Citation du moment

"Ce n'est pas sous un régime totalitaire que la vérité est dangereuse, puisqu'elle n'existe pas. C'est dans les démocraties finissantes comme les nôtres qu'elle se transforme en poison, puisqu'elle devient relative."
M.G. Dantec in "Métacortex"

vendredi 9 décembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous,

Continuant sur ma lancée, je vous présente aujourd'hui « Le monde aveugle » de Daniel Francis Galouye, dont j'ai déjà présenté « Simulacron 3 » il y a peu. A nouveau, ce roman est un classique des années 1950-60 dans mon domaine. Je pense qu'il est un des auteurs de SF incontournables, le fait qu'il soit réédité en poche en est une preuve suffisamment claire. Son style a dépassé les élucubrations pleines d'espoir de la période précédant les deux guerres mondiales. L'auteur se situe à une époque où les dystopies (contraire de l'utopie) se développent, d'abord timidement puisqu'on pensait que leur idées pouvaient être dangereuses et qu'ils étaient surveillés (les archives publiques de certaines agences gouvernementales le prouvent directement), puis rapidement pour arriver au courant cyberpunk.

Comme je ne l'ai pas fait la dernière fois, je vais dire quelques mots sur l'auteur. Né en 1920 à la Nouvelle-Orléans, Daniel Francis Galouye sera pilote d'essai durant la seconde guerre mondiale puis se dirigera vers le journalisme à la fin du conflit. Parallèlement, il se met à écrire de la SF, avec la reconnaissance qu'on lui connaît. Auteur éclectique, sa SF est surprenante et explore déjà les extrémités auxquelles peuvent nous amener une utilisation irrationnelle de nos découvertes.

Si « Simulacron 3 » est un roman technologique, « Le monde aveugle » est tout autre. A nouveau sous la forme d'un roman classique, il nous entraîne dans d'obscures grottes inquiétantes et humides. On suit la vie de Jared Fenton, habitant d'un monde souterrain n'ayant jamais vu la lumière. Trouver Lumière est d'ailleurs le but de la vie de cet homme. Chassant et cultivant, son peuple survit, luttant sans cesse dans ce monde de ténèbres peuplées de prédateurs inquiétants.

Evidemment, on écrit rarement un roman pour relater une histoire sans accrocs, et celui-là n'en manque pas ! Jared, suite à la mort du « chef » de son village, se fait nommer à son poste. Pour renforcer sa position et celle de ses concitoyens, on lui fait rencontrer Della, fille d'un autre roitelet de la région. Tous ces beaux plans sont mis en danger car les sources d'eau chaude où ce peuple cultive sa nourriture se tarissent inexplicablement. Pire, des créatures inconnues attaquent villages et voyageurs, générant un chaos gigantesque. Pendant ce temps, Jared s'est créé suffisamment de problèmes pour le forcer à s'enfuir, entraînant Della dans son sillage. S'ensuivent de multiples péripéties.

Au niveau scénaristique, « Le monde aveugle » vaut largement « Simulacron 3 » : intrigue bien ficelée, récit bien géré... Au niveau stylistique, la donne est tout autre. Pour commencer, l'auteur a banni le verbe voir de son vocabulaire, ce qui est plus difficile qu'il n'y paraît, pour le remplacer par entendre, toucher et goûter. Par voie de conséquence, l'ambiance descriptive est déroutante et particulièrement prenante. La sensibilité de l'auteur s'exprime librement, nous entraînant dans des gouffres oniriques et emplis d'échos. L'auteur a évidemment dû développer des outils pour que ses personnages puissent percevoir leur environnement, dont je ne dirais rien pour ne pas vous gâcher la découverte. Ce type de roman étant assez rares, on peut quand même citer « Das Parfum » de Patrick Süsskind ou encore l'excellent mais moins célèbre « Schlafes Bruder » de Robert Schneider, celui-là est à l'inverse de ces classiques car, en lieu et place de focaliser sur un seul sens (odorat pour Süsskind et audition pour Schneider), il en supprime au contraire un.

Personnellement, je pense que c'est un exercice de style particulièrement riche, à la fois pour l'auteur et pour le lecteur dans le sens où on sent le monde d'une manière inhabituelle et sensitivement très prenante. Le défaut réside dans le fait que beaucoup d'indices que Galouye utilisent sont trop faciles à interpréter pour des lecteurs de notre époque. Ce qui fait qu'on connaît presque immédiatement le pourquoi de la présence des hommes dans cet environnement peu naturel. Malgré tout, on ne sait pas comment le héros et sa compagne le découvriront et cela vaut donc la peine de finir ce récit, rien que pour savourer le texte.

Je dois dire que ce roman m'a vraiment plu, dans le sens où il est agréable à lire et très original. L'ambiance m'a fait penser à un autre livre que j'avais présenté dans ces pages. Facile à lire, presque sans violence (scènes de chasse et quelques bagarres) et doté d'une intrigue séduisante, « Le monde aveugle » se lit dès 12 ans à mon avis. Une adaptation en film est à mon sens parfaitement envisageable, ce qui est d'habitude un bon critère d'accessibilité.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 6 décembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Pour continuer dans de « vieux » romans de SF dotés cette fois-ci de thématiques plus récentes, voici « Simulacron 3 » de Daniel Francis Galouye. Né en 1920 et mort trop tôt en 1976, cet auteur a écrit cinq romans dont deux sont passée à la postérité : « Simulacron 3 » et « Le monde aveugle ». Je reparlerais du second plus tard car c'est un très beau récit que je me dois de présenter sur ce blog. Derrière le titre rébarbatif de « Simulacron 3 » se cache un roman précurseur, dans la veine de Philip Kindred Dick dont l'auteur partage l'époque puisque son roman est sorti en 1964.

Dans un futur proche non défini, Hannon Fuller, inventeur du Simulacron 3 meurt dans un accident électrique lié à son work-in-progress Simulacron 3. Simulacron 3 est un simulateur d'environnement modulaire peuplé, comme on les nomme actuellement dans les modèles sociaux simulationistes informatiques, comprenez que c'est un espace de simulation humain à même de simuler l'ensemble de notre planète et de sa population. Douglas Hall hérite du poste du brillant scientifique décédé, et des ses responsabilités au sein de la REACO. Il va rapidement se rendre compte que le président de cette société, Horace P. Siskin, vise des objectifs bien moins altruistes que ce qu'il annonce à grand renfort de médias.

Commençant son enquête sur la mort de son prédécesseur, des gens se mettent littéralement à disparaître. Aidé par la fille de son ex-collègue assassiné, il se retrouve rapidement dans une situation inextricable qui mobilisera toutes ses facultés.

Le monde décrit est fascinant, si proche du nôtre mais dans une forme subtilement différente. La société est bombardée d'enquêtes statistiques auxquelles il est obligatoire de participer. Simulacron 3 est donc une solution prometteuse pour la population, bientôt débarrassée de ses enquêteurs envahissants. D'un autre côté, les enquêteurs se battent pour conserver leur emploi, pour ne pas être remplacés par une machine. Vu de 1964, l'auteur n'est pas tombé très loin...

Dans les thèmes chers à Dick, Daniel Galouye traite de la vraisemblance de la réalité avec brio. Popularisés par « Matrix », ces thèmes sont vraiment issus des années 1950 et ont été abondamment traités par de nombreux auteurs. Dick y rajoute encore les maladies mentales, pouvant entraîner une multiplication des réalités. Galouye est plus pragmatique dans le traitement du thème mais plus construit, et paradoxalement plus poétique.

Simulacron 3 est donc un roman classique dans sa forme, agréable à lire et n'ayant presque pas vieilli. L'intrigue est solide et, même si des lecteurs de notre génération découvrent rapidement le pot-aux-roses, on ne devine tout de même pas la fin. Le style est très factuel et il ne faut pas chercher de lourdes constructions stylistiques. Le vocabulaire est tout de même assez complexe, ce qui en fait un mauvais candidat littéraire pour les plus jeunes. Comme Dick, Galouye privilégie la réflexion à l'action et on peut suivre pas à pas les raisonnements du héros.

C'est un roman que je désirais lire depuis longtemps, dans la mesure où l'auteur fait partie des fondateurs des mouvements auxquels je me rattache. Accessoirement, ses deux pièces maîtresses ayant été rééditées et actualisées au niveau de la traduction, elles sont désormais faciles à trouver et probablement disponibles en bibliothèque. J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire et mes comparaisons répétitives avec Dick iront de soi pour ceux qui, ayant déjà lu Dick, prendront le temps de dévorer ce court roman.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 29 novembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé précédemment, voici une présentation sans prétention de « Forteresse » de Georges Panchard. C'est un livre qu'un ami (merci Pierre) m'avait prêté vers 2005-2006 je pense et j'avais perdu tout espoir de le retrouver facilement un jour. Ma bouquinerie habituelle m'a donc, une fois de plus, surpris en bien.

Auteur suisse (fribourgeois de surcroît, pour mes lecteurs résidant dans cette région), Georges Panchard signe un roman passionnant dans le domaine SF cyberpunk. A ma connaissance, c'est le seul roman dont il nous a gratifié, le reste de sa production étant publiée sous forme de nouvelles dans la presse spécialisée. Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur, je vous donne ce lien.

Ecrit dans le style roman-fleuve, on suit plusieurs destins croisés vers 2030. Dans ce futur proche où les grands groupes industriels dominent le monde (le seul gouvernement cité est les USA, enfin pas tout à fait puisqu'ils se sont renommés les UABS, et une utopie politique nordique), les USA sont devenus des états bibliques dont la majorité des citoyens sont obèses, ce que leur gouvernement encourage. Cette extrêmisation est en fait une réaction à l'invasion de l'occident par l'Islam, invasion passive due à la tolérance trop importante des populations résidantes. Ce problème a dégénéré en guerre civile avant de disparaître, à la fin du conflit. Ce point de vue est d'ailleurs étonnant de la part de l'auteur qui extrapole à part ça plus subtilement.

On suit principalement Clayborne, chef de la sécurité, ou protecteur, de Haviland Corp, et plus particulièrement du président Mannering, ayant imposé un embargo technologique sur les USA et entraîné de nombreuses compagnie dans son sillage. Par une source d'information fiable, il apprend qu'un assassinat a été commandité contre son patron par les USA, nom de code « Ghost ». L'équipe de sécurité se lance donc à la poursuite des personnes impliquées et de la nouvelle technologie furtive inédite développée pour cette mission. On suit aussi Mitchell, obèse américain, peintre de scène religieuse, et ses difficultés amoureuses. Il faut y ajouter l'inspectrice Caprara de la police italienne, impliquée bien malgré elle dans les événements, plus quelques personnages plus secondaires.

