le permettent encore) où l'on avait encore le culot de croire que l'Univers serait parfaitement compris et expliqué dans les années à venir. La société utopique qu'il génère ressemble étonnamment à une communauté de hippies (qui pourtant n'existaient pas encore). Plus intéressant encore est le jugement des archéologues du futur à notre propos : nous sommes des bêtes enragées uniquement motivées par nos passions au détriment des autres et de la planète. L'avenir, notre présent, donne donc clairement raison à l'auteur.

Ce livre est à réserver aux personnes qui supportent facilement les textes de cette époque et qui cherchent à comprendre le regard de l'autre à travers leurs écrits. De plus, il donne un éclairage russe à un courant littéraire usuellement connu comme américain à cette époque (amusant de le comparer à Dick...). Au passage, il fait partie des choix d'une collection SF de 1970 qui publia en Français les dix meilleurs romans de la SF mondiale, d'autres romans de cette collection seront donc présentés dans ces pages puisque j'en ai presque trouvé l'intégralité en bouquinerie.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

dimanche 9 octobre 2011

AV


Bonjour à toutes et à tous !

En cette journée helvétique pluvieuse voire neigeuse, quoi de mieux que se vautrer devant sa cheminée en compagnie d'un bon bouquin ? Probablement rien, effectivement, mais il est tout de même fort agréable et délassant de se prélasser devant son petit écran devant un bon film de SF.

Cette fois-ci, je vais vous présenter "Dante 01, Tentez l'expérience" de Marc Caro. Pour ceux qui ont comme moi une mauvaise mémoire des noms, Marc Caro et son complice Jean-Pierre Jeunet sont les réalisateurs de "Delicatessen", "La cité des enfants perdus" et "Alien IV". Cinéastes d'ambiance étranges et de scénarios léchés et loufoques, Marc Caro s'avère au moins aussi exceptionnel en solo qu'avec son vieux complice, qui a lui-même réalisé "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" et "Un long dimanche de fiançailles". Les amateurs reconnaîtront de nombreuses personnes dans la distribution, même si tous les acteurs sont rasés.

"Dante 01" est une prison-laboratoire orbitant autour de Dante, une planète tellurique jeune à l'activité géologique très active (en gros, une masse d'éruptions volcaniques ininterrompues). Elle appartient à une entreprise qui teste ses nouvelles technologies sur des prisonniers volontaires. La situation à bord est un double huis clos. D'un côté, les prisonniers, où César (Dominique Pinon) a pris l'ascendant sur ses codétenus. De l'autre, les gardiens, dominés par Perséphone (Simona Maicanescu), une psychologue brillante d'une froideur apparente glaçante, qui sera aussi la narratrice de cette histoire. L'architecture du film en chapitre rebondit sur le titre, chaque chapitre s'enfonçant de plus en plus dans l'enfer, cercle après cercle.

Le début du film amène directement les agents déstabilisateurs. Tout d'abord une nouvelle psychologue sans scrupules, Elisa (Lin Dan Pham) qui vient tester des nanomachines censées modifier l'ADN des prisonniers pour supprimer leurs comportements déviants. Rapidement, elle met tous les employés à sa botte et met Perséphone sur la touche. Puis un prisonnier (Lambert Wilson), en réalité un homme que l'on a retrouvé dans un vaisseau égaré dans l'espace lointain, seul survivant de son appareil, couvert de sang et ayant perdu l'usage de la parole. Les prisonniers le surnomment Saint-Georges à cause d'un tatouage représentant saint Georges terrassant le dragon qui orne son épaule droite. Ces deux personnes vont changer l'alchimie subtile et fragile de la station pénitentiaire, et chacun modifiera profondément les deux groupes. Il semble en effet que Saint-Georges ait changé pendant son naufrage sidéral, devenant plus qu'un humain.