L'anticipation dont fait preuve l'auteur est impressionnante et bien construite. Les personnages sont crédibles, vivants. Dans un style concis, le texte se lit très agréablement. La mise en place du cadre de l'intrigue et sa gestion à proprement parlé est millimétrique et l'auteur dirige ainsi fort bien son lecteur. Malgré l'environnement hautement technologique, Georges Panchard reste accessible en évitant les lourdes explications souvent liées à ce type de roman. La dimension du texte est réellement littéraire, donc doté d'un vocabulaire à la fois adéquat et bien choisi. Les niveaux de langage sont utilisés intelligemment et contribuent à l'ambiance. Comme chez Gibbson, c'est les détails qui rendent le monde crédible et surtout prenant (marques de bière catholiques aux USA...). L'air de rien, chaque choix syntaxique ou scénaristique est réfléchi et prend tout son sens à la fin de l'œuvre. C'est aussi le deuxième roman que je connaisse, tout style confondu, où les répétitions de longs passages sont intelligemment employées (l'autre étant « Océan mer » d'Allessandro Barrico qui utilise de plus un procédé incrémentiel).

A mon sens, « Forteresse » est le meilleur roman cyberpunk en français, dans la mesure où Maurice Dantec n'en fait plus vraiment d'une part, et d'autre part car tout le monde peut le lire (ce qui n'est pas le cas de Dantec après « Babylon Babies », et encore). Un peu comme pour Barjavel, être fan de SF et familier des technologies n'est pas un prérequis nécessaire pour apprécier le roman. Je pense par contre qu'être un peu au courant de la situation géopolitique actuelle est un plus, dans le sens où l'on savoure plus intensément les extrapolations de l'auteur. Les écrans de fumée déployés par l'auteur sont presque impénétrables et la fin est agréablement surprenante, à l'image des twist movies du genre « Usual suspects ». Vous verrez qu'il traite une idée ancienne d'une manière totalement inédite et complètement inattendue. Un livre à mettre d'urgence entre toutes les mains.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

dimanche 27 novembre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

En cette belle journée d'hiver où nul ne s'inquiète du manque préoccupant de précipitations, je m'extirpe de ma lessive (merci, il me fallait une excuse valable) pour vous donner quelques nouvelles de mes activités.

Pour ce qui est de ma production écrite, je suis en plein travail de rédaction pour participer à un concours de nouvelles ayant pour thème "3333 sur la Terre". Je pense avoir trouvé une façon originale de traiter ce thème, dans un genre plus proche de Ray Bradbury que d'habitude. Comme c'est un concours, je ne peux évidemment pas trop en dire. Il ne vous sera pas possible de voter pour ce texte, étant donné que c'est un jury qui décidera de l'issue de la compétition. Eventuellement, vous pouvez si vous le désirez organiser une manifestation géante le jour des débats, sans certitude sur l'impact. Je sélectionne actuellement d'autres concours pour lesquels je pourrais potentiellement être motivé par le sujet proposé.

Pour ceux qui ne l'aurait pas encore lue, il y a ma dernière nouvelle "Ad perpetuam". C'est l'histoire, à proprement parler, d'un homme immortel, blasé et dégoûté. C'est un texte sombre et déprimant, j'ai d'ailleurs énormément travaillé le rythme des phrases et leur enchaînement pour instiller une ambiance désespérée. J'attends vos commentaires avec joie.

Au niveau du blog, le prochain livre que je présenterais sera "Forteresse" de Monsieur Panchard, excellent roman de SF en français, à mon avis un des (le ?) meilleurs. Le prochain film sera le mythique "Avalon" de Mamoru Ooshi qui a aussi réalisé le long métrage d'animation cultissime "Ghost in the shell". "Avalon" est par contre un "vrai" film et je tenterais de vous donner envie de le voir si ce n'est déjà fait.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

jeudi 24 novembre 2011

AV

Bonjour à toutes et à tous !
Voici donc une brève présentation du film « Eden Log » de Franck Vestiel. Précisons tout de suite que c'est un film d'évasion, pour ceux qui seraient définitivement dégoûtés par des séries à rallonge dans le genre de Prison Break.

Un homme se réveille dans ce qui semble être un complexe souterrain étrange, univers à la fois technologique et profondément organique. L'eau suinte des racines pendantes, ruisselle le long des parois et sur les machines en ruine. Sans identité et sans but, il décide logiquement de sortir de là : on monte donc !

Rapidement, il est menacé par des monstres qui semblent le pourchasser. Pire, des hommes semblent les contrôler. C'est donc une longue poursuite qui s'entame, enrayée par les visions psychotiques du héros.


Evidemment, Tolbiac, puisque c'est le nom du personnage principal, n'est pas un homme ordinaire. Il rencontrera, durant sa fuite éperdue vers le haut, une biologiste restée cloîtrée dans ce complexe industriel qui lui donnera quelques explications sur la situation en cours. Classiquement, c'est une expérience scientifique qui a mal tourné.

Au niveau du jeu des acteurs, rien à redire, Tolbiac (Clovis Cornillac) est convaincant. Les décors sont oppressants et très bien utilisés, les images maîtrisées et les plans plutôt bien choisis. Le scénario n'est pas très original mais néanmoins fonctionnel.
Là où le film pêche, c'est dans le rythme scénaristique. Les éléments du scénarios sont mal pondérés, les transitions sont discutables et surtout, le scénario ne tient pas en haleine. Je concède que le film, se voulant oppressant, a été tourné pour instiller une certaine lenteur, mais cela ne justifie pas la concentration indigeste d'éléments scénaristiques du dernier tiers du film. Tout ça pour amener une fin d'un classicisme assez décevant, particulièrement quand on tenu jusqu'au bout du film et qu'on espérait un peu mieux que des effets spéciaux dignes de mon économiseur d'écran.

Je ne dirais pas que le film est mauvais, et c'est peut-être ce qui est gênant. On sait à quoi s'en tenir tout de suite face à un navet comme Avatar ou Diamond Ninja Force (légendaire) : scénario moisi, l'image tente vainement de sauver le vide scénaristique, et on rit même dans DNJ. Là, presque tout est bon mais le rythme gâche vraiment tout, ce qui nous laisse dans un sentiment d'incomplétude perturbante : ni bon, ni mauvais. Vraiment dommage !

Pour ceux qui voudraient malgré tout le regarder, la curiosité étant la mère de l'esprit critique, il est à déconseiller lourdement aux enfants, uniquement pour une scène de viol parfaitement inutile dans le dernier tiers du film.

Pour ce qui est de la suite sur ce blog, je vous donnerais prochainement des nouvelles de mes nombreuses activités en cette fin d'année ainsi que le programme des prochaines présentations. N'hésitez pas à me contacter si vous désirez voir apparaître un contenu particulier en rapport avec le thème de la SF.

N'oubliez pas de lire (ma dernière nouvelle tout de suite en cas de manque) !

lundi 21 novembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !
Comme promis, je vous présente aujourd'hui "Les Navigateurs de l'Infini" de Rosny Aîné. De son vrai nom Joseph-Henri Boex, il y rajoute Aîné dans la mesure où il a parfois écrit avec son frère. Auteur de SF reconnu en son temps, il excelle plûtot dans le roman préhistorique et il est célèbre pour "La Guerre du Feu". Comme souvent pour les auteurs anciens, sa production littéraire est purement et simplement hallucinante et il est difficile de croire que le gars dormait de temps à autre. Il est à noter que JHRosny était membre de l'académie Goncourt et un écrivain très respecté par la communauté scientifique. Ce qui prouve que la perception du travail d'auteur de SF a bien changé depuis, puisque nous sommes considérés comme des sous-écrivains ayant choisi la voie de la facilité.

Quant à la trame du roman, c'est un roman de SF des plus classiques : voyage sur Mars, rencontre d'extraterrestres que les héros sauveront puis retour à la maison parmi nos frères humains tolérants et rationnels. Là où l'auteur m'a plus surpris, c'est dans la qualité de ces xénomorphes et dans l'aspect sentimental d'une partie du récit.

Pour les extraterrestres, l'auteur imagine Mars peuplée de trois formes de vie. Une première non sentiente : les Zoomorphes. Les Zoomorphes sont des êtres individuels aux pulsions individuelles. Leur mode de fonctionnement biologique rend stérile les sols qu'ils foulent, repoussant ainsi la première forme de vie intelligente que les astronautes rencontrent et avec laquelle ils vont se lier. Ce sont des formes de vie symétriques basées sur le nombre cinq.

La civilisation qu'ils forment est en déclin et ils vivent une douce décadence résignée qui ne va pas sans rappeler l'ambiance de fin des temps de Moorcock. Les Humains leur paraissent un idéal qu'ils n'atteindront plus jamais voire pire, qu'ils n'aspirent même plus à atteindre. La troisième forme de vie est purement ondulatoire et d'un avancement supérieur à celui de l'humanité. Ils donneront un coup de main technique pour aider la forme de vie dominante de Mars à perdurer, dans une chaude ambiance de respect mutuel et de confiance.

Etonnamment, le livre étant sorti en 1960 mais a dû être écrit avant 1938 (on écrit mal une fois mort...), l'auteur développe une relation entre une extraterrestre et un astronaute. Il la compare même à sa relation avec une humaine ! Tout est décrit très chastement, une sorte d'amour intellectualisé qui colle parfaitement à l'ambiance du roman (ceux qui espéraient un bunga bunga sauce alien pourront donc repasser, c'était mon hommage à Silvio qui nous fait le plaisir de dégager enfin).

La façon de considérer sciences et scientifiques est, de nos jours, complètement dépassée, sauf pour les gens persuadés de lire la vérité dans "Science et Vie". L'auteur est intimement persuadé que le progrès est bénéfique à l'humanité et que le rationalisme triomphera de la bêtise. Pour un auteur cyberpunk comme moi, cette vision est enfantine et manifestement fausse. L'espoir existait encore avant la seconde guerre mondiale mais je trouve rafraichissant de lire le témoignage de cet élan d'espoir rationnel que les sciences ont amené à leur avénement dans l'imagination populaire. On est bien loin des ingénieurs qui optimisent vers le bas des résistances à l'usure...