Les choses s'emballent rapidement, les effets d'ambiance oppressants accentuant le rythme effréné de l'action. La dimension spirituelle est fortement marquée, pas totalement compréhensible, conservant sa partie de mystère. Les prisonniers se liguent autour de Saint-Georges, nouveau messie immortel capable de tout guérir, même la mort. Il va de soi qu'il ira jusqu'au sacrifice, une fin incroyable évoquant immanquablement les sauts de Prigogine.

Sur un scénario de Marc Caro et Pierre Bordage, l'un des plus prolifiques auteurs de SF en Français, ce film est à la fois dense et prenant. L'image est à dominante jaune et bleue à l'intérieur, rouge et noir à l'extérieur, poursuivant ainsi le travail de ce réalisateur. L'ambiance est oppressante et parfaitement rendue à la fois par le jeu exceptionnel des acteurs et la qualité des prises de vue, jonglant habilement entre les images de vidéosurveillance et les plans ultraléchés. Concernant ces premiers, nous avons droit à des acteurs à gueule. J'entends par-là des vrais acteurs (qui jouent vraiment, pas qui montre leur silhouette issue du travail d'un chirurgien esthétique hors de prix) qui ont une vraie expressivité physique. On est rapidement entraîné dans le tourbillon des événements, impliqué dans cette situation surnaturelle, jusqu'à l'apothéose de la fin, véritable feu d'artifice.

Vous avez dû comprendre que j'ai adoré. Il est rare d'avoir la possibilité de voir un bon film récent (2008), a fortiori un film de SF, même français. Le fait que l'on puisse voir le film en VO dans notre langue maternelle nous permet de mieux apprécier le travail incroyable des acteurs et l'utilisation des rythmes dans les dialogues soutenant les images. Le film comporte quelques scènes de violences mais c'est surtout l'ambiance angoissante qui le rendrait inadapté à des enfants, sans compter qu'ils ne comprendraient probablement pas la fin. Dans tous les cas un très bon moment de SF.

Bonne projection et n'oubliez pas de lire !

samedi 8 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Pour une fois, le blog perdra de son aspect auto-satisfaction pour vous parler de mon frère. Actuellement, il est parti pour un voyage de près de trois mois en Asie. Je lui souhaite bien évidemment un magnifique voyage, empli d'expériences qui épanouiront encore plus son regard sur le monde, la vie et le reste, pour paraphraser Douglas Adams.

Comme il a la générosité de nous faire partager des instantanés de ses explorations, j'ai rajouté son album online dans la section "Sites sympathiques" sur le panneau latéral droit de ce blog. Offrez-vous donc un brin d'évasion par procuration, à l'abri de la chaleur moite et des moustiques sanguinaires ! Néanmoins, ne soyez pas trop pressés, il n'est parti qu'hier vers midi et il devrait se poser dans l'après-midi, donc les premières photos devront arriver d'ici quelques jours. Ayez ainsi la bonté de le laisser récupérer du jetlag... Pour les accros inconditionnels du click, vous le trouverez ici immédiatement.




De plus, il lui sera difficile d'assurer un suivi continu de cet album, puisque cela dépendra aussi tout bêtement des facilités technologiques à disposition dans les lieux où il se trouvera. Si, si, les geeks, il existe effectivement dans le monde que l'on ne voit pas à travers un écran des lieux où l'on ne peut pas se connecter à un réseau télécom, je jure que c'est la vérité. Peut-être qu'il y a des vidéos sur Youtube qui exposent cet inconcevable manquement à l'ordre naturel des choses.

Quant à ce blog, deux articles sont en préparation. Le premier sera consacré à "Dante 01" de Marc Caro, de mon point de vue un mythique bien que peu connu film de SF. Le second présentera une incroyable découverte que j'ai fait dans une bouquinerie : "La nébuleuse d'Andromède" d'Ivan Efremov.

D'ici-là, bon voyage, Fabrice !

mercredi 5 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Vous avez pu constater quelques changements sur le blog. Dans les sites sympathiques, vous pouvez voir de nouveaux arrivés et un départ momentané.