Au niveau scientifique, JHRosny essaie de faire le plus réaliste possible. On sent des heures de discussions passionnées avec des spécialistes de l'époque et les extrapolations qui devaient en découler. De nos jours, certaines conceptions ont terriblement évolué et il tombe parfois bien loin de la réalité. Néanmoins, l'auteur a bien fait son boulot de recherche et je pense qu'il sera moins loin de la réalité que mes écrits dans un siècle...

Le style littéraire est d'une lourdeur ampoulée revigorante (encore plus archaïsant que Verne). J'accroche personnellement énormément à ces vieux styles surannés mais il faut savoir que j'apprécie beaucoup Chateaubriand, donc je dirais que mon seuil de déplaisir est extrêmement élevé.

Le livre, ainsi que toute l'oeuvre de l'auteur et de la fratrie, sont donc à réserver aux les gens intéressés à l'origine de notre style littéraire et accoutumés au style de l'époque. Je conseillerais "La Guerre du Feu" au minimum pour les plus réfractaires.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

samedi 12 novembre 2011

Dernière nouvelle

Bonjour à toutes et à tous !

Largement en avance puisque la nuit a été productive, voici ma dernière nouvelle dans le post d'en-dessous, comme d'habitude téléchargeable sur le panneau latéral droit dans la rubrique "Nouvelles à télécharger" ou par le lien "Lire la suite".

Disons-le d'emblée, c'est une nouvelle sombre, extrêmement critique et désespérée. Ecrite à la première personne pour renforcer l'impact du propos, elle est le parcours d'un homme frappé d'une malédiction insupportable : l'immortalité. De la première croisade à un futur proche, il relate son chemin tourmenté dans l'humanité.

Ses constatations sont désabusées et je dresse un portrait sans complaisance de notre race et son impact. J'espère que vous apprécierez et j'attends vos commentaires avec plaisir.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

AD PERPETUAM

Cette nuit, j'ai une fois de plus mis fin à mes jours. Cette fois, je me suis organisé minutieusement et j'ai choisi un moyen qui ne laisserait de moi que quelques parcelles de peaux et d'os déchiquetées, minimisant d'autant la possibilité d'une issue défavorable. J'ai donc infiltré une usine de conditionnement de viande et, après avoir modifié les protocoles de sécurité pour m'assurer qu'un quelconque programme de surveillance borné et insensible ne m'arrête pas, je mis en route mon définitif projet. En dépit du fait que je fus dans un premier temps broyé, puis concassé et haché menu, pour finalement être bourré dans des vessies de porc avant d'être conditionné en emballage de trois, je me suis réveillé quelques heures plus tard dans mon lit, entier et tristement bien vivant, contraint d'ôter de ma désormais courte liste une solution prometteuse. Encore raté !
Je m'imagine bien vos réactions, jeunes humains qui me lisez. Pour les trois quarts d'entre vous, votre verdict oscille entre la faiblesse dont je fais preuve, cette lâcheté et ce courage inextricablement liés que demandent l'acte terminal qu'est le suicide, et l'empathie génératrice de pitié et de compréhension. Pour trois seizièmes des lecteurs, ce sera une réaction de rejet face à cette décision. Vous êtes par ailleurs les derniers humains des régions industrialisées pour qui la survie est importante et vous représentez l'avenir de cette humanité moribonde. Pour le dernier seizième, le jugement revêtira la forme d'une satisfaction morbide, soit parce que vous désirez mourir aussi, soit parce que vous voulez tout simplement tuer, soit parce que vous n'êtes que des voyeurs passifs comme la majorité de l'humanité . Pour tous, une vague réaction nauséeuse se fera ressentir. Mais surtout, vous tous, vous n'aurez rien compris et votre misérable haine ou pathétique compassion ne s'appliquera pas dans mon cas. Les tendances que je prévois dans vos réactions sont exactes, par le simple fait de mon expérience, sans commune mesure avec la vôtre.
Chacun croit qu'il est unique, en oubliant peut-être que, face à nos congénères humains, nous avons toujours plus de points communs que de différences, que ce soit au niveau biologique ou intellectuel. Les conceptions, les convictions devrais-je dire, que vous pensez uniques et propres à votre petite personne sont en fait partagées par la majorité des autres humains. C'est ainsi que les théories de Jésus de Nazareth ou de Mahomet sont en fait un idéal désiré par l'humanité dans son ensemble. Ils n'ont rien produit de neuf, simplement systématisé des vérités aussi anciennes que l'humanité elle-même. Mais, au moins, ils ont eu le mérite de les dire voire de les écrire, ce qui ne permet pas à ceux qui leur ont succédé la béatitude confortable de l'ignorance.
En revanche, je suis complètement différent de vous, même si je partage un grand nombre de vos caractéristiques biologiques, et j'espère de tout cœur être unique, partant du principe que nul ne devrait partager mon malheur. Quant à mon intellect, vous comprendrez bientôt qu'il s'est progressivement éloigné du vôtre, à mon corps défendant.


Lire la suite... :

mardi 8 novembre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mes passions cette dernière semaine, ce qui m'a contraint à vous laisser seuls et désemparés, perdus dans ce maelström tentaculaire qu'est le web.

En ce qui concerne les prochaines publications dans ce blog, je vous propose le programme suivant (de toute manière, vous n'avez pas le choix mais c'est tout de même agréable d'en avoir l'illusion, comme la démocratie quand on y réfléchit...) :

Pour les présentations de livres, je suis en plein travail de documentation donc ce que je lis à plus d'intérêt intellectuel que littéraire. En effet, je ne me sens pas de taille à présenter un livre comme "Le prince" de Nicolas Machiavel (pourtant dans l'air du temps avec la série "Les Borgias" sur nos écrans), ne voulant pas paraître idiot comme Rousseau l'a été à son propos. Les articles liés aux sciences naturelles ne paraissent pas non plus très porteurs... Je vous présenterai donc "Les navigateurs de l'infini" de Rosny-Aisné. Ce livre est à nouveau issu de cette fameuse collection dont j'ai déjà présenté une oeuvrequi vaut la peine d'être découverte.

Concernant l'audiovisuel, je pensais vous présenter "Eden Log" de Frank Vestiel. Film français de SF, certainement passé inaperçu en regard des superproductions lénifiantes de l'industrie cinématographique mondiale. Je continue donc sur mon idée de vous présenter des films peu connus car je pense toujours que vous préférez découvrir plutôt qu'avoir mon avis sur des films célèbres. Il est à noter que je tente de faire de même au niveau des oeuvres littéraires que je présente. Il m'arrivera néanmoins de présenter des monuments car les références restent... des références, justement.

Sur le plan de ma production textuelle, je suis toujours en train de rédiger ma nouvelle au sujet des inconvénients liés à l'immortalité. Partie d'une idée de l'inimitable Romain, exploitée bien moins intensément que prévu, elle est en train de passer de la novelette à la nouvelle, dépassant momentanément de beaucoup mes habituels 25'000 caractères. Elle devrait finalement en faire grosso modo le double, ce qui permettra à certains de mes lecteurs d'arriver en avance chez leur dentiste, histoire de la savourer, dans le plus pur style clope du condamné, avant d'entrer, tremblant, dans la chambre de torture rutilante. Comme d'habitude, il m'est très difficile de donner un délai fiable pour la sortie de cette nouvelle, mon activité d'écrire étant par nature peu régulière en termes de productivité. Disons deux semaines, histoire que les inconditionnels de l'agenda puissent ajouter une entrée à leur planning surbooké...

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

samedi 29 octobre 2011

AV

Bonjour à toutes et à tous !

Contrairement à ce que j'avais annoncé, je ne présenterai pas "Bladerunner", puisque trop connu bien qu'ancien, pour me concentrer sur des films ayant eu un moins grand impact dans le grand public. En effet, mon but est plutôt de vous faire découvrir des documents audiovisuels que vous ne connaîtriez pas encore. J'ai donc choisi "Cargo" d'Ivan Engler.

"Cargo" est un film de SF suisse de 2009. An 2267, la planète Terre est quasiment inhabitable, surpolluée à la suite de nos excès irresponsables. L'humanité doit se réfugier dans l'espace, entassée dans des stations spatiales gigantesques et vulnérables aux épidémies. Un seul espoir : Rhéa. Rhéa est une planète de type terrestre encore vierge. On peut soit payer soit gagner à une loterie pour rejoindre définitivement ce nouvel Eden. Parallèlement, une organisation terroriste, les "Luddites", luttent contre l'omniprésence de la machine et l'éloignement progressif de l'homme face à sa propre biologie.

Le film suit le parcours du docteur Laura Portmann (Anna Katharina Schwabroh) qui, pour rejoindre sa soeur et sa famille sur Rhéa, s'engage comme médecin sur un cargo à destination d'une station lointaine pour une période de service de huit ans. Le vaisseau-cargo embarque un équipage de sept personnes qui se relaieront pour surveiller les systèmes du navire durant ce long périple. Le vaisseau transporte du matériel pour la station 42, dernière escale avant Alpha du Centaure, espoir de futures colonisations pour l'humanité.

Pendant son quart, le docteur Portmann sent une présence dans le vaisseau : elle décide de réveiller l'équipage, conformément à la procédure. S'ensuivent une série de pannes et d'accidents, la mort du commandant et la découverte de la vraie nature de la cargaison. Puis, bien évidemment, la découverte de la vérité !


Je pense objectivement que le film n'a pas un scénario extrêmement original, néanmoins il est très bien maîtrisé donc intelligemment utilisé. Le rythme, lent, rajoute beaucoup à la lourdeur de l'ambiance type huis-clos et aux imposants décors. Car c'est là que le film est sublime : dans ses images. Il est rare que j'aie vu un film jouant autant bien de moyens simples pour évoquer une telle impression de gigantisme. Tout est vaste, sombre et inquiétant. Les effets spéciaux sont particulièrement bons et sobres. Au lieu d'essayer de nous en mettre plein la vue, défaut récurrent dans beaucoup de films de SF, les jeux de lumières restreints ne mettent en avant qu'une faible portion de l'écran, accentuant la grandeur subjective des décors, la vitesse et l'aspect inquiétant de cette énorme carcasse de métal.

L'autre avantage est que le film n'a pas de scène de violence, ce qui le rend regardable par presque tous les publics. Il faut opposer à ce jugement le niveau de difficulté du scénario, comparable à "Matrix", qui demande quand même un âge minimum. En résumé, un bon film agréable à regarder et, si certains de mes élèves me lisent, une excellent façon de travailler votre allemand puisque la version VO est en bon allemand bien propre (maintenant, je pourrais dire que je l'ai écrit, pas seulement dit).

N'oubliez pas de lire !

dimanche 23 octobre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé dans un précédent message, je vais vous présenter, avec un immense plaisir puisque son auteur est dans mon Top 3 personnel, "La cité des permutants" de Greg Egan, dont voilà le seul et unique site officiel et la seule présence sur le web.

Comme il écrit de l'excellente Hard SF, c'est-à-dire de la SF soutenue par un univers technologique, voire mystique pour certains auteurs, extrêmement précis et justifié par des théories scientifiques élaborées et vraisemblables, il convient de situer l'auteur. Titulaire d'un diplôme universitaire en mathématiques, Greg Egan travaille ensuite dans l'informatique et écrit. L'auteur est donc compétent dans les domaines qu'il aborde dans cet excellent livre. J'y reviendrais dans quelques lignes car il est nécessaire que je plante le décor avant d'en arriver au plat de résistance, si j'ose m'exprimer ainsi (en fait, je me permettrais d'oser puisque, en fin de compte, c'est mon blog et en le consultant, vous acceptez implicitement de supporter mes bavardages décousus et mes bizarres circonvolutions intellectuelles...ok, je reprends le fil).

Le récit prend place dans un futur proche, entre 2045 et 2051 pour être précis. Le monde ressemble à ce qu'on connaît, à l'exception du fait que les gens peuvent enregistrer puis exécuter une version informatique d'eux-mêmes, que ce soit avant ou après la mort de l'original. On peut donc actualiser le programme en fonction des changements qui nous affectent. J'entends déjà les gens dotés d'un esprit un tant soit peu scientifique hurler : impossible, la puissance de calcul nécessaire à nous simuler serait tellement colossale que même un bond de quarante ans dans le futur n'y suffirait pas !

Ceux qui ont lu mon livre savent que je propose une solution à ce problème, essentiellement liée au stockage et aux propriétés de la machine qui fait tourner la numérisation. Greg Egan est plus subtil. Contrairement à moi, il ne numérise pas l'ensemble des cellules et des processus liés à la vie biologique, mais seulement un modèle informatiquement cohérent régi par des règles simplifiées. De plus, les machines ne calculent que ce qui est nécessaire à la copie pour qu'elle pense expérimenter la réalité, en fait une sorte d'optimisation permanente de l'utilisation des ressources. Il choisit donc la simulation vraisemblable et non pas une simulation biologique totale de la copie et de son environnement ainsi que de leurs interactions. Cela permet donc effectivement d'exécuter réellement ces programmes.

Ces copies sont chères à mettre en route et à fonctionner sans ralentissement notable, comprenez qu'elles "vivent" à des rythmes inférieurs aux nôtres. Elles ne sont donc utilisées que par de riches hommes d'affaire qui peuvent ainsi diriger leurs compagnies ad eternam. Paul Durham, agent d'assurance ayant expérimenté sur les copies, devenu fou puis soigné, propose à ces richissimes personnes une offre qu'il ne peuvent pas refuser : l'immortalité assurée. En effet, les copies ne sont pas à l'abri à très long terme dans la mesure où on ne sait jamais ce qui pourra se produire dans quelques siècles voire plus. Pour rajouter à la richesse de la trame, Greg Egan rajoute à tout ce petit monde une femme passionnée d'automates cellulaires, Maria, plus deux passagers clandestins tout deux copie.

Pour revenir aux thématiques techniques abordées, il y a deux concepts importants : l'automate cellulaire et la théorie de la poussière. Pour l'automate cellulaire, il convient de remonter à John von Neumann et à ces travaux fondateurs dans le domaine, plus de détails pour les curieux matheux . Pour les autres, l'idée de base est de pouvoir créer un automate capable de se recréer lui-même, la copie pouvant donc créer une copie à l'infini, et de se mettre en réseau. En gros, de former une chaîne pouvant développer une puissance de calcul, ou d'action, impressionnante. Le problème sous-jacent de cette théorie est que, plus la chaîne s'allonge, plus le temps de transmission des données entre les deux extrêmes de la chaîne devient important, faisant en fin de compte perdre en efficacité au système. La solution semble évidente, il suffit de rajouter des dimensions pour pallier au problème, ou tout du moins pour le freiner. Greg Egan imagine donc une généralisation à n-dimensions de la théorie de von Neumann, découverte vers 2010 par un certain Chiang.

Pour la théorie de la poussière, mieux vaut que je laisse parler l'auteur, qui le fait largement mieux que je n'en serais capable. "Donc, si j'installe un automate cellulaire dans une configuration jardin d'Eden et que je le fasse tourner pendant quelques trillions de cycles d'horloge puis le désactive, la structure continuera à se trouver dans la poussière, [...], séparée de ce monde mais s'écoulant toujours sans aucune ambiguïté à partir de cet état initial." Une configuration jardin d'Eden est une configuration implantée artificiellement, dans le sens qu'elle ne peut pas être un produit du système, à partir duquel un système peut évoluer (la référence semble assez évidente comme exemple).

Le livre est passionnant, d'une part par la pertinence prophétique des théories de l'auteur, et d'autre part par la poignante dimension humaine qu'il arrive à injecter dans son roman. Pour ceux qui craignent de ne pas pouvoir supporter pendant tout un roman cette avalanche technomystique, vous pourrez aussi le savourez de manière moins soutenue dans deux excellents recueils de nouvelle, "Axiomatique" et "Océanique". Dans la même veine et avec un intensité comparable à Vernor Vinge, dont j'ai présenté deux romans, "Un feu sur l'abîme" et "Rainbows End, Greg Egan nous prouve que la Hard SF peut être autant émouvante que poussant à la réflexion sur notre avenir technologique et son potentiel. Mais aussi sur notre éthique et notre rapport à la vie. Surtout.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

jeudi 20 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Actuellement, je suis en plein travail sur une nouvelle SF dans le thème, puisque j'y aborde l'immortalité et les inconvénients qui y sont liés, mais plutôt médiévale dans la forme, puisque l'essentiel de l'action se passe aux temps des croisades et à la Renaissance.

Mon second roman n'en finit pas de s'affiner et je ne perds toujours pas espoir de pouvoir envoyer mon manuscrit d'ici à la fin de l'année. Comme toujours, je passe plus de temps à corriger et à optimiser que pour l'écriture à proprement parler.

Vous avez pu constater une nouvelle rubrique dans le panneau latéral droit qui se nomme "Sites utiles", l'idée étant de partager mes bons plans avec des écrivains de passage sur ce blog. Il va de soi que toute proposition est la bienvenue.

Au niveau des présentations de roman, c'est "La cité des permutants" du génial Greg Egan que je me ferais un plaisir de vous présenter prochainement. Sur le plan des films, c'est "Blade Runner" dont je ferais un bref commentaire prochainement.

Sur ce bonnes lectures à toutes et à tous !

lundi 17 octobre 2011

AV

Bonjour à toutes et à tous!

Poursuivant dans mes présentations de films SF, c'est cette fois sur "Immortel : ad vitam" d'Enki Bilal que je me pencherais.

En préambule, il convient de dire, pour ceux qui ne le sauraient pas, que ce film est une adaptation très libre d'une trilogie mythique de BD, oeuvre du même Enki Bilal dont ce n'est pas, et de loin, le seul travail dans ce difficile domaine. On lui doit, plus récemment, la quadrilogie du "Sommeil du monstre", ou, plus anciennement, "Les phalanges de l'Ordre Noir" ou d'autres récits politisés et vivement critiques. Pour en revenir au sujet, la trilogie Nikopol suis le destin de Nikopol (sans blague), évadé malgré lui et, à son grand dam, partie prenante des projets tarabiscotés d'Horus, dieu de l'ancienne Egypte prochainement condamné pour ses excès par les siens.

S'il n'est pas nécessaire d'avoir lu les BD pour apprécier le film, il va sans dire qu'on l'apprécie différemment. Le film reprend principalement "La foire aux immortels" en déplaçant le cadre de Paris à New York et le personnage principal de "La femme piège", Jill Bioskop, en conservant le physique de la belle mais en modifiant complètement son origine et son destin.

Le film suit donc deux personnages, d'un côté Jill, de l'autre Nikopol et Horus. L'intrigue se déroule dans un New York futuriste, dictature soutenue par Eugenics, une gigantesque compagnie oeuvrant, entre autres, dans le génie génétique. La cité est peuplée d'hommes à divers états de modification corporelle et d'extraterrestres variés. Une anomalie s'est développée dans Central Park, sorte de maelström d'espace-temps, qui a forcé les autorités à isoler la zone et à la déclarer interdite. Tous les êtres qui y pénètrent tout de même se font expulser à l'état de squelette.

Jill (Linda Hardy), immigrante, se fait rafler par Eugenics, sa peau bleue et ses cheveux étranges en font une curiosité génétique. Une psychologue indépendante (Charlotte Rampling) la "rachète" pour l'étudier dans des conditions plus humaines et essaie de comprendre le phénomène biologique inexplicable qu'est Jill.

Parallèlement, Horus, dieu de l'ancienne Egypte, se voit condamner par Anubis et Bastet pour ses crimes indicibles. Horus demande, comme dernière volonté, de pouvoir séjourner sept jours parmi les hommes qu'il a contribué à créer. Sa requête se voit exaucée et son plan pour survivre se met en route.

Nikopol (Thomas Kretschmann) est prisonnier, congelé dans une cryo-prison depuis des décennies, quand un problème technique survient, qui le libère en lui coûtant tout de même une jambe, brisée pendant qu'il était encore congelé. Horus, qui éprouve des difficultés à trouver un véhicule corporel adéquat dans un monde où les humains sont tous soit modifiés soit malades, récupère Nikopol, anachronisme biologique. Nikopol devient son véhicule et l'aide, plus ou moins volontairement, à réaliser son plan. Durant son emprisonnement, son nom est devenu synonyme de révolte et de rébellion face à l'ordre établi.