Commençons par le départ : le blog Vaste Bêtise. En fait, sa rédactrice n'a plus le temps de le gérer et a donc laissé ses chroniques et nouvelles de côté pour un moment. Mais, pas de panique, je le remettrai dès que son excellente production littéraire reprendra.

Pour les nouveaux venus, le blog de "Wesaid", groupe de rock bien pulsant, à défaut de bien pensant. Le groupe est quasi nouveau-né et porte bien haut le flambeau du rock fribourgeois. Ensuite, et je suis un peu impardonnable de ne pas l'avoir mis plus tôt, le site de "BM Photo", un couple d'amis photographes qui sillonnent le monde et nous livre leur regard élégant. Si vous êtes plutôt Facebook, vous les trouverez aussi ici.

Vous avez remarqué ma nouvelle rubrique audiovisuelle. Je me suis en effet dit que la plupart de mes lecteurs devaient eux aussi voir des films (sans déconner) et j'ai donc décidé de vous faire part de mes coups de coeur et mes coups de gueule.

Dans les errata, je me suis rendu compte que le lien vous menant à ma nouvelle "Infiltration" était non fonctionnel. Pour les fondus du pourquoi, je pense que j'ai dû effacer une partie de la commande html de lien en laissant la commande d'affichage. Dans tous les cas et pour tous, le lien est désormais réparé et la nouvelle accessible ici.

Sur le plan de l'écriture, je travaille toujours à achever mon deuxième roman avant les calendes grecques. Je suis accessoirement en projet sur deux nouvelles, l'une concernant Samuel Forster, un hacker héros de mon deuxième roman, et l'autre au sujet de l'immortalité et du voyage dans le temps.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 4 octobre 2011

AV


Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous pouvez le constater, je me lance dans une nouvelle rubrique sur mon blog. Constatant que, assez rarement, je regarde des films, des séries voire même des musiques s'insérant dans mon domaine de prédilection. Je me suis donc dit que je pouvais vous faire partager mes découvertes. Comme d'habitude, je ne suis pas vraiment l'actualité...

Le premier film que j'aimerais vous présenter est "A scanner darkly" de Richard Linklater, tiré du mythique roman de Philip Kindred Dick "Substance mort". Au niveau des acteurs, on retrouve une pléthore de noms connus : Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr, Woody Harrelson...

Pour celles et ceux qui n'auraient pas lu le roman, ce film raconte l'histoire d'un agent futuriste d'un équivalent de la DEA (la police des stupéfiants américaine) qui s'infiltre dans un réseau pour les faire tomber. Comme cet agent est sous couverture et que la confiance ne règne pas, il est recouvert d'une tenue qui le rend méconnaissable dès qu'il est en dehors de son infiltration. Malheureusement, il consomme de la drogue pour renforcer sa crédibilité. Associée à son camouflage, la consommation de cette drogue, la Substance Mort, lui fait oublier sa véritable identité. A un tel point que, quand son patron lui demande d'enquêter sur lui-même, il subit une forme de dissociation de l'esprit en devenant deux personnes séparées.

Le film, quatrième adaptation de ce génial auteur, exploite le livre habilement et on peut suivre cette dissociation d'un point de vue totalement extérieur dans la mesure où une identification aux personnages est quasi impossible. Mais là où le réalisateur a un trait de génie, c'est en choisissant un traitement d'image entre le film et l'animation. Il suffit de jeter un oeil à l'image que j'ai insérée pour se faire une idée de cette étonnante présentation. L'effet est surprenant mais reproduit à mon avis extrêmement bien l'idée d'un monde fantasmatique induit par la Substance Mort.

Sans être le film du siècle, "A scanner darkly" est fidèle à l'esprit de Dick et demeure un excellent moment de détente. J'ai personnellement beaucoup apprécié cette adaptation, particulièrement après avoir vu l'horrible "Minority report", tiré d'une longue nouvelle géniale transformée en gigantesque pub Pepsi. Je le conseille donc à tous, au moins pour apprécier son surprenant graphisme.

Sur ce, euh, bon visionnages à toutes et à tous, et n'oubliez pas de lire !