Enki Bilal réalise un film aux décors somptueux, complètement synthétiques. La ville est d'une verticalité renversante, tout est aérien, en permanence. La technologie est, comme toujours chez cet auteur, baroque, dans le sens où elle est futuriste dans ses capacités mais d'une obsolète élégance surchargée. Ainsi les voitures volent mais doivent suivre des caténaires, les taxis sont de vieux taxis new-yorkais...

Je n'ai pas cité innocemment les acteurs car ces trois-là sont les seuls acteurs réels du film, tous les autres étant eux aussi synthétiques. C'est ce côté tout synthétique qui avait déplu à l'époque où le film était sorti et je pense que le problème ne devrait pas se poser pour le public de moins de quarante ans, maintenant habitué à ce type d'expédient. Mais à l'époque, c'était un choix graphique, pas une question de gros sous et il faut souligner le travail de titan que cela a dû être de monter ce film en son temps.

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié car "Immortel" parvient réellement à nous faire voyager dans un futur hypothétique. L'ambiance est résolument autre, peuplée de travers bien récents. La différence de point de vue entre un dieu et l'homme est aussi croustillante. Le peu de vie organique de la distribution renforce l'impression d'un monde factice où le corps n'est qu'une machine customisable. On ressent même une forte dimension philosophique dans la fin du film, ce qui rajoute encore à cette ambiance par la dichotomie révélation/artificialité.

Ce film est regardable par chacun (quelques scènes de sexe tout de même) bien que je conseillerais aussi de lire les BD qu'on trouve facilement en bibliothèque.

N'oubliez pas de lire !

mercredi 12 octobre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Comme annoncé précédemment, je vous donne avec plaisir une présenation du livre d'Ivan Efremov : "La nébuleuse d'Andromède". Edité à Moscou en 1959, l'auteur est donc un citoyen de l'URSS, géologue et paléontologue en plus d'écrivain. Pour une biographie plus complète de l'auteur, c'est par-là (en anglais car c'est la meilleure que j'aie trouvée).

Il va de soi, au vu de l'origine et de l'époque, que l'auteur nous donnera une vision communiste de l'avenir, ou du moins un avenir potentiel du communisme. Une fois n'est pas coutume dans la SF, l'auteur nous présente un avenir utopique. L'humanité est belle, vit en harmonie, les humains sont intelligents et règlent leurs problèmes de manière communautaire. Inévitablement, les personnages sont beaux et valeureux, dotés de ce courage qui font les héros antiques.

La narration est celle d'un roman fleuve, c'est-à-dire que l'on suit plusieurs personnages séparément et que leur destin se croise. On suit donc "La Tantra", vaisseau galactique en retour de mission infructueuse de sauvetage qui, par suite d'une imprudence de l'équipage, se trouve contraint de se poser sur une planète orbitant autour d'une étoile de classe E hypermassive. Ils y trouvent un vieux vaisseau terrien disparu depuis des siècles, ce qui leur sauvera la vie puisque l'équipage pourra ponctionner le carburant de l'épave. Puis ils trouvent un autre vaisseau, étranger et inconnu. En essayant de le visiter (avec la finesse habituelle de l'humanité, donc à coup de dynamite), ils se heurtent à une forme de vie extraterrestre, sans pouvoir déterminer si cette race est native de la planète ou des naufragés. La rencontre se passe forcément mal mais aucun mort n'est à déplorer.

D'autre part, on suit la femme du commandant du vaisseau, archéologue restée sur Terre, et de ses amis et amant. Le rôle de ces personnages-là est de poser et d'illustrer le développement sociétal de la Terre.

Le récit est plutôt décousu et il est difficile de savoir si l'auteur veut nous convaincre du bien-fondé de son idéologie ou s'il veut raconter une histoire. Là où Ivan Efremov prend des risques, c'est bien dans les technologies et les sciences. Il se permet courageusement d'inventer des concepts mathématiques et scientifiques extrêmement astucieux. Bien que la plupart de ces idées, notamment celle concernant la mécanique quantique (il cite Planck et Heisenberg à plusieurs reprises), soient actuellement un peu dépassées, il fait tout de même preuve d'intuitions étonnantes pour l'époque, sans compter que cette branche de la physique en était à ses balbutiements et que j'estime que, encore maintenant, elle n'est de loin pas accessible à tous, même au niveau conceptuel. Au niveau technologique, Ivan Efremov imagine un monde nucléaire et artificiel où l'homme maîtrise sa planète, ce qui reste un concept lié au communisme de l'URSS. N'oublions pas que le concept d'écologie n'existe pas vraiment au niveau du grand public à ce moment-là.

Mais, plus que tout, c'est le devenir de l'Humain qui est intéressant. L'Humanité est devenue intelligente, réfléchie. Aucune décision d'importance ne peut être prise sans l'accord de la majorité et elles doivent profiter à tous. L'accent mis sur les sentiments amoureux est contradictoire, dans la mesure où l'amour de ce futur est régi par la raison et la logique, ainsi un couple se défait pour en produire deux autres, plus viables sur le long terme.

Pour être honnête, j'ai trouvé le scénario linéaire et peu intéressant. Ce qui fait la force de ce récit, c'est la vision du futur de l'auteur en regard du monde dans lequel il vivait. On sent l'arrogance scientifique des années quarante-cinquante (quoique des "magazines" se le permettent encore) où l'on avait encore le culot de croire que l'Univers serait parfaitement compris et expliqué dans les années à venir. La société utopique qu'il génère ressemble étonnamment à une communauté de hippies (qui pourtant n'existaient pas encore). Plus intéressant encore est le jugement des archéologues du futur à notre propos : nous sommes des bêtes enragées uniquement motivées par nos passions au détriment des autres et de la planète. L'avenir, notre présent, donne donc clairement raison à l'auteur.

Ce livre est à réserver aux personnes qui supportent facilement les textes de cette époque et qui cherchent à comprendre le regard de l'autre à travers leurs écrits. De plus, il donne un éclairage russe à un courant littéraire usuellement connu comme américain à cette époque (amusant de le comparer à Dick...). Au passage, il fait partie des choix d'une collection SF de 1970 qui publia en Français les dix meilleurs romans de la SF mondiale, d'autres romans de cette collection seront donc présentés dans ces pages puisque j'en ai presque trouvé l'intégralité en bouquinerie.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

dimanche 9 octobre 2011

AV


Bonjour à toutes et à tous !

En cette journée helvétique pluvieuse voire neigeuse, quoi de mieux que se vautrer devant sa cheminée en compagnie d'un bon bouquin ? Probablement rien, effectivement, mais il est tout de même fort agréable et délassant de se prélasser devant son petit écran devant un bon film de SF.

Cette fois-ci, je vais vous présenter "Dante 01, Tentez l'expérience" de Marc Caro. Pour ceux qui ont comme moi une mauvaise mémoire des noms, Marc Caro et son complice Jean-Pierre Jeunet sont les réalisateurs de "Delicatessen", "La cité des enfants perdus" et "Alien IV". Cinéastes d'ambiance étranges et de scénarios léchés et loufoques, Marc Caro s'avère au moins aussi exceptionnel en solo qu'avec son vieux complice, qui a lui-même réalisé "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" et "Un long dimanche de fiançailles". Les amateurs reconnaîtront de nombreuses personnes dans la distribution, même si tous les acteurs sont rasés.

"Dante 01" est une prison-laboratoire orbitant autour de Dante, une planète tellurique jeune à l'activité géologique très active (en gros, une masse d'éruptions volcaniques ininterrompues). Elle appartient à une entreprise qui teste ses nouvelles technologies sur des prisonniers volontaires. La situation à bord est un double huis clos. D'un côté, les prisonniers, où César (Dominique Pinon) a pris l'ascendant sur ses codétenus. De l'autre, les gardiens, dominés par Perséphone (Simona Maicanescu), une psychologue brillante d'une froideur apparente glaçante, qui sera aussi la narratrice de cette histoire. L'architecture du film en chapitre rebondit sur le titre, chaque chapitre s'enfonçant de plus en plus dans l'enfer, cercle après cercle.

Le début du film amène directement les agents déstabilisateurs. Tout d'abord une nouvelle psychologue sans scrupules, Elisa (Lin Dan Pham) qui vient tester des nanomachines censées modifier l'ADN des prisonniers pour supprimer leurs comportements déviants. Rapidement, elle met tous les employés à sa botte et met Perséphone sur la touche. Puis un prisonnier (Lambert Wilson), en réalité un homme que l'on a retrouvé dans un vaisseau égaré dans l'espace lointain, seul survivant de son appareil, couvert de sang et ayant perdu l'usage de la parole. Les prisonniers le surnomment Saint-Georges à cause d'un tatouage représentant saint Georges terrassant le dragon qui orne son épaule droite. Ces deux personnes vont changer l'alchimie subtile et fragile de la station pénitentiaire, et chacun modifiera profondément les deux groupes. Il semble en effet que Saint-Georges ait changé pendant son naufrage sidéral, devenant plus qu'un humain.

Les choses s'emballent rapidement, les effets d'ambiance oppressants accentuant le rythme effréné de l'action. La dimension spirituelle est fortement marquée, pas totalement compréhensible, conservant sa partie de mystère. Les prisonniers se liguent autour de Saint-Georges, nouveau messie immortel capable de tout guérir, même la mort. Il va de soi qu'il ira jusqu'au sacrifice, une fin incroyable évoquant immanquablement les sauts de Prigogine.

Sur un scénario de Marc Caro et Pierre Bordage, l'un des plus prolifiques auteurs de SF en Français, ce film est à la fois dense et prenant. L'image est à dominante jaune et bleue à l'intérieur, rouge et noir à l'extérieur, poursuivant ainsi le travail de ce réalisateur. L'ambiance est oppressante et parfaitement rendue à la fois par le jeu exceptionnel des acteurs et la qualité des prises de vue, jonglant habilement entre les images de vidéosurveillance et les plans ultraléchés. Concernant ces premiers, nous avons droit à des acteurs à gueule. J'entends par-là des vrais acteurs (qui jouent vraiment, pas qui montre leur silhouette issue du travail d'un chirurgien esthétique hors de prix) qui ont une vraie expressivité physique. On est rapidement entraîné dans le tourbillon des événements, impliqué dans cette situation surnaturelle, jusqu'à l'apothéose de la fin, véritable feu d'artifice.

Vous avez dû comprendre que j'ai adoré. Il est rare d'avoir la possibilité de voir un bon film récent (2008), a fortiori un film de SF, même français. Le fait que l'on puisse voir le film en VO dans notre langue maternelle nous permet de mieux apprécier le travail incroyable des acteurs et l'utilisation des rythmes dans les dialogues soutenant les images. Le film comporte quelques scènes de violences mais c'est surtout l'ambiance angoissante qui le rendrait inadapté à des enfants, sans compter qu'ils ne comprendraient probablement pas la fin. Dans tous les cas un très bon moment de SF.

Bonne projection et n'oubliez pas de lire !

samedi 8 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Pour une fois, le blog perdra de son aspect auto-satisfaction pour vous parler de mon frère. Actuellement, il est parti pour un voyage de près de trois mois en Asie. Je lui souhaite bien évidemment un magnifique voyage, empli d'expériences qui épanouiront encore plus son regard sur le monde, la vie et le reste, pour paraphraser Douglas Adams.

Comme il a la générosité de nous faire partager des instantanés de ses explorations, j'ai rajouté son album online dans la section "Sites sympathiques" sur le panneau latéral droit de ce blog. Offrez-vous donc un brin d'évasion par procuration, à l'abri de la chaleur moite et des moustiques sanguinaires ! Néanmoins, ne soyez pas trop pressés, il n'est parti qu'hier vers midi et il devrait se poser dans l'après-midi, donc les premières photos devront arriver d'ici quelques jours. Ayez ainsi la bonté de le laisser récupérer du jetlag... Pour les accros inconditionnels du click, vous le trouverez ici immédiatement.




De plus, il lui sera difficile d'assurer un suivi continu de cet album, puisque cela dépendra aussi tout bêtement des facilités technologiques à disposition dans les lieux où il se trouvera. Si, si, les geeks, il existe effectivement dans le monde que l'on ne voit pas à travers un écran des lieux où l'on ne peut pas se connecter à un réseau télécom, je jure que c'est la vérité. Peut-être qu'il y a des vidéos sur Youtube qui exposent cet inconcevable manquement à l'ordre naturel des choses.

Quant à ce blog, deux articles sont en préparation. Le premier sera consacré à "Dante 01" de Marc Caro, de mon point de vue un mythique bien que peu connu film de SF. Le second présentera une incroyable découverte que j'ai fait dans une bouquinerie : "La nébuleuse d'Andromède" d'Ivan Efremov.

D'ici-là, bon voyage, Fabrice !

mercredi 5 octobre 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Vous avez pu constater quelques changements sur le blog. Dans les sites sympathiques, vous pouvez voir de nouveaux arrivés et un départ momentané.

Commençons par le départ : le blog Vaste Bêtise. En fait, sa rédactrice n'a plus le temps de le gérer et a donc laissé ses chroniques et nouvelles de côté pour un moment. Mais, pas de panique, je le remettrai dès que son excellente production littéraire reprendra.

Pour les nouveaux venus, le blog de "Wesaid", groupe de rock bien pulsant, à défaut de bien pensant. Le groupe est quasi nouveau-né et porte bien haut le flambeau du rock fribourgeois. Ensuite, et je suis un peu impardonnable de ne pas l'avoir mis plus tôt, le site de "BM Photo", un couple d'amis photographes qui sillonnent le monde et nous livre leur regard élégant. Si vous êtes plutôt Facebook, vous les trouverez aussi ici.

Vous avez remarqué ma nouvelle rubrique audiovisuelle. Je me suis en effet dit que la plupart de mes lecteurs devaient eux aussi voir des films (sans déconner) et j'ai donc décidé de vous faire part de mes coups de coeur et mes coups de gueule.

Dans les errata, je me suis rendu compte que le lien vous menant à ma nouvelle "Infiltration" était non fonctionnel. Pour les fondus du pourquoi, je pense que j'ai dû effacer une partie de la commande html de lien en laissant la commande d'affichage. Dans tous les cas et pour tous, le lien est désormais réparé et la nouvelle accessible ici.

Sur le plan de l'écriture, je travaille toujours à achever mon deuxième roman avant les calendes grecques. Je suis accessoirement en projet sur deux nouvelles, l'une concernant Samuel Forster, un hacker héros de mon deuxième roman, et l'autre au sujet de l'immortalité et du voyage dans le temps.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 4 octobre 2011

AV


Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous pouvez le constater, je me lance dans une nouvelle rubrique sur mon blog. Constatant que, assez rarement, je regarde des films, des séries voire même des musiques s'insérant dans mon domaine de prédilection. Je me suis donc dit que je pouvais vous faire partager mes découvertes. Comme d'habitude, je ne suis pas vraiment l'actualité...

Le premier film que j'aimerais vous présenter est "A scanner darkly" de Richard Linklater, tiré du mythique roman de Philip Kindred Dick "Substance mort". Au niveau des acteurs, on retrouve une pléthore de noms connus : Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr, Woody Harrelson...

Pour celles et ceux qui n'auraient pas lu le roman, ce film raconte l'histoire d'un agent futuriste d'un équivalent de la DEA (la police des stupéfiants américaine) qui s'infiltre dans un réseau pour les faire tomber. Comme cet agent est sous couverture et que la confiance ne règne pas, il est recouvert d'une tenue qui le rend méconnaissable dès qu'il est en dehors de son infiltration. Malheureusement, il consomme de la drogue pour renforcer sa crédibilité. Associée à son camouflage, la consommation de cette drogue, la Substance Mort, lui fait oublier sa véritable identité. A un tel point que, quand son patron lui demande d'enquêter sur lui-même, il subit une forme de dissociation de l'esprit en devenant deux personnes séparées.

Le film, quatrième adaptation de ce génial auteur, exploite le livre habilement et on peut suivre cette dissociation d'un point de vue totalement extérieur dans la mesure où une identification aux personnages est quasi impossible. Mais là où le réalisateur a un trait de génie, c'est en choisissant un traitement d'image entre le film et l'animation. Il suffit de jeter un oeil à l'image que j'ai insérée pour se faire une idée de cette étonnante présentation. L'effet est surprenant mais reproduit à mon avis extrêmement bien l'idée d'un monde fantasmatique induit par la Substance Mort.

Sans être le film du siècle, "A scanner darkly" est fidèle à l'esprit de Dick et demeure un excellent moment de détente. J'ai personnellement beaucoup apprécié cette adaptation, particulièrement après avoir vu l'horrible "Minority report", tiré d'une longue nouvelle géniale transformée en gigantesque pub Pepsi. Je le conseille donc à tous, au moins pour apprécier son surprenant graphisme.

Sur ce, euh, bon visionnages à toutes et à tous, et n'oubliez pas de lire !

vendredi 30 septembre 2011

SF chronicles


Bonjour à toutes et à tous !

Voilà bien longtemps que je n'ai plus réalimenté ce blog. J'étais en plein déménagement dans un premier temps. Mon nouveau cadre de vie me plaît beaucoup et sera donc un gage de productivité littéraire accrue. Et je dois aussi avouer que je me suis permis de passer une semaine tranquille après cet éprouvant déménagement.

Cela étant, j'ai tout de même eu le temps de lire durant mes trajets ferroviaires. Je viens de terminer "Un feu sur l'abîme" de Vernor Vinge, dont j'avais déjà présenté un des romans, "Rainbows End". Si "Rainbows End" évoquait l'univers technologique très travaillé de Greg Egan, le second, qui s'avère être le début d'une série, amène une dimension spatiale impressionnante et agréablement inattendue.

C'est donc un space-opera en apparence traditionnel que nous offre cette fois-ci Vernor Vinge, pour mon plus grand plaisir. Il convient d'ailleurs d'expliquer un peu le cadre de cette aventure, ce qui démontrera, s'il est nécessaire, du souci du détail de l'auteur. L'histoire se déroule dans notre galaxie, dans un futur lointain. La galaxie est peuplée de nombreuses formes de vie sentientes dont l'humanité. L'auteur nous dit que plus l'on s'approche du centre galactique, plus la gravité augmente, ce qui influe sur les technologies et, dans une large mesure, sur le développement des races. Plus l'on s'éloigne du noyau galactique, plus les choses deviennent simples et efficientes.

L'univers planté, Vernor Vinge le peuple, et de quelle magistrale manière ! Comme de coutume, il a développé les races qu'il évoque avec un souci de réalisme impressionnant. Ainsi les Cavaliers, race végétale qu'une énigmatique Puissance a équipés d'un "skrode", un engin mécanisé qui leur a donné la liberté de mouvement. Mais elles restent des plantes et leur déficit d'attention a poussé leur bienfaiteur à doter les "skrodes" de fonctionnalité permettant de minimiser les problèmes de mémoire à court terme de cette race, avec plus ou moins de réussite. Ou encore les Dards, sorte de chiens multipathes vivant en meutes dans un monde médiéval. Chaque individualité dard est composée de plusieurs unités qui agissent comme une seule entité, comme les doigts d'une main. Et les Puissances, bien sûr. Les Puissances sont des races ou des individus ayant atteint la transcendance, ce qui fait immanquablement penser à la théorie du point Oméga de Teilhardt de Chardin. L'auteur évite de les nommer dieux, même si l'analogie reste correcte à notre échelle. Bref, une fois de plus, Vernor Vinge génère un monde cohérent, parfaitement réfléchi et intrinsèquement passionnant.

Pour en venir au récit, l'humanité a réveillé une ancienne Puissance qui se met à contrôler et à détruire l'Univers. Heureusement, un vaisseau humain est parvenu à s'enfuir de l'épicentre de la catastrophe, emportant à son insu la seule chose capable de vaincre cette menace. Une expédition est organisée, motivée par une Puissance, pour récupérer cette chose et, accessoirement, sauver les deux récents orphelins et cent cinquante enfants cryogénisés. Evidemment, tout ne se passe pas sans accroc...

L'auteur choisit le style du roman fleuve. On suit donc séparément Jefri et Johanna, seuls survivants du crash du fameux vaisseau humain, Ravna, Pham, "Tige Verte" et "Coquille Bleue", deux Humains et deux Cavaliers partis récupérer le moyen de battre cette menace, plus quelques Dards sur le monde médiéval où le vaisseau s'est écrasé. L'altérité des races est incroyablement bien conçue et, même en temps que lecteur, on ne peut cerner parfaitement les comportements des non-Humains.

Le livre aborde les thèmes chers au space-opera : le multispécisme, les différences de développement, l'aspect divin et le sauvetage de l'univers connu. Si l'ensemble semble manquer d'originalité, il n'en est rien. Le monde est tellement réaliste que les thématiques en font partie intégrante. L'écriture est prenante et maîtrisée, parfaitement fluide.

Ce livre est d'une très grande qualité et, depuis "Hypérion" et "Endymion" de Dan Simmons, je n'avais jamais lu un récit d'une telle richesse et d'un tel intérêt dans ce domaine de la SF. Je rajouterais que le réalisme du cadre scientifique est moins handicapant que dans "Rainbows End" pour les personnes qui n'auraient pas une grande connaissance de ces domaines. L'accent est plutôt mis dans la potentiel de réalité des races présentées. Je le conseillerais donc à tous dans la mesure où c'est tout simplement une belle aventure à lire.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

jeudi 1 septembre 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Profitant de mes vacances et du stock quasi-inépuisable de la BCU, je me suis plongé voire replongé dans le cycle d'Elric de Moorcock et on m'a fait lire Chronic City de Jonathan Lethem.

Quant aux premiers, il convient peut-être, pour les lectrices et lecteurs qui ne connaîtraient pas du tout Moorcock, de resituer son oeuvre. Moorcock a écrit quatre cycles, à la fois bien distincts et interpénétrés : le cycles d'Elric, d'Hawkmoon, de Corum et d'Erekosë. Chacun de ces héros est une facette du Champion Eternel, serviteur de la Balance Cosmique.

Moorcock a imaginé un univers multiple où les différents potentiels influent sur la totalité du multivers. Dans le multivers, Loi et Chaos s'affrontent sans fin. La vision de Moorcock implique que le Chaos est hypercréatif mais trop instable pour qu'une structure cohérente puisse perdurer et la Loi est parfaite, si parfaite qu'elle en est immuable. La Balance cosmique équilibre le tout et se sert, comme les deux autres pouvoirs, de représentants pour défendre sa cause puisqu'ils ne peuvent intervenir directement.

Elric est le roi-sorcier de Melnibonée, peuple cruel et raffiné régnant sur le monde connu depuis dix mille années. Elric est un albinos et ne souhaite pas régner. Il est fasciné par les Jeunes Royaumes, anciens vassaux en passe de devenir l'avenir de ce monde.

Suite à de rocambolesques aventures, il détruit son propre royaume, assassine involontairement Cymoril, sa cousine bien-aimée, et hérite de Stormbringer, mythique épée forgée en des temps oubliés. Il passera le reste de sa vie à lutter contre son destin.

A l'instar du Seigneur des Anneaux, le cycle d'Elric est un prologue à notre monde. Moorcock nous fait passer d'une époque de magie à une époque de techonologie. Elric doit d'ailleurs se battre contre Roland pour récupérer son cor, dont la troisième sonnerie sera le glas de cet ancien monde.

Moorcock a un style bien lourd, que vous apprécierez comme moi si vous aimez les épopées, suranné. La fin est somptueuse à tout point de vue mais force est d'admettre qu'elle aurait pu advenir plus tôt. A dévorer pour les fans de fantasy, à feuilleter auparavant pour les autres.

Dans un tout autre genre, Chronic City fait partie des livres sur lequel je n'ai pas réellement d'avis. La traduction est agréable à lire, New York féérique est originale, les personnages attirants et complets...Malgré tout, je n'ai pas été renversé par l'écriture (comme on me l'avait promis) et j'ai eu cette désagréable impression de, comme presque tous les livres concernant New York ou des New Yorkais) regarder un épisodes de Friends en y ajoutant des drogues diverses. A vous de vous faire un avis !

Accessoirement, je continue de me documenter tous azimuts.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 16 août 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Quelques mots pour vous tenir au courant de mes activités récentes au niveau écriture. Dans un premier temps, je continue mon troisième roman, manuscrit serait plus exact, et j'optimise le manuscrit du deuxième. Le deuxième devrait être fini dans trois à quatre mois. Je ne fais pas de pronostic pour le troisième et dernier de ma trilogie. D'une part car il est difficile d'estimer précisément et d'autre part car les choix que j'ai fait au niveau technique complexifient considérablement son écriture.

Le second roman sera une suite lointaine du premier où des représentants de l'espèce humaine embarquée par les extraterrestres reviendra sur Terre et sera impliquée dans des évènements qui provoqueront la fin de notre vie actuelle. Le décor géopolitique est déjà familier à ceux qui ont lu mes nouvelles "La promesse", "Le dernier vol" et "Infiltration". Si vous ne les avez pas encore lues, cliquez frénétiquement sur les lignes idoines de la section "Nouvelles à télécharger".

Le troisième, qui se nomme provisoirement "La mort dans l'âme", sera plus une réflexion philosophique sur la finalité ou la non-finalité de l'humanité dans une perspective universelle et essentiellement multiraciale. Un des choix problématiques précédemment évoqués est que j'ai choisi d'écrire à la première personne, ce qui a des conséquences grammaticale et temporelle irritantes. J'avais déjà tenté ce type de narration dans ma nouvelle "La sélection" et j'avais déjà pu constater ce type de difficultés.

Au niveau de mes nouvelles, la cadence va un peu ralentir. on but actuel est de profiter de mon temps et d'avancer un maximum dans mes romans. Il va de soit que je tenterais tout de même d'en écrire l'une ou l'autre.

Dans tous les cas, bonnes lectures à toutes et à tous !

vendredi 12 août 2011

Dernière nouvelle

Bonjour à toutes et à tous !

Comme promis voire même en avance, ce qui prouve que peux même être surprenant, voici ma dernière nouvelle. Comme d'habitude, elle est téléchargeable et imprimable au format PDF, ce qui devrait contenter les gens qui, comme moi, n'aiment pas lire à l'écran.

Cette toute petite nouvelle (désolé Fred) est la dernière de ma série de nouvelles de fin du monde. Comme dans Time's up, c'est les extraterrestres qui nous éliminent (pour la bonne cause, je vous rassure).

Force m'est d'admettre que j'ai pris beaucoup de plaisir à chercher des fins du monde originales ou, au contraire, totalement convenues. Le sujet est malgré tout assez restreint et je me concentre actuellement sur le peaufinage de mon deuxième roman.

Je vous souhaite une excellente lecture et j'attends avec impatience vos commentaires. Dernière chose, mes citations du jour sont fortement orientées par mes lectures et devraient s'apolitiser prochainement.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

Conservation

1.Autour du monde

Le commodore Var'Lush observait les dernières opérations préliminaires à la bonne tenue de son premier test grandeur nature. Le commodore était une intelligence brillante né dans un temps de guerre interstellaire. Il aurait probablement pu inventer une nouvelle sorte de poésie ou devenir un scientifique brillant et respecté. Les vicissitudes de la guerre l'avaient fait scientifique, en fin de compte, mais il exerçait ses multiples talents à l'élaboration de nouvelles armes. Ses capacités servaient la mort, il est juste de se demander ce qu'il aurait réalisé pour la vie.
Les mondes qu'habitaient sa race avaient régné sans partage sur leur secteur galactique. Ils avaient bâti un empire dans une bulle de vingt années-lumière de rayon. L'empire des Zzaad était invincible et nul ne pourrait jamais égaler ses réalisations technologiques et artistiques. Puis vinrent les Essaims. A dire vrai, nul n'avait jamais su comment ils se nommaient. Ou tout bonnement s'ils se donnaient un nom. On les avait nommé Essaim de par le simple fait que cette race insectoïde se déclinait en de nombreuses espèces différant du tout au tout. Chaque espèce semblait hautement spécialisée et ne paraissait pas avoir de rapport avec les autres espèces. Pour tout dire, ils n'émettaient aucun son. Ils arrivaient toujours en masse et s'abattaient sur une planète comme une nuée de parasites spécialisés effroyablement silencieux. Ils ne laissaient que de la roche stérile. Ils emportaient même l'atmosphère. La seule chose que l'on savait avec assurance était qu'ils étaient voraces, incroyablement voraces.
C'est ce trait de caractère spécifique qui avait frappé l'esprit fertile de Var'Lush. Il allait enfin pouvoir tester son projet en environnement réel. Les résultats obtenus en laboratoire était encourageant mais rien ne valait la confrontation avec la réalité. Le système stellaire du test avait été soigneusement choisi. L'espèce dominante avait un niveau de développement et un comportement très proche des insectes qui les assiégeaient. En cas de succès, il détruirait cette race mais c'était pour son peuple une question de vie ou de mort.
Le commodore émit un grognement satisfait quand le système stellaire fut complètement isolé du reste de l'Univers par une barrière gravitationnelle. Il contrôla que son vaisseau était lui aussi convenablement isolé. Comme les insectes, la race dominant cette planète n'était apparemment pas capable de repérer l'imposante frégate qu'il commandait. Il était temps de commencer l'expérience.
L'arme fut expulsée du vaisseau et mise en dehors de la zone d'influence de son champ de protection. Elle était minuscule par rapport au puissant vaisseau militaire. Elle avait la forme d'un cube de cinq mètres d'arête et son revêtement noir mat rendait son repérage visuel quasiment impossible. Les visages de l'équipage se crispèrent quand l'arme se mit en fonction. Sans être désagréables, les vibrations émises par l'appareil leur donnait l'impression que leur colonne vertébrale vibrait, plus particulièrement au niveau de leur queue. Grâce à la barrière protectrice érigée autour de leur astronef, c'était les seuls effets qui les atteindraient. L'attente commençait.

2.Espoirs et désirs

« Dépêche-toi un peu ! glapit une voix lasse et aigrelette. « Tu es pire que ta fille dans la salle de bain. » Alain Scherrer soupira en entendant sa femme. Vingt ans que ce rituel se répétait tous les matins. Les premiers temps, Emilie le comparaît à sa petite sœur. Alain arrêta la douche en pensant aux mille et une possibilités que lui fourniraient une bonne hache, deux paires de menottes et sa femme. Il sortit de la cabine de douche en se séchant plus vigoureusement que nécessaire, un petit sourire ravi à l'idée des multiples angles d'attaque. C'est alors qu'un détail hors de propos attira son regard. Une hache était posée sur la table supportant cet horrible lavabo qu'Emilie avait trouvé si mignon. Une magnifique cognée en bois de frêne doté d'une tête en métal noir mat. A côté, bien en évidence, deux paires de menottes chromées.
Alain posa un regard ahuri sur les objets incongrus. Puis la lumière se fit dans son esprit : Emilie, ça ne pouvait être qu'elle ! Il devait parler dans son sommeil et elle avait voulu lui faire une mauvaise blague. Dieu que cette femme lui pourrissait la vie, elle ne méritait qu'un bon coup de fusil de chasse entre les deux yeux. Furieux et sa journée gâchée à peine entamée, il s'habilla. C'est en nouant sa cravate qu'il aperçut un éclat inhabituel dans le miroir. Il se retourna et sa respiration s'arrêta. Le fusil de chasse était appuyé contre la chasse d'eau. Un fusil magnifique, bois précieux, damasquinerie de bon goût et mécanique de précision. Il devait valoir une fortune : l'arme d'un milliardaire fanatique de chasse qui devait même posséder ses propres réserves.
Complétement hypnotisé, Alain s'avança comme un robot vers le fusil. Mécaniquement, il l'ouvrit pour constater que l'arme était chargée : de la munition pour très gros gibier. La première surprise passée, il fut bien obligé de constater que sa femme n'avait pas pu lui jouer ce tour. Il ne croyait pas au surnaturel et il lui fallut un long moment pour envisager que c'était peut-être lui qui avait développé un pouvoir. Si Alain ne croyait pas au surnaturel, le monde des super-héros lui était familier.
A titre d'essai, il imagina un billet de mille francs. Qui se trouva inexplicablement sur la tablette du miroir quand il se retourna. Sa première impulsion fut de ne rien dire à sa femme, sa seconde de ne rien dire à personne. Ses lectures super-héroïques lui montraient clairement son avenir, répandu dans une centaine de bocal de formol. Comme Batman ou Spiderman, il se devait de garder l'anonymat. Il se colla une expression neutre sur le visage, ce qui lui parut être un effort pour la première fois depuis bien longtemps. Il sortit de la maison, monta dans sa voiture et s'en fut à son travail, des idées de grandeur grondant dans sa tête. Il ne nota par conséquent pas que la voiture de sa femme était toujours dans le garage.

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mercredi 10 août 2011

SF chronicles

Bonjour à toutes et à tous !

Tout d'abord, des salutations s'imposent pour mes nouveaux visiteurs valaisans qui découvrent ce blog. Je ne peux qu'espérer qu'il leur sera plaisant.

Cela étant dit, passons à l'objet premier de ce post. En fouillant avidement dans une bouquinerie, j'ai découvert un superbe roman de Brian Aldiss, "Croisière sans escale". On ne présente plus l'auteur, célébrissime pour sa quadrilogie "Helliconia".

Après une entame déroutante où l'on suit les tribulations d'une tribu survivant dans une forêt de "poniques" peuplée d'animaux bien terriens, on retombe vite sur nos pieds en réalisant que cette étrange forêt est en fait contenue dans un gigantesque vaisseau spatial.

Le héros s'enfuit de sa tribu, entrainé par le prêtre du village. A ce stade, un mot s'impose sur la très originale religion que développe Brian Aldiss. Entièrement basée sur la psychanalyse, elle impose d'exprimer ses émotions, quelles qu'elles soient.

La trame narrative est classique et parfaitement adaptée au récit qui livre peu à peu ses secrets, jusqu'à un final à la fois inéluctable et horrifiant. L'identification aux personnages est excellentes et, mise à part l'inévitable histoire d'amour, l'écriture est fluide et agréable dans la traduction.

Un excellent livre de plage, ou de terrasse...

Dans un tout autre registre, je viens de terminer une excellente biographie de Terence Edward Lawrence, plus connu sous son surnom de Lawrence d'Arabie. "Lawrence d'Arabie, le lévrier fatal, 1888-1935" par Vincent Mansour-Monteil lève quelques voiles sur l'histoire picaresque de ce quasi-mythe.

Ayant lu "Les sept piliers de la sagesse" de TEL lui-même, on est peu surpris au niveau de l'homosexualité de ce héros, manifeste dans les Sept piliers. Plus surprenante est l'incorrigible habitude de TEL de tirer la couverture à lui, voire même d'inventer purement et simplement des faits. Evidemment, on s'en doute, notamment à cause des distances fantaisistes parcourues en chamelles ou au plus que douteux récit de son viol. Néanmoins, nombre de faits relatés dans les Sept piliers sont très largement corroborés.

A la lecture, on se rend rapidement compte du travail de fourmi effectué par Vincent Mansour-Monteil. En effet, la masse colossale de documentation, bien souvent contradictoire, semble presque impossible à traiter rationnellement. L'auteur y parvient cependant, naviguant, devinant, recroisant les données.

L'écriture est passionnante et puissante, ce qui nous pousse à plaindre TEL, pauvre bâtard écrasé par une mère un peu trop pieuse, écartelé entre son orientation sexuelle et ses principes. Dans tous les cas, TEL s'infligea lui-même le châtiment qu'il estimait avoir mérité, peut-être pour avoir trahis ses alliés nomades, en s'engageant comme simple mécanicien dans la RAF et en ourdissant de complexes machination pour assouvir ses penchants sexuels masochistes.

Pour toutes les personnes intéressées par l'histoire du Moyen-Orient, un livre poignant et lourdement documenté. Comme dit l'auteur : "La statue n'en est pas déboulonnée : elle y trouve une profondeur de chair et de sang."

Pour finir, il me reste à vous souhaiter de bonnes vacances, retraite voire travail, en vous annonçant ma dernière nouvelle de fin du monde pour le courant de la semaine prochaine.

Sur ce, bonnes lectures à toutes et à tous !

vendredi 29 juillet 2011

Les nouvelles du front

Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous avez pu vous en rendre compte, je ne poste plus de post mais plutôt des nouvelles. J'ai une périodes très productive et j'en profite. J'espère que vous de même.

Mes dernières nouvelles sont dans la mouvance fin du monde. Comme elle va bien finir par arrivée, on va dire que je multiplie mes chances !

C'est aussi le grand retour des docteurs Jehovah et Lucifer, étudiants en cosmoingénierie et dieux à temps partiels. Il va de soi que j'apprécie particulièrement ces deux-là.

Bonnes lectures à toutes et à tous !

mardi 19 juillet 2011

Dernière nouvelle

TABULA RASA

1.Crépuscule

Dans les profondeurs du sous-sol antarctique, une machinerie complexe se réveillait, mi-cliquetante, mi-gémissante. La phénoménale machine bionique avait senti les signes nécessaires à son réveil. On l'avait d'ailleurs conçue très précisément pour se réveiller si un certain nombre de conditions planétaires était rempli. Et puis la machine avait aussi été placée en ces lieux par ses inimaginables créateurs comme ultime chance, ou plutôt comme ultime juge. Dans tous les cas, la machine appliquerait son jugement inéluctablement, sans l'assistance de ses maîtres...
Le réveil de la machine se poursuivait, étape par étape. Après l'activation des premiers relais d'alarme, les sources énergétiques avaient été les premières à se réactiver, principalement car les réacteurs - qu'aucun ingénieur de cette planète n'aurait compris ni même reconnu - nécessitaient quelques jours pour atteindre un niveau de stabilité suffisant. Pendant ce temps, les précieux composants biologiques de l'artefact furent dégelés puis placés dans leur environnement optimal où ils se développèrent rapidement. Ils furent ensuite mis en stase pour interrompre leur évolution.
Une portion de la roche entourant l'œuf dans lequel se trouvait l'équivalent du code génétique de cette machine fut convertie en de multiples composants dans ce qui nous aurait paru comme un impressionnant tour de magie tour-noyant. Les pièces de ce qui semblait être de particulièrement étranges composants électroniques s'assemblèrent toutes seules, comme douées de conscience.

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vendredi 1 juillet 2011

Dernière nouvelle

Bonjour à toutes et à tous !

En fin de compte, je poste ma nouvelle aujourd'hui. Comme je suis à bout de batterie, je ne ferai pas de longs commentaires sur cette nouvelle. A vous d'en faire !

Bonnes lectures à toutes et à tous !

Dernière nouvelle

Infiltration
1.Le manoir aux alouettes
Miss Fernie s'interfaça. Un délire géométrique multicolore et vaguement circulaire s'imposa à ses sens. On sentait une structure concentrique de plus en plus présente dans la représentation, comme si un trou noir légèrement excentré attirait les pixels en une valse en spirales parfaites et multiples. Puis Fernie se laissa attirer par le centre de la structure. Il lui sembla tomber, sa vitesse s'accélérant exponentiellement dans sa chute. Puis l'univers eut l'air de se déplier, révélant un paysage gigantesque et presque trop fortement organisé : la Matrice, toujours aussi belle, toujours plus grande et insatiable. Miss Fernie était fier1 de l'animation qu'il avait développé pour son entrée dans le gigantesque VDL2.
Miss Fernie était entré par un point de trame très peu usité. La circulation des données était ici réduite à sa plus simple expression. Il faut dire que le très négligent Fred Thomas était en congé exceptionnel et que son très négligent employé, le « Conglomérat des Médecins Traditionalistes », n'était qu'une société en perte de vitesse de plus dans un monde de multinationales sur l'autoroute impitoyable du progrès. Miss Fernie se demanda brièvement quel crétin accepterait sérieusement de se faire examiner par un humain et son cortège de préjugés et de mauvaises habitudes alors qu'un robot médical avait une fiabilité de plus de nonante-huit pour cent. En finissant de prendre le contrôle des machines offertes de la société, Miss Fernie éclata de rire en se rendant compte que son état physique ne nécessiterait jamais un médecin, à la rigueur un ingénieur. En fait, Fernie, anciennement Fernando, décédé, avait réimplanté sa personnalité complète dans un sexyborg, aidé en cela par son partenaire Samuel Forster, ce bon vieux Frost.
Maintenant, n'importe quel observateur extérieur verrait l'attaque démarrer du réseau de cette entreprise anachronique sans qu'il soit possible de remonter plus en aval. Le fait que ledit terminal appartenait à une société obsolète était une bonne couverture dans l'ambiance de technoterrorisme naissant.
Il avait fallu presque deux siècles, depuis que les grandes entreprises avaient pris ostensiblement le contrôle de la planète, pour que l'on voie les premiers actes de rébellion ou, du moins, des signes annonciateurs de la rage qui couvait. Il faut dire que la prise de contrôle de la Terre par les géants industriels ne s'était pas embarrassée de détail comme la pitié : les peuples qui auraient pu poser problème furent éliminés et les intellectuels priés de la fermer sous peine de disqualification au grand jeu de la vie industrialisée.

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